En roue libre

France Gendron et sa fille Élyse ont fait... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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France Gendron et sa fille Élyse ont fait le choix de se déplacer à vélo toute l'année, un choix audacieux qu'elles ne regrettent pas.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) SRB. On dirait une nouvelle drogue, un dérivé du GHB, un dérivé édulcoré. Quand vous n'avez plus de GHB, vous pouvez toujours vous rabattre sur le SRB. Je déteste la mode des acronymes, il y en a un nouveau chaque jour. J'ai appris celui-là lundi, SRB, pour système rapide par autobus. Il aurait fallu dire SRA.

SR ce que vous voulez, il reste que c'est un autobus, avec ses qualités et ses défauts.

Élyse Gendron ne fera pas la file pour monter dans le SRB de Québec, en supposant qu'il soit construit, d'ici une douzaine d'années si tout va comme prévu. Les Algériens ont une délicieuse expression pour les choses qui risquent de ne pas se produire, ils disent ça arrivera lorsque le sel fleurira.

Élyse est catégorique, toutes les raisons sont bonnes pour ne pas prendre l'autobus. Il faut d'abord attendre qu'il arrive et, quand on monte dedans, il faut endurer les arrêts, la chaleur, les odeurs. Il faut avoir du temps devant soi et un bon livre à lire, si on est assis.

Élyse a arrêté de prendre l'autobus l'été dernier, elle en avait assez de passer une heure matin et soir entassée avec d'autres sardines, entre la maison de son père dans Neufchâtel et le Cégep Garneau. Ça va plus vite avec son véhicule tout-terrain, elle part d'où elle veut, va où elle veut, à l'heure qu'elle veut.

Elle a troqué le bus pour le vélo.

«Il faisait beau, je trouvais que l'autobus, c'était long et plate. Et en plus, je sauvais l'argent de mon laissez-passer. J'ai continué pendant tout l'automne en me disant que, quand il allait y avoir de la neige, j'allais devoir recommencer à prendre l'autobus...» La neige est arrivée, elle a continué à pédaler.

Été comme hiver, sous la pluie battante, dans le froid mordant ou le blizzard sibérien, Élyse enfourche sa bécane. Elle n'a pas d'auto, les seules fois où elle se résigne à prendre le bus, c'est pour ses allers et ses retours à l'école l'hiver, faute de chemin efficace entre Neufchâtel et le centre-ville.

Par la route, ça lui prend le double du temps, deux heures au lieu d'une. Quand la piste cyclable redevient cyclable, à la fonte des neiges, elle peut parcourir la même distance en une trentaine de minutes, elle peut aussi prendre son temps et profiter du grand air, arriver toute ragaillardie à l'école.

Sa mère fait la même chose, c'est elle, en fait, qui l'a initiée au cyclisme d'hiver, c'est elle qui lui a acheté des pneus à crampons pour ne pas déraper dans la neige. C'est la grosse différence entre le vélo d'hiver et d'été, les pneus. Pour l'habillement, France et Élyse portent pour pédaler à peu près les mêmes vêtements qu'elles portent pour aller dehors, des mitaines, un manteau, une tuque, un foulard et un pantalon doublé. France a un manteau léger en plus parce que son vélo n'a pas de garde-boue.

Elles trouvent ça juste plus simple de prendre leur vélo.

Elles ne revendiquent rien, à part, comme tous les cyclistes, des circuits mieux adaptés, un vélo boulevard qui ne mette pas leur vie en péril. Celui qui traverse le quartier Montcalm est mal foutu et dangereux.

L'été passé, France a traversé le Canada, pour le plaisir simple de franchir des centaines de kilomètres en pédalant. Elle est partie de Victoria en Colombie-Britannique, est arrivée à Québec 64 jours plus tard, à temps pour retourner au bureau. Elle avait sa tente, dormait où elle voulait, s'arrêtait quand ça lui disait.

Quand on roule à 100 km/h, on ne voit pas du pays. À vélo, si.

Mais en ville, le vélo dérange. Surtout l'hiver, parce qu'il a encore moins de place que l'été et qu'on se dit qu'il faut être fêlé pour se promener en bicycle par - 30°. Ou dans la tempête. Un automobiliste le fait d'ailleurs remarquer une fois par semaine en klaxonnant Élyse.

«Je ne suis jamais dans le milieu du chemin» et pourtant elle sent qu'elle dérange, même si elle ne dérange pas. C'est le principe qui dérange ceux qui klaxonnent, celui d'obliger l'automobiliste à être plus vigilant, à se tasser un peu quand il dépasse un cycliste, à ralentir aussi, parfois.

Elle paye pour les cyclistes qui dérangent, il y en a, et pour les automobilistes, il y en a aussi, qui veulent la route à eux tout seuls.

Elle paye pour les valses-hésitations de la ville, qui ne sait pas avec quel pied pédaler quand vient le temps de trouver une façon d'accommoder les piétons, les cyclistes et les automobilistes. En février 2008, le maire Régis Labeaume était pourtant catégorique, il voulait une piste en ligne droite. Et vite.

«C'est mon choix à moi. Il faut que le legs de la Ville soit utile pour très longtemps. Je pense que ça prend une piste cyclable permanente qui traverse Québec en son centre. C'est anormal qu'une ville moderne n'ait pas de piste cyclable qui traverse.» Ce ballon-là s'est dégonflé comme bien d'autres.

En 2010, il ne jurait que par le tramway.

Pendant ce temps-là, Élyse et France sillonnent les rues en dépit des humeurs de dame Nature et des aléas du déneigement. Malgré les quelques bâtons dans leurs roues, elles n'en démordent pas, l'autobus ne fait pas le poids contre leur vélo. Et là, on n'a pas encore parlé de santé ni d'environnement.

On n'en parlera pas tellement ça va de soi.

Mais ça prend du courage, non, pour pédaler à longueur d'année, beau temps, mauvais temps? France m'a cloué le bec. «Moi, c'est les gens qui prennent l'autobus que je trouve courageux...»

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