«On se retrouve entre nous»

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(Québec) Le Soleil n'avait plus beaucoup d'avenir dans le groupe Gesca, dont tous les efforts vont désormais à remplacer le journal papier par la tablette électronique La Presse+.

Au mieux, Le Soleil pouvait espérer se fondre dans ce nouveau format en y perdant peu à peu sa personnalité et ses ressources.

La perception d'une disparition prochaine des quotidiens régionaux de Gesca s'était amplifiée depuis une déclaration du propriétaire André Desmarais en mai 2014.

La transaction de mercredi donne un peu d'air au Soleil et permet de maintenir ouverte une fenêtre qui se refermait.

C'est une bonne nouvelle, mais tout le pari du nouveau propriétaire Martin Cauchon est là.

Dans sa capacité à renverser la vapeur et à chasser, dit-il, le «discours de morosité».

Convaincre que les quotidiens papier des régions sont là pour rester et que leurs artisans et annonceurs locaux peuvent recommencer à y croire.

Son hypothèse que les citoyens des villes plus petites sont davantage attachés aux journaux papier que ceux des grands centres urbains comme Montréal.

Qu'il sera possible d'obtenir de nouveaux revenus en levant la menace d'une disparition imminente du papier et en misant sur les fiertés locales plutôt que sur un modèle formaté pour Montréal.

Ce n'est pas un pari invraisemblable. Mais ce n'est pas gagné non plus.

La réalité économique des médias traditionnels n'a pas changé avec la transaction de mercredi. Ce qui n'était pas rentable ne le sera pas davantage.

M. Cauchon a évoqué mercredi la nécessité de revoir le modèle d'affaires des quotidiens régionaux. Il faut pouvoir lire entre les lignes. 

C'était une façon élégante de ne pas utiliser tout de suite le mot compression. Façon élégante aussi d'annoncer ses couleurs à la veille d'un nouveau cycle de négociations avec les syndicats.

Seul actionnaire déclaré de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon est un avocat d'affaires proche de Power Corporation. On ne lui connaît pas de fortune personnelle.

Si les choses ne tournent pas comme il veut, combien de temps peut-il tenir le coup? Pourrait-il compter sur Power ou sur d'autres partenaires financiers? Y a-t-il des enjeux comptables ou financiers qui nous échappent?

M. Cauchon n'a pas voulu préciser ces conditions financières, sinon pour dire qu'il s'agit d'une «vraie transaction» après une longue négociation avec Gesca.

Peut-être n'a-t-il pas payé très cher pour des journaux dont la rentabilité n'est pas évidente et dont les régimes de retraite sont déficitaires.

Mais je pense que l'idéal est toujours qu'il y ait le moins de doutes et de questions possibles sur la propriété des médias.

Je refuse par ailleurs de croire à l'hypothèse d'une machination pour fermer les quotidiens régionaux de Gesca en en faisant porter l'odieux par un nouveau propriétaire. Il me semble que ce serait un détour inutile et compliqué.

Le nouveau propriétaire n'a pas tardé à imprimer sa marque dans la rédaction du Soleil.

J'avais déjà vu André Desmarais y prendre la parole avec sobriété et retenue.

Martin Cauchon est débarqué mercredi après-midi en serrant toutes les mains qu'il a pu rejoindre. Puis il a grimpé sur un pupitre d'infographe pour livrer son message senti à ses nouveaux sujets.

Il a dit ce que les artisans du journal avaient besoin d'entendre. Que leur journal papier est «là pour rester... tant que les gens voudront de nous».

Il a joué à fond la carte de la fierté régionale et de l'autonomie retrouvée par rapport à Montréal. «On se retrouve entre nous», a lancé le natif de Charlevoix.

Il a annoncé que Le Soleil et les autres quotidiens régionaux vont retrouver leur personnalité propre sur des plateformes électroniques à définir.

Il a fait une profession de foi convaincante à l'égard de l'information régionale. Cela répond à une inquiétude souvent exprimée, notamment dans le rapport Payette sur l'état de la presse au Québec.

De facto, Le Soleil redevient une tête de pont d'un réseau de quotidiens régionaux, ce qu'il avait été avant Gesca.

Je pense que Martin Cauchon a fait une bonne première impression et livré un pep talk qui peut redonner le goût d'y croire. C'est par là qu'il fallait commencer et je nous souhaite de réussir.

La suite est plus incertaine. «C'est un pari qu'on prend», a rappelé mon nouveau patron.

Je préfère cette lucidité inspirée à un enthousiasme naïf qui aurait sonné faux.

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