Au-delà du «pas dans ma cour»

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Le Phare devrait être construit sur ce terrain de Sainte-Foy.

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(Québec) Il est des assemblées publiques autrement plus houleuses. À peine une trentaine de personnes au conseil du quartier Saint-Denis cette semaine pour «dénoncer» le projet Le Phare.

J'y ai entendu quelques jugements lapidaires bien inspirés, mais je n'ai pas perçu la même émotion que devant d'autres projets immobiliers qui dérangent.

Je le note, sans en tirer de conclusion dans un sens ou dans l'autre.

La tenue de ces rencontres de quartier échappe à une majorité de citoyens, et l'instance n'est pas «décisionnelle», ce qui limite la portée des interventions qu'on y fait.

Le promoteur n'était pas présent cette semaine, ni aucun élu d'Équipe Labeaume. Les citoyens n'ont pas trouvé d'adversaire avec qui débattre ou de bouc émissaire sur qui vidanger leur mauvaise humeur. Eussent-ils été présents que le climat aurait été différent.

Le gros mot a été lancé : «résistance». Le conseil Saint-Denis tentera de convaincre les 27autres conseils de quartier de prendre parti.

Cela confirme que ce débat sur le projet Le Phare dépasse le réflexe habituel du «pas dans ma cour».

Ce ne sont pas seulement des voisins inquiets pour leurs habitudes ou leur cour au soleil qui s'agitent.

Non pas que je veuille banaliser ces réactions. Il est légitime de vouloir protéger sa qualité de vie. Mais ces réflexes locaux sont prévisibles, presque automatiques.

S'il fallait chaque fois s'y arrêter, il deviendrait impossible de construire en ville, ne serait-ce qu'un modeste cottage.

Dans ce débat sur Le Phare, les questions dépassent les préoccupations de quartier.

Elles viennent de milieux professionnels, économiques, culturels; de citoyens et d'acteurs d'autres voisinages qui sentent que le projet aura des répercussions sur leurs affaires, leurs habitudes ou leurs déplacements.

La résistance porte à la fois sur un principe de démocratie et sur la nature du projet.

D'abord le principe : est-il acceptable d'ignorer les balises d'un programme particulier d'urbanisme (PPU) qui vient tout juste d'être adopté?

Les 65 étages envisagés pour Le Phare vont au-delà des 29 étages convenus au PPU.

Ce document n'a pourtant pas été dessiné à la sauvette sur un coin de table. Le conseiller François Picard, qui avait piloté l'opération, était fier à la fois du résultat et de la démarche pour y arriver. Avec raison.

Plus de 1000 citoyens et groupes ont été consultés. Plus d'une centaine de modifications ont été apportées dans la version finale pour tenir compte des avis entendus.

Ce PPU allait mettre fin au «développement à la pièce» du quartier, faisait valoir M. Picard. Il a eu un «effet calmant» sur les citoyens, a aussi rappelé la présidente du conseil de quartier, Carolle Dussault.

Plus largement, la formule du PPU faisait espérer pouvoir sortir enfin de la dynamique traditionnelle d'affrontement et de braquage des citoyens contre les projets.

Ceux-ci se mobilisent lorsqu'ils perçoivent qu'ils ne peuvent rien contre des projets ficelés en coulisse par les promoteurs et la Ville.

La loi actuelle sur l'aménagement favorise ces collisions avec sa mécanique de registres et de référendum.

La seule façon d'en sortir est de consulter davantage en amont des projets. De convenir à l'avance de ce qui est acceptable et souhaitable pour un quartier.

Cela permet d'éviter les mauvaises surprises et la polarisation stérile d'un débat référendaire. C'est exactement ce que permet un PPU. Sortir du cul-de-sac et améliorer la vie démocratique.

Sous cet angle, le débat sur Le Phare pourrait s'arrêter là. Puisque le PPU a convenu d'une hauteur maximale de 29 étages, inutile de débattre d'un projet de tour de 65 étages. Question de principes.

Ou alors, on accepte quand même d'y réfléchir. D'examiner de façon factuelle le pour et le contre, ce que la ville risque d'y perdre et d'y gagner.

Si on croit qu'un projet est trop gros et risque d'aspirer tout le développement et de freiner les autres quartiers, on voit s'il peut être réduit. Une ou deux tours plutôt que quatre, par exemple.

Un élément de symbole fort à l'entrée de la ville pourrait alors survivre, tout en aérant la place publique et en réduisant la pression sur la circulation.

Des lignes plus fluides et épurées pourraient peut-être rallier davantage de citoyens et de professionnels.

L'idée d'une tour plus haute que celles permises au PPU actuel deviendrait peut-être alors plus acceptable ou moins hérétique.

Cela implique cependant qu'il y a une ouverture du promoteur et de la Ville à réfléchir.

On ne l'a pas senti encore, ce qui pousse les inquiets à se braquer plutôt qu'à réfléchir à ce qui pourrait leur rendre le projet plus acceptable.

On revient à une dynamique d'affrontement plutôt que de recherche du meilleur contrat social.

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