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Le leurre des retraites

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Le ministre des Finances Carlos Leitao, au centre, lors du dépôt du budget.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) À première vue, rien dans les chiffres de jeudi ne semble justifier les propos alarmistes sur les régimes de retraite des employés de l'État.

Ni ne peut expliquer l'offensive du gouvernement pour les réduire.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, soutient que ces régimes sont «très vulnérables» parce qu'à la merci des rendements boursiers.

Il plaide aussi que l'allongement de l'espérance de vie fait qu'il y a de moins en moins de cotisants pour le nombre de retraités. Cela n'est pas faux, mais des nuances s'imposent. Les prévisions tiennent compte des nouvelles tables de mortalité.

M. Coiteux souhaite hausser les cotisations des employés, reporter à 62 ans l'âge des départs, minimiser les hausses de salaire et revoir à la baisse le calcul des rentes.

La question se pose : les régimes sont-ils si mal en point ou s'agit-il d'une stratégie de négociation? Trois éléments de réponse.

Le budget de jeudi montre un «passif» de 80 milliards $, dont 49 au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP), 11 chez les cadres et 11 chez les enseignants.

C'est en apparence énorme. Il faut cependant rappeler que le gouvernement ne verse pas en totalité ses contributions annuelles d'employeur.

Il en place une partie Fonds d'amortissement (FAAR), où il a accumulé à ce jour 50 milliards $. Pour le reste, il reconnaît sa responsabilité, et ce déficit est comptabilisé dans la dette du Québec.

Si le gouvernement avait «payé» toutes ses contributions annuelles, on ne parlerait pas - ou très peu - des déficits des régimes.

Les récentes données de la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances (CARRA) montrent un taux de capitalisation de 96 % pour les 775 000 participants et retraités du RREGOP.

S'il n'y a pas de catastrophe boursière irrécupérable, il y aura assez d'argent - ou presque - pour honorer les promesses de rentes.

Le portrait est un peu différent pour le régime des cadres (56 000employés actifs et retraités) qui n'était capitalisé qu'à 79 % au 31 décembre 2011. Les bons rendements boursiers des récentes années ont sans doute amélioré ce ratio.

Pourquoi le régime des cadres est-il en moins bonne posture que le RREGOP?

Deux explications :

  • Les cadres sont souvent nommés en fin de carrière. Pendant la majorité de leur vie professionnelle, ils n'ont pas contribué en juste proportion des rentes de cadre qu'ils vont toucher. 
  • Beaucoup de cadres ne sont plus remplacés lorsqu'ils partent à la retraite. Cela augmente le ratio des bénéficiaires par rapport aux contributeurs. 

Conscients des difficultés de leur régime, les cadres ont accepté en 2010 de hausser de 37 % leurs contributions. Celles-ci sont passées de 10,5 % à 14,4 % de leur salaire, ce qui signifie chaque année plusieurs milliers de dollars supplémentaires par tête de pipe.

La situation des employés de l'État est très différente de celle des employés municipaux avant l'adoption de la loi 3.

  • Les cadres et les employés de l'État contribuent 50-50 avec l'employeur. 
  • L'indexation des rentes de l'État est très inférieure à celle de plusieurs anciens régimes municipaux. 

Pour les salaires gagnés de 1982 à 2000, cette indexation est pratiquement à zéro et pour ceux gagnés depuis 2000, la moitié seulement du taux d'inflation.

La résultante est que les retraites pèsent moins lourd sur gouvernement que sur les finances des villes.

***

Le gouvernement peut vouloir resserrer les retraites pour améliorer sa marge de manoeuvre.

Ou parce qu'il paraît bien de «mater» des employés souvent mal vus du public, même si c'est à tort.

La nécessité financière de son offensive n'a cependant pas été démontrée.

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