On n'a rien appris

Lors de son passage comme maire de Québec... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Lors de son passage comme maire de Québec de 1910 à 1916, Olivier-Napoléon Drouin était aussi propriétaire de l'entreprise Rock City Tobacco.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Il y a un siècle, il y avait cinq quotidiens à Québec, pour à peu près 100 000 habitants.

Il y en a deux aujourd'hui, pour cinq fois plus de monde, sept fois plus si on compte la Rive-Sud. 

Je dis ça comme ça.

Ce n'était pas du tout le sujet de ma chronique, je suis tombée là-dessus en lisant un texte écrit par le collègue François Bourque il y a trois ans. Ça veut dire qu'il y a 100 ans, il y avait un quotidien pour 20 000 habitants. Le taux d'alphabétisation était de 75 %, il est aujourd'hui de 99 %, selon les chiffres qu'on envoie à l'UNESCO. 

Mais ce n'est pas parce qu'on est alphabétisé qu'on sait lire. Au recensement de 1891, 29,64 % des Québécois étaient illettrés. En 2013, on a calculé que plus du tiers des Québécois n'arrivaient pas à lire. En fait, un Québécois sur deux n'arrive pas à comprendre un texte simple. 

Ce Québécois évite de se mettre dans une «situation de lecture».

C'est d'une tristesse.

Au début des années 1900, Le Soleil coûtait un sou par jour, trois dollars pour toute l'année. Ça devait être la même chose pour les deux autres quotidiens francophones et pour les deux anglophones. La plupart étaient liés à l'église ou à des partis politiques, Le Soleil était le porte-voix des libéraux.

Et son propriétaire, c'est là où ça devient intéressant, était Simon-Napoléon Parent. Son nom vous dit peut-être quelque chose, il était aussi maire de Québec et premier ministre de la province. En même temps. C'est lui qui a donné à la ville le pont de Québec et, tiens, tiens... le premier tramway.

Il était président fondateur de la Compagnie du Pont de Québec.

Pierre Karl Péladeau aurait été heureux à cette époque, où on ne se bâdrait pas tellement de l'indépendance de la presse, ni de sa concentration, ni de son objectivité.

Le sujet de ma chronique, j'y arrive, c'était Rock City. Des lecteurs me demandent parfois où je trouve mes sujets de chronique, celui-là s'est pointé un matin où j'entrais en ville par la Laurentienne. J'ai regardé, peut-être pour la millième fois les mots «Rock City» sur l'usine de cigarettes Rothmans.

Et, contrairement aux 999 fois d'avant, je me suis demandé d'où ils venaient.

Rien à voir avec une graphie ancienne de Saint-Roch ni à quelque allusion musicale. En 1936, lorsque Rock City Tobbaco a été vendue, c'était l'une des plus importantes usines de production de cigarettes au Canada. Son propriétaire lui a donné ce nom-là à cause de la haute-ville, construite sur un cap rocheux.

On ne se bâdrait pas que des compagnies portent des noms anglais.

L'usine, elle, a été construite sur un cimetière. Et avant, c'était une ferme, la Vacherie, que la Ville a réquisitionnée, le cimetière de la haute-ville affichait complet. C'est devenu «La Vacherie burial grounds», on y a ensuite enterré les morts de l'hôpital de la Marine, juste en face. 

Les fumeurs sont enterrés ailleurs.

Et qui a fondé Rock City Tobacco en 1899? Olivier-Napoléon Drouin. Ce nom-là vous dit peut-être aussi quelque chose, il a été maire de Québec de 1910 à 1916, tout en demeurant propriétaire de l'entreprise. Personne n'a sourcillé quand la Ville a octroyé une subvention à sa compagnie, qui connaissait une croissance fulgurante.

On ne se bâdrait pas de ça non plus.

Ce n'est pas ce que l'histoire a retenu du maire Drouin. Il a amélioré le service de pompiers, le réseau d'aqueduc, accordé un régime de retraite aux employés de la Ville et souhaité que les locataires aient le droit de voter aux élections municipales. C'est arrivé en 1964. Il a annexé Montcalm.

Simon-Napoléon Parent, lui, a démissionné dans la tourmente de son poste de premier ministre du Québec en 1905, il était accusé de corruption, de vendre au rabais les ressources naturelles.

Autres temps, autres moeurs, mon oeil. Finalement, dans toute cette histoire de Rock City, on apprend quoi? Qu'on n'a rien appris.

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