Ambitieux mais décevant

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(Québec) L'effort y est. Le Groupe Dallaire montre avec ce projet une volonté d'aller au-delà de ce qu'il a construit à ce jour à Québec.

J'y vois plusieurs progrès par rapport au Jules-Dallaire, coin boulevard Laurier - route de l'Église : une place publique, moins d'accès bétonnés, une meilleure «finition» au sommet, l'observatoire public, etc.

Le résultat d'ensemble reste cependant décevant. L'audace annoncée ne se retrouve que dans la hauteur. 

Les formes sont lourdes, les lignes prévisibles, les matériaux, banals. Il n'y a pas l'élégance et la fluidité aérienne des gratte-ciel qui émerveillent et élèvent l'âme.

Même l'arche structurale d'acier qui coiffe la tour principale a un air de déjà vu. Allez voir les images de l'hôtel Burj al-Arab de Dubaï. 

Le maire Régis Labeaume avait «commandé» au Groupe Dallaire un projet phare et emblématique pour l'ouest de la ville. 

Le pari était difficile. Comment un groupe qui ne s'est jamais démarqué par l'architecture pouvait-il tout à coup s'élever beaucoup plus haut? 

Je sais. On est ici dans les goûts. J'ai lu et entendu hier beaucoup de réactions enthousiastes. Mais aussi des critiques, des déceptions, parfois du mépris.

Dites-vous que ça aurait pu être pire. Le projet initial soumis il y a 18 mois était encore plus lourd et plus opaque.

La Commission d'urbanisme, qui devra approuver la version finale, avait alors donné une opinion préliminaire défavorable, rapporte sa présidente Geneviève Hamelin.

Cette version initiale était pourtant beaucoup moins haute que celle présentée mercredi. Une quarantaine d'étages, se souvient Mme Hamelin. 

Le promoteur prévoyait un basilaire couvrant la totalité de l'îlot des Gouverneurs, sur lequel il faisait atterrir les quatre tours.

Le promoteur a accepté de revoir les plans pour éliminer ce basilaire et le remplacer par une place publique ouverte sur la rue. 

Les volumes ainsi «abandonnés» ont été reportés au sommet de la tour principale, ce qui l'a fait grandir à 65 étages.

L'idée d'un observatoire public vient aussi de la Ville, qui souhaitait améliorer l'acceptabilité sociale d'un projet qui déroge au zonage qu'elle vient d'adopter. 

«Le Phare sera à l'image de nos valeurs familiales», a expliqué avec fierté M. Dallaire. «Un lieu remarquable d'ouverture, de rencontre, de partage; un lieu accessible à tous.»

Je ne doute pas des valeurs de M. Dallaire, un des philanthropes les plus généreux à Québec. Mais pour l'accessibilité à tous, on comprend que ce ne fut pas par impulsion naturelle, mais parce que la Ville l'y a contraint.

Parlant d'accès à tous, le Groupe Dallaire a refusé l'accès à sa conférence de presse à la présidente du conseil de quartier Saint-Louis. 

Le conseil s'était opposé par résolution à une tour qui irait au-delà des 29 étages prévus au programme particulier d'urbanisme. 

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Michel Dallaire a beaucoup parlé de son père mercredi. 

Jules Dallaire fut son «mentor» et c'est à lui qu'il doit sa «position dominante» dans l'immobilier à Québec, dit-il. 

Ce père lui a enseigné les règles de l'art du développement : vision, audace, prudence. Enseigné aussi le devoir de faire croître l'entreprise et l'idée que «si je me contente de faire comme les autres, je ne serai jamais meilleur que les autres». 

J'y ai perçu toute l'émotion et la fierté du fils. Il allait construire un mausolée de 65 étages, enfin à la hauteur de son père, comme si le Complexe Jules-Dallaire n'avait pas suffi.

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«Je ne suis pas parti à la chasse aux gratte-ciel», a assuré Michel Dallaire. «Ce n'est pas une course à la hauteur» et la hauteur n'est «pas une volonté en soi». 

Tout dans ses explications et son vocabulaire suggérait pourtant le contraire. 

Son récit de l'histoire des gratte-ciel en Amérique, sa fierté de devenir le plus haut à l'est de Toronto, les comparaisons avec d'autres villes canadiennes, l'évocation de Chicago. 

«Je rêve ce lieu à l'image de Québec, comme un Rockefeller Center de New York», dit-il. 

Stimulé par la mairie, le promoteur souhaite marquer l'histoire et la géographie de Québec. Devenir «meilleur que les autres» en construisant plus haut que les autres, plutôt qu'en construisant mieux.

Un dernier mot, inspiré par un courriel d'un lecteur reçu mercredi. Quand la ville est dirigée par un cow-boy, ça donne un phare-Ouest.

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