Une «contribution exemplaire»

Yves Bolduc... (Photothèque La Presse)

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Yves Bolduc

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(Québec) Alors ça y est, il est finalement parti, Yves Bolduc retourne faire ce pour quoi il a étudié, soigner les gens. Il n'y a pas de cours pour devenir ministre, on l'a ou on ne l'a pas. Bolduc ne l'avait pas.

Il ne l'a jamais eu. 

Aussi loin qu'on puisse remonter dans les archives, Yves Bolduc a toujours été contesté, radioactif. Il s'est tellement mis souvent le pied dans la bouche à l'Éducation qu'on en oublie qu'il a, comme ministre de la Santé, donné 1000 $ à un organisme pro-vie, sans savoir que c'était un organisme pro-vie.

Il a aussi appuyé la relance de la mine d'amiante Jeffrey.

Un an après qu'Yves Bolduc eut quitté son cabinet de médecin à Alma pour un cabinet de ministre, la collègue Valérie Gaudreau lui avait demandé de faire son bilan. Il avait eu cette drôle de réponse. «Je suis fier de moi.»

Comme mon garçon de six ans quand il fait une boucle avec ses lacets.

Jean Charest avait été forcé de réitérer sa confiance envers Yves Bolduc, miné par un feu nourri de critiques. Gaétan Barrette, qui dirigeait la Fédération des médecins spécialistes, réclamait sa tête. Le ministre avait même lancé à la blague, pendant une période de questions: «Depuis deux ans qu'ils veulent que je m'en aille, je vous ferais remarquer que j'ai déjà changé deux fois de critique de l'opposition.»

Il est parti, donc. Et là, tout à coup, il reçoit des fleurs. 

Je sais, Philippe Couillard ne peut pas dire «bon débarras», surtout que c'est lui qui l'avait recruté en 2008 pour le remplacer. Ce serait faire l'aveu d'un manque de flair politique, il ne peut pas prêter le flanc à ça.

Alors, il sort les violons, à grand renfort de «mon ami Yves». 

Dans le communiqué de presse diffusé jeudi matin, après son tête-à-tête avec son grand chum, M. Couillard déclare: «Je tiens à souligner la contribution exemplaire du Dr Bolduc à l'avancement de la société québécoise. [...]  Il a démontré son dévouement et sa passion pour le service public, d'abord à titre de médecin et par la suite comme élu. J'ai un grand respect pour Yves et pour tout ce qu'il a accompli jusqu'à présent.»

Contribution exemplaire à l'avancement de la société québécoise. Rien de moins.

Quarante-huit heures avant, lorsque François Legault lui a demandé s'il avait toujours confiance en M. Bolduc, il était moins grandiloquent. «Monsieur le Président, bien sûr, parce qu'il est ministre de l'Éducation, au moment où je vous parle.» M. Legault a demandé s'il pensait que son ministre avait assez de jugement, M. Couillard a répondu ceci: «Soyons tolérants. Apprécions les personnes comme elles sont.»

Jeudi, les gens dans le milieu de l'éducation se sont creusé la tête pour trouver un petit quelque chose de positif à dire sur M. Bolduc. Ils n'ont trouvé qu'une chose. Il était disponible, il écoutait les gens.

Tant qu'il ne parlait pas, ça allait.

Son entourage avait compris ça depuis longtemps, il était à peu près impossible d'avoir une entrevue avec lui. J'ai voulu lui parler quelques minutes en juin, pour discuter de l'aide financière aux études, du fait que, à revenus égaux, une veuve reçoit moins d'argent qu'une femme dont le mari fait un salaire de 40 000 $.

J'ai essayé de lui parler pendant à peu près trois mois, je relançais son attachée de presse, qui prétextait chaque fois un engagement, un empêchement. Elle me répétait qu'«aucun changement n'est prévu au régime». Ce n'est pas ce que je demandais, je voulais savoir si le ministre trouvait ça juste.

Je ne le saurai jamais.

M. Bolduc restera dans la mémoire populaire, non pas pour sa contribution exemplaire à l'avancement de la société québécoise, mais plutôt au cynisme ambiant envers les politiciens. C'est triste, mais on se souviendra de lui comme ce médecin qu'on a catapulté dans un ministère qu'il n'avait pas les compétences de diriger, comme cet homme qui s'en est mis plein les poches.

Il aurait dû partir il y a longtemps, mettre fin au supplice, pour lui surtout. M. Couillard aurait dû gentiment lui montrer la porte au lieu de le regarder s'enliser autant dans les sables mouvants. Il n'aurait jamais dû le nommer ministre de l'Éducation, M. Bolduc aurait dû faire preuve d'humilité. 

Mais bon, «c'est fini», maintenant. Ce qui est rassurant, tout de même, c'est que les mauvaises choses ont aussi une fin.

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