Le rêve de Champlain: la reconstruction d'un héros

Maxime Le Flaguais interprète le fondateur de Québec... (Photothèque Le Soleil)

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Maxime Le Flaguais interprète le fondateur de Québec dans la série Le rêve de Champlain.

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(Québec) Le rêve de Champlain. La promo de la série documentaire sur le fondateur de Québec était prometteuse, je me suis laissé convaincre.

Et n'ai pas regretté.

Un assemblage inédit de récits et d'analyses d'historiens et d'ethnologues, de documents, d'images tournées in situ et de reconstitutions théâtrales.

J'ai eu l'impression de découvrir un héros différent de celui que l'histoire nous avait jusqu'ici raconté.

On connaissait le Champlain navigateur, l'aventurier, le militaire; le Champlain géographe et chroniqueur qui décrit avec minutie la naissance de la Nouvelle-France.

La docu-fiction (1), tirée des travaux de l'historien américain David Hackett Fischer (2), ajoute au personnage une dimension nouvelle.

Champlain y apparaît en avance de son temps, inspiré par des valeurs d'humanisme et de tolérance inattendues dans une Europe alors déchirée par les guerres de religion.

Ces valeurs marqueront ses relations avec les peuples autochtones dont il se fera des alliés plutôt que de les combattre.

J'avoue avoir éprouvé une certaine fierté à la pensée que ma ville avait été fondée par cet homme nouveau et visionnaire, plutôt que par un obscur chercheur d'or ou voyageur égaré.

Version contestée

Cette version d'un Champlain plus «grand que nature» est cependant contestée.

L'historien de Québec Mathieu d'Avignon, qui a consacré son doctorat et une dizaine d'années à fouiller Champlain, est de ceux qui ont des réserves. M. d'Avignon salue l'ampleur des recherches de Fischer. Personne avant lui n'avait rassemblé une telle somme sur le fondateur de Québec.

Il convient volontiers que Champlain est un «grand personnage historique» et que sans lui, Québec serait autre chose. Ou ne serait pas.

Mais il reproche à Fischer d'avoir agi en biographe plutôt qu'en historien. D'avoir pris des libertés avec l'histoire et tenu pour acquis des faits qui n'auraient pas encore été prouvés.

Il est agacé surtout qu'on tente de «reconstruire un nouveau héros à notre image» et à qui on «peut s'identifier».

La réalité est plus nuancée, plaide-­t-il. Il est vrai que Champlain s'allie aux peuples autochtones et s'intéresse à leur culture. Mais c'est davantage par stratégie militaire que par humanisme, perçoit-il.

Champlain tient d'ailleurs un double langage, un en Nouvelle-France et un autre dans la mère patrie.

La Nouvelle-France à laquelle rêve Champlain n'est pas pluraliste ou humaniste.

Un vrai humaniste n'aurait pas cherché à convertir les autochtones pour en faire des «Français catholiques».

Sur les premières cartes qu'il trace, Champlain identifie des «territoires autochtones»; cette appellation va progressivement disparaître, pour devenir «Nouvelle-France».

***

Le premier de six épisodes a été diffusé lundi dernier. On nous y montre Brouage, ville portuaire cosmopolite où est né Champlain et où il fut le protégé de Henri IV, le «Roi de coeur», dont on suggère qu'il pourrait être un des fils illégitimes.

On y voit ensuite Champlain à la fin de la vingtaine, «espion» du roi sur un navire en partance pour les Antilles espagnoles.

Il y découvre la cruauté des conquérants, le massacre des autochtones, les déportations et les maladies. Il en reviendra dégoûté.

Ce parcours aurait façonné un «humaniste» rêvant d'une Nouvelle-­France construite sur de nouvelles valeurs.

C'est qu'on découvrira à partir du prochain épisode, qui relate en outre l'arrivée de Champlain à Tadoussac en 1603.

L'ennui, c'est qu'il n'existe pas de preuve formelle que Champlain ait vraiment voyagé aux Antilles, prévient M. d'Avignon. Les historiens en débattent depuis des décennies. Pas davantage de preuve que Champlain ait été le fils du roi Henri IV.

«Ce n'est pas de l'histoire rigoureuse; c'est de l'histoire spectacle.»

Le livre et la série ont cependant le grand mérite, croit-il, d'intéresser les citoyens à l'histoire et de lui donner accès aux thèses des historiens.

***

À quoi bon se quereller 400 ans plus tard sur des détails et des nuances de l'histoire? Qu'importe-t-il que Champlain ait été humaniste ou seulement diplomate et stratège?

Cette obsession de rigueur ne change rien à nos vies et à notre ville.

Rien, sinon qu'en construisant des héros, on construit des mythes et des préjugés qui contaminent notre compréhension des choses. Mieux vaut avoir l'heure juste.

(1) Le rêve de Champlain. TFO, six épisodes de 30 minutes, lundi, 21h. Vidéotron : 94; Bell : 137

(2) Le rêve de Champlain. David Hackett Fischer, Éditions du Boréal, 2011, 1001 p.

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