Un Maurice Richard de huit pieds et trois pouces

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Durant les années 50, Maurice Richard participait à de nombreux événements électoraux, aux côtés du premier ministre Maurice Duplessis.

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(Québec) Au Québec, je vous mets au défi de trouver un événement historique plus commémoré que l'émeute du Forum, survenue à Montréal, en 1955, après la suspension de l'illustre Maurice Richard.*

Les émeutes de la conscription? La grève de l'amiante? La publication du manifeste Refus global? Comparés à l'émeute du Forum, ces événements laissent un souvenir aussi fugace que la muzak à base de flûte de Pan qui sévissait dans tous les cabinets de dentistes, durant les années 80.

J'exagère à peine. Chaque année, autour du 17 mars, les médias se souviennent avec dévotion de l'émeute de 1955. Même le lapin de Pâques n'affiche pas une telle régularité. Et les rares historiens qui tentent de calmer le jeu ont l'air de mononcles emmerdeurs qui font pipi sur le gâteau, pour gâcher la noce.

À la fin, il est de bon ton d'ajouter que Maurice Richard était apolitique. Un comble, quand on sait que durant les années 50, le «Rocket» participait à de nombreux événements électoraux, aux côtés du premier ministre Maurice Duplessis.

Plus apolitique, tu te transformes en homme-sandwich, pour faire de la publicité électorale.

N'ajustez pas votre appareil. Plus le temps passe, plus la portée historique de l'émeute du Forum augmente. En 2015, l'événement est souvent présenté comme le point de départ de la Révolution tranquille.

Je précise. Pas un «signe précurseur». Le «point de départ». Rien de moins.

Une courte nuit de grabuge. Quelques dizaines de vitrines fracassées. Toutes proportions gardées, les émeutes survenues après la dernière conquête de la Coupe Stanley par le Canadien, en juin 1993, ont fait 15 fois plus de dégâts.

À une ou deux exceptions près, les commentateurs de l'époque ne voyaient rien de très historique.

Pour La Presse, les événements avaient été causés par de «jeunes écervelés (...)».

Dans Le Soleil, on lisait que Maurice Richard était d'abord «l'idole des Montréalais». Et la métropole constituait un repère «d'enragés du hockey».

Le directeur du Devoir, Gérard Fillion, s'était montré particulièrement cruel. «Il y a des années que le Forum alimente de brutalité la foule montréalaise, écrivait-il. Celle-ci a mis en pratique les leçons de ses maîtres. [...] Depuis 25 ans, le hockey, de sport d'élégance, de vitesse et d'adresse qu'il était autrefois, a dégénéré en spectacle de violence.»

Plus venimeux, Le Montreal Star ne cachait pas son racisme. Il attribuait l'émeute à «l'instabilité émotionnelle» et à «l'indiscipline» des francophones. 

Docteur, est-ce grave? Avec le recul, on constate que notre passé prend des tournures imprévues, au gré de nos fantaisies. Un peu comme le détournement de cette pancarte, photographiée dans un couloir.

L'affiche disait : «En cas de feu, prière de ne pas utiliser l'ascenseur.»

«Utilisez plutôt de l'eau», suggérait un graffiti, juste en dessous.

Mais qui suis-je, moi, pour minimiser l'émeute du Forum? Peut-être un ennemi de la Sainte-Flanelle? Peut-être un blanc-bec qui ne s'est jamais fait répondre : Speak White, au défunt magasin Eaton de la rue Sainte-Catherine?

Après tout, «l'histoire n'est-elle pas un mensonge sur lequel on se met d'accord»?

Émeutier un jour. Visionnaire le lendemain. Ou l'inverse. On ne sait jamais. 

Impossible de conclure sans raconter une légende tenace sur le roi Charles XIV de Suède (1763-1844). De l'avis général, Sa Majesté avait connu une jeunesse mouvementée. Révolutionnaire. Général. Conspirateur.

Mais tout cela était oublié, après un règne de trois décennies. Jusqu'à ce que le roi tombe malade. 

Au début, le monarque s'oppose farouchement à ce qu'un médecin pratique une saignée, comme le veut la coutume. Mais comme son état s'aggrave, il finit par accepter. Il ordonne à tout le monde de quitter sa chambre, à l'exception du médecin. Ensuite, il fait jurer à ce dernier de ne jamais révéler ce qu'il s'apprête à voir.

Le médecin jure de garder le silence. Puis il enlève la chemise du roi.

C'est alors qu'il aperçoit, sur la poitrine du vieil homme, un énorme tatouage qui proclame : «Mort à tous les rois!»

*Maurice Richard avait été expulsé d'un match le 13 mars 1955, après avoir donné un coup de bâton à un arbitre. Le commissaire de la LNH, Clarence Campbell, l'avait ensuite suspendu pour le reste de la saison, incluant les séries éliminatoires. La présence de Campbell au Forum, pour le match suivant, avait mis le feu aux poudres.

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