Le secondaire de force

Lysandre Provost et Amélie Morency ont écrit une...

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Lysandre Provost et Amélie Morency ont écrit une pièce racontant les hauts et les bas d'une quinzaine de jeunes du secondaire.

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(Québec) On arrive à l'école secondaire enfant, on la quitte adulte, ou presque. On fait sa place. Et on devient.

Amélie Morency et Lysandre Provost sont devenues des amies, d'abord. Elles se sont connues sur les planches, ont joué ensemble une pièce de Tremblay, Les belles-soeurs, en troisième secondaire. Elles ont remis ça l'année suivante, mais le projet de théâtre a avorté en cours de route.

«On s'est demandé pourquoi on n'en écrirait pas une, nous autres, une pièce?» Lysandre a répondu : «Pourquoi pas.»

Le sujet s'est imposé de lui-même, elles allaient écrire sur ce que les jeunes vivent au secondaire. Pas «cucul», pas de clichés, pas de tabous non plus. «On voulait que ce soit le plus fidèle à la réalité, que tout le monde se reconnaisse.»

Même moi, je me suis reconnue. J'ai «gradué» en 1991.

À part les cellulaires, dont on ne soupçonnait pas l'existence, je me suis revue, «floune» à chercher ma «case», à errer à travers les couloirs, à courir d'un local à l'autre, d'une matière à l'autre,  d'un doute à l'autre.

Tout arrive au secondaire, en même temps. C'est ça qu'Amélie et Lysandre ont voulu raconter, elles ont planché sur le texte pendant six mois, «deux ou trois midis par semaine et le dimanche, de 12h à 18h». Leur pièce s'appelle Parcours, elle raconte les hauts et les bas d'une quinzaine de jeunes.

Le secondaire, ce n'est pas juste l'intimidation.

Il y a la pression. La pression des parents, des amis, des apparences, des professeurs. Cinq ans pour trouver ce qu'on veut faire dans la vie, pour réussir les examens du ministère, pour se faire des amis, surtout pour les garder, pour tomber en amour, pour s'en relever, pour le faire. Ou pour choisir de ne pas le faire.

Il y a la drogue, la boulimie,

Facebook, YouTube.

Il y a cette scène, troisième acte, deuxième secondaire. La prof demande aux élèves d'écrire sur une feuille leur objectif pour l'année.

«Emma : J'aimerais réussir autant sur le plan scolaire que sur le plan sportif. Je voudrais continuer à faire ce qui me semble bien et à m'accepter comme je suis.

Raphaëlle : J'aimerais que l'on m'accepte comme je suis et pouvoir me tailler une place. Ne plus me sentir constamment rabaissée. Dans le fond, avoir moins de pression.

Benjamin : Moins de pression. C'est ce que je désire. Je souhaiterais toujours exceller de façon académique, mais sans me sentir forcé. Avoir un peu moins d'attention. 

Mégane : Je veux faire plus attention à moi-même, à mon corps. Aussi avoir des meilleures notes.

Marie-Justine : Des meilleures notes, cette année, ça ne fait pas partie de mes objectifs. J'aimerais simplement être acceptée et avoir un bon nouveau départ avec les autres élèves.

Rebecca : Je voudrais me tailler une place auprès des autres élèves. Avoir droit à une deuxième chance, que secondaire 2 soit meilleur que l'année dernière.

Simon : L'année dernière, j'étais timide et seul. Cette année, je veux être plus ouvert aux autres. Peut-être laisser sortir un côté de moi que personne ne connaît. Pis aussi, peut-être... parler à Marie-Justine.

Mathis : Je veux que ma case soit plus en ordre.»

Avez-vous remarqué, dans le dialogue, le début de chaque réplique reprend la fin de la précédente? «C'est un procédé qu'on aime bien. On aime beaucoup Tremblay, on s'est un peu inspiré de lui.»

Elles ont réuni des groupes de filles et de gars de chaque secondaire pour leur demander comment ça se passait à l'école. «On voulait pas que la pièce soit représentative seulement de nous. On voulait toucher le plus de sujets possible.» 

Elles ont travaillé fort, les filles, ça paraît.

La pièce d'Amélie et de Lysandre, au fond, c'est un guide de survie au secondaire. «En montrant ce que les jeunes vivent, on voulait que les gens se disent, que "ça arrive aussi aux autres, je ne suis pas tout seul à vivre ça, à être sous pression". La pression, ça amène un engrenage, la drogue pour Benjamin, la boulimie pour Mégane...»

J'arrête là, je ne veux pas vous vendre tous les «punchs», Amélie et Lysandre ne seront pas contentes.

Elles sont en train de monter la pièce, avec des élèves de leur école, le Séminaire Saint-François. Elle sera présentée aux élèves de deuxième secondaire, qui ont encore un pied dans l'enfance. Il y aura aussi une présentation grand public, jeudi soir prochain, il reste de bons billets.

Ce parcours, c'est aussi le leur. En première secondaire, Lysandre était «vraiment gênée, insécure. Si on m'avait dit que j'écrirais une pièce de théâtre, je ne l'aurais pas cru». Amélie, elle, «était plus influençable. Ce qui a fait la différence, c'est quand j'ai commencé à m'impliquer, ça m'a aidé à me découvrir.»

Elles sont entrées au secondaire comme dans une chambre noire, et elles se sont révélées.

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