Mini Bush à l'école de la peur

Stephen Harper... (Photo La Presse Canadienne)

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(Québec) Jeudi, les bureaux de quatre ministres conservateurs du Québec ont reçu une enveloppe contenant une poudre suspecte.

Il s'agissait d'une fausse alerte. Mais pour le parti de Stephen Harper, alias mini-Bush, c'était presque trop beau pour être vrai.

Depuis des mois, M. Harper et ses conservateurs ne prononcent pas les mots terrorisme, sécurité et protection, sans avoir des étincelles dans les yeux.

On jurerait un groupe d'actionnaires pompettes qui regardent leurs dividendes boursiers s'accumuler en temps réel.

Le 1er mars, à l'émission Les coulisses du pouvoir, à Radio-Canada, le ministre Denis Lebel miaulait de bonheur en répondant à une question sur la peur du terrorisme.

Le début de son propos ressemblait vaguement à une publicité de préservatifs. «Les Québécois et les Québécoises sont des gens très sensibles, et on est très, comment je dirais, on aime qu'on soit protégé, on aime protéger les autres, on est des gens de coeur.»

Mais juste après, M. Lebel ne cachait pas vraiment son intention d'utiliser la peur comme levier politique, en particulier au Québec.

«Évidemment [...] au Québec, ces éléments-là sont très sensibles lorsqu'on fait appel, qu'on va toucher le coeur et l'âme des gens.»

Je ne sais pas pour vous, mais moi, lorsqu'un politicien veut toucher mon âme, je vois une petite lumière rouge qui s'allume. Un peu comme si Messmer me demandait de le regarder droit dans les yeux...

Du calme. Ne nous égarons pas.

Est-ce la faute de Stephen Harper si des attentats ont été commis à Ottawa, à Paris ou à Copenhague? Ou si un timbré expédie des menaces par la poste?

Bien sûr que non. Mais comptez sur lui pour suivre la devise de Rahm Emanuel, alias Rambo, le maire de Chicago: «Ne laissez jamais passer une crise sans essayer d'en profiter.»

Depuis le début de l'année, M. Harper ne cesse de suggérer que les Canadiens ne sont plus en sécurité et «qu'un grand mal s'est abattu sur le monde». Il répète que «l'État islamique constitue l'un des ennemis les plus dangereux que le monde ait dû affronter». Rien de moins.

Sûr que même dans leurs rêves les plus fous, les djihadistes fanatiques ne se croyaient pas aussi importants.

Malheur à ceux qui osent dire qu'il exagère. Oui, malheur à ceux qui s'interrogent sur la mission des soldats canadiens en Irak. Ou qui mettent en doute la possibilité d'augmenter les pouvoirs des services de renseignements. Ceux-là, mini-Bush les accusera de manquer de patriotisme. Ou pire, de sympathiser avec les terroristes.

Le 28 janvier, à la Chambre des communes, M. Harper a fourni un bel échantillon de sa pensée binaire.

«Je sais [...] que les députés de l'opposition ont horreur de nous voir affronter les djihadistes. Je sais qu'ils ont horreur de voir ces djihadistes se faire tuer après avoir fait feu sur les militaires canadiens.»

Après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush ne disait pas autre chose.

Hélas, contrairement aux trains, le politicien ne s'arrête pas forcément lorsqu'il déraille...

Entre nous, vous pensiez vraiment que mini-Bush allait jouer fair play? Disons en expliquant que si le danger terroriste est réel, le Canadien moyen a 150 fois plus de probabilités d'être tué par la grippe?

Sans blague, vous croyiez avoir affaire à qui? À Saturnin le canard?

Plus naïf, il y a le petit garçon perdu dans le désert, qui s'exclame : «Formidable, il y a plein de sable, pour que les chameaux ne se fassent pas d'autres bosses en tombant.»

La peur du terrorisme fonctionne à tous les coups. Même le président François Hollande en profite! Après les attentats de Paris, sa cote de popularité a brièvement remonté de 21 points.

Pour mini-Bush, la recette est éprouvée. Une louche d'opportunisme. Un zeste de mauvaise foi. Une bonne dose d'exagération. Saupoudrez de patriotisme à cinq sous. Laissez frémir jusqu'aux élections.

Après cela, on s'ennuie presque du temps où M. Harper se contentait de comparer l'extraction des sables bitumineux à la construction des pyramides d'Égypte et de la Grande Muraille de Chine.

Mais ce qui manque cruellement, c'est l'autodérision d'un John F. Kennedy, pour se moquer gentiment des excès de patriotisme.

Comment êtes-vous devenu un héros de guerre, Monsieur Kennedy?

«Ce fut involontaire. Ils ont coulé mon bateau.»

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