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Chevrette règle ses comptes avec Landry

Bernard Landry et Guy Chevrette... (Photothèque Le Soleil)

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Bernard Landry et Guy Chevrette

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(Québec) Tout le monde savait que Guy Chevrette avait des comptes à régler avec Bernard Landry, mais personne n'aurait pu prédire qu'il le ferait avec une telle fougue. La biographie que l'ancien ministre péquiste s'apprête à publier débute le 25 janvier 2002 à 4h30, et nous guide à la minute près jusqu'au 19 février 2002, l'avant-dernier chapitre du livre.

Du début jusqu'à la fin, Chevrette y décrit la trahison de Bernard Landry, qui l'a écarté sans ménagement du cabinet, pour lui demander trois semaines plus tard de l'aider pendant la campagne électorale qui s'annonçait.

«En route pour l'aéroport Jean-Lesage, je suis inquiet», raconte Chevrette dans son premier paragraphe qui relate son début de journée du 25 janvier 2002. «Je n'ai presque pas fermé l'oeil de la nuit. Un important remaniement ministériel se prépare et je suis au coeur des rumeurs les plus persistantes.» Ministre des Transports, il part en mission pour le Japon, la Thaïlande et le Cambodge à la tête d'une délégation. La veille, Landry l'a appelé en lui disant «de partir en paix, sans inquiétude».

Mais il n'est pas rassuré. Le chef de cabinet de Bernard Landry, Claude H. Roy, avait auparavant contacté le sien, Pierre Châteauvert, «pour lui parler de mon avenir». Roy organise ensuite une rencontre avec Chevrette, Jacques Brassard, Jean Rochon et Jacques Baril, pour les convaincre de devenir des «chevaliers de la souveraineté». Les quatre sont incrédules et furieux. Ils n'acceptent pas que Landry, qu'ils connaissent depuis toujours, ne passe pas en personne ce genre de message. «Nous nous sentions humiliés par cette façon de faire qui n'était pas à la hauteur d'un premier ministre», dit Chevrette. Lorsqu'il rappelle Claude H. Roy, il lui dit qu'il n'est pas question de «jouer les seconds violons».

Éclater en sanglots

À son arrivée au Japon, Chevrette apprend que Landry a annulé un voyage en Bavière, pour remanier son cabinet. Les journaux prédisent qu'il sera écarté du Conseil des ministres. Finalement, ce n'est qu'en fin de soirée, 24 heures après s'être fait dire de ne pas s'inquiéter, que Chevrette apprend ce qui l'attend. Landry l'appelle pour lui offrir le poste de ministre délégué aux Affaires autochtones. Et au déclassement, il ajoute ce que Chevrette accueille comme une gifle : il lui offre de seconder Gilles Baril à l'organisation politique. L'année précédente, Chevrette avait mis Landry en garde contre les faiblesses de Baril, et voilà qu'il veut en faire son patron. «En raccrochant, je m'effondre sur le lit, et j'éclate en sanglots [...] Je suis en train de vivre le pire cauchemar de ma vie. Bernard Landry m'a laissé partir à 10 000 kilomètres où il me joint pour m'annoncer qu'il me retire les trois quarts de mes responsabilités ministérielles.»

Le lendemain, il rappelle Landry, lui annonce qu'il met fin à sa mission en Asie et demande à le rencontrer. Le mardi matin, à 9h, il rencontre le premier ministre à sa résidence de Verchères. «Ma poignée de main est ferme, la sienne est plutôt mollassonne [...] L'atmosphère est étrange. J'ai l'impression qu'il y a une distance entre nous que je n'ai jamais sentie auparavant. Ses yeux évitent mon regard.»

La rencontre ne donne rien. Landry n'a pas changé d'idée. Chevrette a passé les dernières 24 heures à se demander s'il doit démissionner et sauver son honneur, ou s'accrocher... Il téléphone à sa conjointe, Shirley Bishop, pour lui annoncer sa démission. «En mon âme et conscience, je suis incapable d'accepter cette offre.»

Surprise : trois semaines plus tard, Chevrette, qui est en Floride où il prend du repos, reçoit un appel de Paul Bégin, ministre de la Justice, qui veut le voir d'urgence. Bégin débarque ensuite à Miami pour le rencontrer et lui demander de prendre la direction générale du Parti québécois. «J'étais renversé. À peine trois semaines plus tôt, j'étais trop vieux et je devais laisser ma place à des plus jeunes. Je n'étais bon que pour seconder Gilles Baril à l'organisation politique. Et tout d'un coup, je reprenais de la valeur et le premier ministre était d'accord!»

Dans les moments qui suivent, Landry l'appelle pour lui parler de cette «excellente idée». «À l'entendre, c'était comme si rien ne s'était passé». Le lundi suivant, Chevrette le rappelle pour décliner l'offre.

Nous sommes à la fin du chapitre 18 de la biographie...

Tout au long de ce narratif, l'ancien ministre nous fait vivre les nombreuses péripéties de sa carrière politique, mais le fil de l'histoire nous ramène toujours à son départ du cabinet de Bernard Landry. Treize ans plus tard, la blessure est encore béante. Il lui fallait la raconter. Les écrits ont une valeur thérapeutique, c'est bien connu.

Le livre, préparé en collaboration avec son amie Shirley Bishop, est bien écrit. Un véritable suspense, dont se délecteront les amateurs de ce grand théâtre qu'est la politique active. Publié par Les Éditions de l'Homme, il sera disponible en librairies le 1er avril. Et ce n'est pas un poisson d'avril!

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