Fouille à nu et protocoles

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(Québec) - Madame Moisan?
- Oui, c'est moi.
- C'est pour votre petit, il fait 38 de fièvre, on veut vous aviser qu'on va lui donner un peu de Tempra, on vous rappellera dans une heure si ça ne fait pas effet.

La fièvre est tombée, elles n'ont pas rappelé.

Ça fait partie du protocole, il a fallu d'abord que je signe un formulaire au début de l'année pour permettre aux éducatrices de donner du Tempra à mon gars, plus un autre formulaire pour la crème solaire. Personne ne m'appelle quand on lui applique de la crème solaire, ça va.

Il y a aussi un protocole pour l'insectifuge, le parent doit donner sa bénédiction, c'est écrit noir sur blanc en haut du formulaire. «Le parent n'est pas tenu de consentir à l'application du protocole. Toutefois, si le parent ne signe pas le formulaire d'autorisation, l'insectifuge ne pourra être appliqué sur son enfant que si lui-même et un membre du Collège des médecins du Québec donnent leur autorisation par écrit.»

Le parent ET un membre du Collège des médecins.

Pour de l'huile à mouches.

Vous me voyez venir. Je vais vous parler de la fouille de cette adolescente à l'école secondaire de Neufchâtel. Première chose, selon la Cour suprême, une fouille à nu, c'est bête à dire, implique que les gens qui font la fouille voient la personne nue. Personne n'a vu l'élève nue. Ça n'excuse rien, mais ce n'est juste pas une fouille à nu.

Je suis allée voir ce qu'en disent les Services correctionnels du Canada, qui ont quand même un peu d'expérience dans le domaine de la fouille, sous toutes ses formes. Même pour la fouille des enfants, au cas où des agents en suspecteraient un de vouloir passer quelque chose en catimini.

Ils ont un protocole pour ça.

C'est écrit, d'entrée de jeu, qu'«aucun enfant ne sera soumis à une fouille à nu par un membre du personnel». Point barre.

Mais encore, «si un membre du personnel a des motifs raisonnables de croire qu'un enfant visiteur est utilisé pour faire passer un objet interdit, et qu'il convainc le directeur de l'établissement de la réalité de ces motifs raisonnables, le directeur interdira normalement la visite et peut détenir l'enfant en attendant d'obtenir les services de la police ou des autorités provinciales concernées chargées de la protection de l'enfance».

Et, dans le paragraphe suivant, «avant de les soumettre à une fouille, il faut les informer de leur droit de recourir à l'assistance d'un avocat et leur offrir la possibilité d'exercer ce droit immédiatement».

Même en prison, personne, à part un policier, ne peut demander à un mineur de se déshabiller, peu importe les soupçons. Et là, notre bon ministre Bolduc, qui a d'abord trouvé «acceptable» qu'on exige d'une adolescente qu'elle se mette à poil derrière un rideau de fortune pour qu'on inspecte ses bobettes, dit qu'il faut «encadrer» la pratique.

Il faut l'interdire. C'est ce qu'a promis le premier ministre Couillard hier, il avait dit comme Bolduc la veille.

Voici la définition qu'on donne de l'école, dans la Loi sur l'instruction publique du Québec, mise à jour il y a deux semaines. Article 36 : «Établissement d'enseignement destiné à dispenser [...] les services éducatifs prévus par la présente loi et le régime pédagogique établi par le gouvernement [...] et à collaborer au développement social et culturel de la communauté. Elle doit, notamment, faciliter le cheminement spirituel de l'élève afin de favoriser son épanouissement.» C'est joli, quand même.

L'élève, lui, doit se conformer aux règles.

Et, quand on a des soupçons sur un élève, on peut fouiller son casier, son sac d'école, son pupitre, lui demander de vider ses poches. Si on a des «motifs raisonnables» de croire qu'une fille cache un joint dans son string, on appelle la police. Si on juge qu'il faut appeler la police pour ça.

Au lieu d'embaucher un expert et de se décharger encore une fois de sa responsabilité de prendre une décision, le ministre de l'Éducation pourrait tout simplement faire un copié-collé du protocole de la prison. Ce qui est bon pour une prison devrait être bon pour une école secondaire.

Avec un alinéa. Donner un coup de fil aux parents avant d'appeler la police. Comme on fait dans une garderie, avant de donner du Tempra.

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