Tricher ou ne pas tricher

Du temps où il était professeur, Alexandre Poulin... (Photothèque Le Soleil)

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Du temps où il était professeur, Alexandre Poulin a trafiqué la note d'un élève pour qu'il passe son français de cinquième secondaire. Un geste qui a influencé l'avenir de l'adolescent.

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(Québec) lls ont levé la main et dit «moi aussi».

Ils venaient de lire ma chronique de dimanche, dans laquelle je racontais l'histoire d'Alexandre Poulin, du temps où il était professeur, de cette fois en particulier où il a trafiqué la note d'un élève pour qu'il passe son français de cinquième secondaire.

Ils sont professeurs, eux aussi.

Et ils savent que chaque geste qu'ils posent aura peut-être une influence sur l'avenir de l'élève devant eux. Ce n'est pas rien, quand on y pense. C'est comme une opération à coeur ouvert, mais sans bistouri. Et sans le salaire du chirurgien, me diraient-ils aussi, c'est un autre débat, pas tant que ça en fait.

Des professeurs m'ont raconté comment ils ont fait preuve de jugeote en me demandant de garder ça pour moi. Un des messages ressemblait à ça : «Je viens d'un petit milieu, si ça se savait que j'ai donné un coup de pouce au petit Brochu, je serais foutu.» L'important, c'est que le petit Brochu ait bien tourné.

Jocelyn, lui, m'a permis de vous raconter. Il a enseigné les mathématiques pendant plus de 30 ans, s'est arrangé «plusieurs fois» pour faire passer des élèves qui en arrachaient. Il falsifiait des examens à choix multiples, effaçait des mauvaises réponses, les remplaçait par des bonnes. Il n'a jamais regretté. «Il m'est arrivé de revoir quelques élèves plus tard, j'ai constaté que j'avais bien fait.»

Il n'a jamais rien dit à personne.

Même chose pour Marc. «J'ai véritablement triché en trafiquant délibérément la note d'un élève de cheminement particulier aux prises avec une dyscalculie sévère. Il avait absolument besoin de ses maths de troisième secondaire pour être admis à un DEP en boucherie. Il a éventuellement été accepté, a obtenu son DEP, travaillé dans le domaine et est aujourd'hui proprio d'une boucherie dans ton coin.»

Les gens me tutoient presque toujours quand ils m'écrivent.

Gaétan m'a vouvoyée dans son premier courriel, il y a un an, il me parlait de vaccination. Il m'a réécrit quelques fois depuis, est passé au «tu» en chemin. Gaétan est professeur à l'université, il n'aurait pas fait comme Alexandre, n'aurait pas trafiqué le résultat de l'examen pour que l'élève obtienne la note de passage.

Voici ce qu'il m'a écrit : «Les élèves et étudiants doivent mériter leurs notes. Pense un instant à tous ceux et celles dont les notes étaient très basses et qui ont été obligés de vivre avec leurs notes, car ils n'avaient pas de problèmes à la maison. Ce n'est pas en donnant des cadeaux venant de chez Dollarama ou dans les boîtes de Cracker Jack que l'on fera des élèves forts en français ou en mathématiques.»

Il faisait allusion aux petits bouddhas rouges que remettait Alexandre Poulin à ses élèves, dans une classe de cinquième secondaire à Laval. Il trouvait un aspect positif pour chacun, pas une note, et demandait à tous les autres élèves de la classe d'applaudir pendant une longue minute.

Gaétan s'entendrait bien avec Jean, un autre lecteur qui m'a écrit, il a l'impression qu'Alexandre a choisi la solution facile en modifiant la note. Et puis, écrit-il, «rien ne prouve que cet étudiant aurait définitivement lâché l'école sans cette tricherie. Nous ne le saurons jamais.»

Ce qu'on sait, c'est qu'il ne l'a définitivement pas lâchée.

On ne saura jamais non plus ce que Jean-René serait devenu. «Moi aussi, j'ai pu profiter de profs qui ont su voir par-dessus mes mauvaises notes scolaires et voir mon potentiel et mes bonnes intentions de réussir.

«Ça brassait beaucoup à la maison; alcool, indifférence des parents qui, croyez-moi, est bien pire que la violence physique...

«J'arrivais à l'école complètement indisponible à apprendre quoi que ce soit, vêtements sales, ventre vide, la tête pleine des chicanes de la dernière nuit. Mais dans chacune de mes années du primaire, il y avait toujours une enseignante qui m'écoutait, m'encourageait et, je suis certain maintenant, me donnait de bien meilleures notes que je méritais, ce qui m'a permis de passer à travers cette période de ma jeune existence.»

C'était il y a un demi-siècle. Jean-René vient de prendre sa retraite, il a gagné sa vie honorablement comme opérateur en télécommunications. Il n'a peut-être pas appris à l'école autant de règles de grammaire et de théorèmes qu'il aurait dû, il y a appris plus important encore.

Qu'il n'était pas condamné à l'échec.

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