L'autobus du compromis

Le parcours pourrait avoir cette allure une fois... (Ville de Québec)

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Le parcours pourrait avoir cette allure une fois le projet du SRB réalisé.

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(Québec) Un des avantages du projet de Service rapide par bus (SRB) est de pouvoir être réalisé par étapes en fonction de l'argent disponible.

On construira les voies exclusives un tronçon à la fois, en étalant dans le temps et l'espace les dérangements causés par les travaux. Chaque tronçon terminé améliore à mesure la fluidité de la ligne.

Cet avantage budgétaire et opérationnel est cependant aussi la grande faiblesse du projet.

Dans l'état des finances publiques, la tentation sera grande d'y aller à petits pas, de repousser des tronçons ou d'y renoncer au risque de ne jamais terminer.

Il fallait voir lundi midi la réaction de Sam Hamad, ministre de la région, pour comprendre ce qui s'en vient.

Les grands projets de transport, «ça prend des années», a-t-il prévenu. «Dix ou quinze ans, c'est normal... on est au début du processus... vraiment au début du processus... plein de choses, des étapes préalables avant que le projet soit réalisé».

J'ai été un peu dérouté d'apprendre que douze ans après l'impulsion donnée par le RTC et bientôt cinq depuis le Plan de mobilité durable, on en est encore au «début du processus».

Pour M. Hamad, «l'important» lundi était de «dire non au tramway». Le reste pourra attendre. Je n'ai pas senti l'urgence du transport en commun pour lutter contre la congestion.

Les contextes et moyens ne sont pas partout les mêmes, mais des villes construisent des tramways en quatre ans, une fois la décision prise.

Ici, ce sera 10 ans dans le meilleur des scénarios; et encore, c'est si le gouvernement l'approuve rapidement.

Un SRB par phases fait aussi craindre que chaque tronçon doive être gagné à la pièce auprès du gouvernement.

Ça fera peut-être plus d'annonces et de rubans à couper, mais aussi plus de risques que des contraintes ou des oppositions émasculent le projet en cours de route.

Il en sera ainsi de l'extension vers Saint-Nicolas et la route Mgr-Bourget à Lévis, l'une des belles surprises du plan rendu public lundi.

Cela permet de consolider l'adhésion de Lévis au projet de SRB, mais ces tronçons sont entièrement à la merci de négociations à venir.

***

Je n'ai pas retrouvé lundi l'enthousiasme et la fierté de l'administration Labeaume à l'annonce du tramway en 2010. Ni la même excitation publique. Malgré une salle plus petite, il restait des sièges vides.

Un SRB est un projet pertinent, mais cela reste un recul par rapport au tramway initial, qui était la meilleure solution à long terme.

Le gouvernement du Québec estimant ne pas en avoir les moyens, les maires de Québec et Lévis se sont résignés à ce compromis.

Mieux vaut un SRB qui a des chances d'être réalisé qu'un tramway qui n'en a pas.

Les déplacements à Québec vont augmenter de 46 % d'ici 2041. Le statu quo pour le transport en commun n'était pas une option.

Un SRB offrira davantage que les Métrobus. Capacité accrue, meilleures vitesse et fiabilité grâce aux voies exclusives et à la priorité aux feux de circulation, stations plus confortables et pourvues de services, etc.

Plus important encore, le SRB va enfin créer un lien cohérent avec la Rive-Sud.

C'est à la traversée du fleuve que la congestion est la plus lourde. Un SRB pourrait doubler d'ici 2041 la part modale du transport en commun à l'heure de pointe du matin (23 % au lieu de 13 %).

Outre son coût «réduit» (de 1,1 à 1,3 milliard $), le SRB a aussi l'avantage politique (non négligeable) de faire disparaître peu de voies de circulation et seulement sur des tronçons limités.

***

Il est probable que le SRB sera saturé par endroits après seulement 15 ans, si les projections de croissance se vérifient.

Ça semble bien peu pour un projet de cette ampleur. C'est le prix du compromis.

L'étude dévoilée lundi garde une porte ouverte à faire circuler un jour des tramways dans les corridors du SRB.

Le maire Labeaume et le ministre Hamad se sont cependant appliqués à refermer cette porte. Pour M. Hamad, «le tramway, c'est terminé».

Pour le maire, les avancées technologiques des prochaines décennies mèneront ailleurs qu'au tramway. Peut-être vers des bus à deux étages ou des bus plus longs.

La science-fiction réserve parfois des surprises. Mais elle réserve aussi des déceptions. L'avenir ne va pas toujours aussi vite qu'on le voudrait.

 

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