Une véritable allocation de «transition» pour les élus

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(Québec) L'allocation de transition prévue par la loi pour les députés qui quittent la politique ne devrait pas être une «indemnité de départ».

Or, ça a été le cas à plusieurs reprises dans le passé, et c'est ce qui fait problème encore une fois avec la démission de l'ancien ministre Yves Bolduc. Il est normal que la loi prévoie une forme d'aide pour les élus une fois leur vie politique terminée, mais il est anormal que cette aide devienne parfois une indemnité injustifiée.

Ça doit être terriblement gênant pour les leaders des partis politiques à Québec de reprocher à Yves Bolduc de toucher cette allocation de transition de 155 000 $ après que celui-ci ait annoncé sa démission.

C'est gênant parce deux de ces trois leaders, Philippe Couillard et François Legault, ont eu droit au même traitement lorsqu'ils ont démissionné de leurs fonctions, provoquant du même coup des élections complémentaires au coût de 500 000 $ chacune. M. Couillard est parti en juin 2008 et M. Legault, en juin 2009. Dans les deux cas, on ne peut pas dire qu'ils étaient dans la misère, et la transition ne semble pas avoir été longue ou difficile. De nombreux autres politiciens ont touché cette allocation, dont Pauline Marois en 2006 et Monique Jérôme-Forget en 2008, quatre mois après sa réélection. L'un des cas les plus décriés a été celui d'Emmanuel Dubourg, qui a démissionné en 2012 pour se faire élire au fédéral, un an après avoir sollicité un nouveau mandat à l'Assemblée nationale.

Quand on analyse ce problème dans une perspective historique, on ne peut s'empêcher de conclure que la décision d'Yves Bolduc est plus compréhensible que celles de plusieurs élus. Après avoir été malmené dans les médias et par ses adversaires politiques, on soupçonne qu'il n'était peut-être plus capable, psychologiquement, de faire de la politique. Sa situation ressemble un peu à celle d'André Boisclair. Après sa défaite cinglante à la tête du PQ en 2007, il lui aurait été extrêmement pénible de rester en politique.

Tous les cas sont différents. Pauline Marois est partie en 2006 parce que les péquistes lui avaient préféré André Boisclair. Monique Jérôme-Forget a fait la campagne électorale de décembre 2012 parce que les libéraux avaient besoin d'elle, mais elle est partie tout de suite après leur victoire. C'est difficilement acceptable. L'élection complémentaire pour la remplacer a coûté un demi-million de dollars aux contribuables.

Un maximum de 12 mois

Tous ces cas nous ramènent au point de départ. Il est normal que l'État aide les élus à réintégrer le monde du travail. Mais il est anormal qu'on aide ceux qui se trouvent un emploi tout de suite et qui ne vivent donc pas les difficultés de la transition pour laquelle on a prévu cette allocation.

Lundi, un auditeur a fait une suggestion sur les ondes de Radio-Canada : que la loi garantisse le salaire des élus à leur départ tant qu'ils ne se seront pas trouvé un emploi, jusqu'à un maximum de 12 mois. Bref, celui ou celle qui réintègre le monde du travail trois mois après son départ cesserait alors de recevoir son allocation. Ce n'est pas fou, comme idée, parce que les règles ainsi établies feraient de cette allocation une véritable aide «transitoire».

Toute réforme en ce sens devrait cependant interdire le versement de cette allocation à quelqu'un qui démissionne sans raison autre que la famille ou la santé (physique ou psychologique). Quand on se porte candidat pour représenter les gens, on ne leur refile pas une dépense de 500 000 $ un an plus tard pour que soit élu un remplaçant parce qu'on est frustré ou qu'on a trouvé un meilleur boulot ailleurs. C'est une simple question de bon sens.

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