Un concours d'architecture pour essayer de faire mieux

La maquette de la nouvelle tour Le Phare,... (Photo fournie par le Groupe Dallaire)

Agrandir

La maquette de la nouvelle tour Le Phare, du Groupe Dallaire, qui comptera 65 étages et deviendra le plus haut gratte-ciel canadien à l'est de Toronto.

Photo fournie par le Groupe Dallaire

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) En trente ans de métier, je n'avais pas vu de projet dont l'impact serait aussi déterminant et définitif sur le paysage de Québec.

Pas même la transformation des berges du fleuve ou la renaissance du centre-ville.

La différence est que le Phare sera incontournable, impossible à ne pas voir, d'où qu'on arrive et où qu'on aille.

Le projet du Groupe Dallaire atteint en cela l'objectif d'un signal fort à l'entrée de la ville.

Mais est-ce le meilleur projet possible? Celui dont Québec sera fière pour des générations et qui deviendrait le point d'ancrage d'un centre-ville d'affaires vivant à Sainte-Foy?

La réponse est non. Ce n'est pas le meilleur projet possible. Il y a certainement moyen de faire mieux. Tant dans les formes que dans les liens avec le quartier voisin.

Dans l'hypothèse où on accepte l'idée d'un développement majeur sur cet îlot, pourquoi pas un concours d'architecture?

La question a été posée cette semaine au promoteur Michel Dallaire.

Sa réponse fut que c'était impossible parce que le projet déroge au zonage et qu'il n'est pas certain qu'il puisse être réalisé.

Ce n'est pas un bon argument, croit l'architecte et professeur Jacques Plante, qui a souvent participé à des concours (mais ne serait pas intéressé par celui-là s'il y en avait un).

Un concours est une occasion de trouver des solutions auxquelles on n'aurait pas pensé, dit-il.

D'imaginer une «géométrie et une configuration» qui permettraient au promoteur d'obtenir ce qu'il veut avec un plus large consensus et une meilleure acceptabilité sociale.

«Ça coûte un peu plus cher, mais M. Dallaire en aurait pour son argent», pense M. Plante.

Le concours d'architecture pour le Diamant de Lepage a coûté environ 500000 $, mais j'imagine que la facture dépend de l'ampleur du projet.

Il s'agit généralement pour le promoteur de couvrir les frais des firmes qu'il invite à proposer des esquisses.

Sur un projet de 600 millions$, l'investissement supplémentaire serait sans doute significatif, mais pourrait en valoir la peine.

New York a reconstruit le site du World Trade Center par un concours d'architecture. Ce n'est pas dans nos traditions au Québec d'aller par concours, sauf pour des bâtiments culturels publics. C'est encore plus rare dans le privé.

Mais puisque la Ville veut faire de ce Phare une «signature», l'intérêt public serait de mobiliser les meilleurs créateurs et d'élargir la réflexion.

Il ne s'agit pas de déposséder le promoteur de son projet, mais d'y ajouter des regards professionnels différents.

L'impact visuel du Phare est trop important pour s'en priver.

Le mot attribué à Confucius prend ici tout son sens : «La façade d'une maison n'appartient pas à son propriétaire, mais à celui qui la regarde.»

Il y aura beaucoup de regards sur ce Phare de 65 étages, visible de partout ou presque, depuis les deux rives.

Le maire Labeaume a promis cette semaine une consultation publique. C'est assez incontournable. Mais une démarche n'empêche pas l'autre.

Que verrait-on émerger d'un concours d'architecture?

Impossible à dire. Le propre d'un concours est d'explorer et innover.

On peut cependant réfléchir à ce qui mériterait d'être bonifié.

Jacques Plante a reçu de nombreux prix d'architecture et on lui doit, en tout ou en partie, la Caserne de Lepage, la Bordée, le Trident, la transformation du Palais Montcalm, etc.

Il aime l'idée d'un signal fort à l'entrée de la ville et ne se formalise pas de la hauteur. Rendu à une certaine hauteur, 40, 50, 60 étages, ça n'a plus beaucoup d'importance.

L'important, c'est «comment on va chercher le passant». La place publique est une «très, très bonne idée... c'est essentiel», croit-il.

Ses critiques sont cependant très dures. Un projet «trop trapu» et trop «introverti».

Une architecture très «brutaliste et sans finesse... un peu fasciste et néo-soviétique avec un couronnement qui se veut postmoderne. C'est de la décoration; on ne fait plus ça, transformer un bâtiment en pot de fleurs; c'est dépassé...

L'intention est louable, mais c'est déjà ringard... un manque d'imagination flagrant... une occasion ratée».

Comment faire mieux? Plusieurs pistes.

Les volumes

La proposition actuelle est lourde. Peut-elle être allégée en déployant les volumes autrement? En faisant moins de tours ou en en faisant davantage? En les construisant plus hautes à la limite et plus effilées, pour laisser passer davantage de lumière? Ou mieux, en construisant aussi sur d'autres terrains du voisinage, ce qui contribuerait davantage à améliorer le milieu de vie du centre-ville d'affaires.

La place publique

L'idée d'une place publique au coeur du projet est géniale. Le problème est que celle-ci sera coincée (étouffée?) entre quatre tours de 30 étages et plus. Le côté qui marche le mieux sur une rue est toujours celui qui est le plus ensoleillé. Est-il possible de faire sortir la cour de l'ombre et de l'élargir par une disposition différente des tours?

Liens avec le voisinage

Pour être fréquentée, une place publique doit être visible et accessible. Ce n'est pas le cas du scénario proposé. La place publique est enclavée, difficilement visible de l'extérieur et les ouvertures y donnant accès ne sont pas dans le prolongement de sentiers ou trottoirs menant ailleurs dans le quartier.

Le Rockfeller Center, qui a inspiré le promoteur Dallaire, forme un U autour d'une place publique ouverte sur un trottoir passant, ce qui invite à y entrer. Ce n'est pas le cas du Phare.

L'apparence

On peut aimer ou ne pas aimer ce qu'on a vu. C'est une question de goût. Mais il semble un fait objectif que les formes et l'organisation des matériaux ne sont pas à l'avant-garde de l'architecture. Si l'objectif est de marquer l'imaginaire par l'audace et d'attirer l'attention sur Québec par la créativité et l'audace, ce serait à repenser.

Mixité

Le Phare propose des commerces, des bureaux, un hôtel, des condos et des logements locatifs, ce qui lui donne une mixité intéressante. Serait-il souhaitable d'aller plus loin? D'y inclure par exemple une dimension culturelle? Une scène, des espaces de création ou de diffusion? Une oeuvre d'art. Les projets privés ne sont pas tenus à la règle du 1 %, mais rien ne l'empêche.

Entre les mains de la Commission d'urbanisme

La Commission d'urbanisme de Québec aura à juger de l'acceptabilité du projet du Phare.

Son mandat ne porte pas sur le respect du zonage, mais sur l'apparence du projet et sa relation au voisinage.

Cette commission est constituée d'élus, d'employés de la Ville et de représentants du public. On y compte actuellement trois élus d'Équipe Labeaume, cinq architectes et designers urbains du privé, un évaluateur et un consultant en patrimoine.

Les délibérations de la Commission sont confidentielles.

Sa présidente, la conseillère Geneviève Hamelin, qui avait vu il y a un an et demi une version préliminaire du Phare, voudra examiner dans la version finale le «traitement architectural» du projet et son «rapport au sol».

Si l'implantation est réussie, la hauteur de la tour aura moins d'importance, estime-t-elle. Je suis assez d'accord sur ce point. Rendu au-delà de 30 ou 40 étages, ça ne fait plus tant de différence.

Mme Hamelin croit par ailleurs qu'un Programme particulier d'urbanisme (PPU) peut «se mouvoir dans le temps». Les valeurs et le contexte peuvent évoluer.

Je serais plutôt d'accord aussi, si ce n'est que le PPU de Sainte-Foy vient tout juste d'être adopté après de larges consultations.

À quoi sert-il de s'entendre avec les citoyens sur des balises de développement si c'est pour les balancer au premier projet venu?

Le rôle de la Commission d'urbanisme s'apparente à celui d'un tribunal administratif, évalue MmeHamelin.

Si c'est le cas, la Commission a-t-elle la même indépendance qu'un tribunal?

Ses membres ont-ils l'expertise, la crédibilité et l'autorité morale pour tenir tête au politique en cas de désaccord?

Quelle sera la liberté de la Commission d'urbanisme pour juger d'un projet déjà généreusement louangé et soutenu en public par le maire?

Même avec la meilleure volonté de ses membres, il est permis de se poser la question.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer