Le confort rend égoïste

Presque quatre millions d'enfants ne vont pas à... (Photo fournie par Antonia Dumont)

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Presque quatre millions d'enfants ne vont pas à l'école à Madagascar.

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(Québec) Depuis 15 ans, Antonia Dumont prenait toutes ses vacances en même temps, ça lui donnait cinq bonnes semaines en ajoutant tous les congés.

Mais elle ne prenait pas de vacances. Je veux dire dans le sens de se reposer, de boire des piña colada, de faire la loche sur la plage en se répétant : «Maudit qu'on est ben en vacances.» Antonia prenait quand même l'avion, plus de 20 heures de vol, pour aller dans un pays chaud. Elle se posait sur l'île de Madagascar, où elle s'occupait de la construction d'écoles dans les villages les plus reculés et les plus pauvres du pays.

Quand on parle de pauvreté, ce pays est dans le fond de la cale, cinq ou six pays sont plus pauvres que lui. Le malgache moyen a gagné 463 $ en 2013, gagné est un grand mot. Plus de 6 % des enfants ne fêteront pas leurs cinq ans, la moitié des 23 millions d'habitants n'a pas encore 19 ans.

C'est ce qu'on appelle l'âge médian. Au Canada, c'est 40 ans. La moitié de la population est en bas de la ligne, l'autre en haut.

À 25 ans, Antonia est allée au Rwanda pour faire de l'aide humanitaire. Elle y a enseigné pendant deux ans et demi. «Je me suis dit, à ce moment-là : si je n'y vais pas, si je ne fais rien, je vais devenir égoïste. Quand tu vis dans un milieu trop sécuritaire, tu deviens égoïste.»

De la sécurité, elle en avait à revendre. Elle était fonctionnaire depuis ses 18 ans au ministère des Pêcheries, savait qu'elle pourrait rester là tranquille jusqu'à 65 ans, qu'elle aurait une belle retraite, tranquille. «À cinq ans, j'avais décidé que j'irais en mission. Il y avait trois missionnaires dans la famille, je me rappelle de cet oncle qui revenait du Cameroun, qui nous racontait ce qu'il faisait. Il a semé une graine.» Quand elle est revenue du Rwanda, elle savait qu'elle repartirait.

Ça lui a pris 25 ans, le temps d'élever «trois beaux et bons enfants». Elle était rendue à l'Agence canadienne d'inspection des aliments, toujours fonctionnaire. Elle venait d'avoir 50 ans. Elle a choisi Madagascar «parce que c'est vraiment pauvre. Les paysages sont beaux, mais la misère qu'il y a là... Les gens ont soif, ils ont mal, ils ont faim. En plus du manque de connaissances». Calcul vite, vite, 40 % des 23 millions de Malgaches ont moins de 15 ans, 40 % ne vont pas à l'école. Ça fait presque quatre millions d'enfants.

En 1999, elle est allée donner un coup de main aux Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier, qui étaient déjà sur le terrain là-bas. Quand elle est débarquée, elle aurait pu se sauver en courant. Elle aurait pu ne jamais y retourner, en se disant qu'elle avait fait sa part, que c'était déjà beaucoup plus que pas mal de monde.

Elle y va chaque année depuis, elle est revenue le 27 novembre de sa 15e mission. «On construit des écoles depuis 2005. On a cinq écoles qu'on aide, au-dessus de 1000 enfants. On va faire une annexe cette année, qui nous permettra d'accueillir environ 450 enfants. Nous, on aide à construire les écoles; eux, ils s'occupent de la gérer.» Et ils les gèrent bien.

Quand elle va à Madagascar, elle se rend dans chacune des écoles. «Nos écoles sont soit dans des bidonvilles ou dans des endroits très reculés, des petits milieux où il n'y a aucune commodité. Les gros organismes ne vont pas dans les petits milieux et pourtant, c'est là qu'il faut construire les écoles pour que les gens restent chez eux.»

Elle doit parfois se taper deux jours de route plus quatre heures de marche pour arriver à destination. Elle couche dans une hutte, mange ce que les gens mangent, du riz la plupart du temps.

Elle a pris sa retraite l'été passé. Vous vous doutez bien qu'elle ne s'est pas acheté un La-Z-Boy, qu'elle ne s'est pas mise au tricot, les pieds sur le pouf, en si disant : «Maudit qu'on est ben à la retraite.»

Elle a décidé de créer un organisme, STILÉ-S pour Soutien technique international lien éducation-santé, elle en est la présidente bénévole. Les six autres membres du C. A. sont aussi bénévoles. Cette année, ils ont envoyé 12 453,80 $ à Madagascar, ont dépensé 19,50 $ en frais de gestion.

Antonia paye de sa poche ses billets d'avion et toutes ses dépenses, à peu près 4000 $ par voyage.

Tous les dons servent à construire les écoles, à acheter des livres, à aider les femmes. Construire une école, ça coûte des pinottes, environ 17 000 $. Avec une soixantaine d'élèves par classe. «Il y a même une classe de 72. Et pas besoin de faire de la discipline. Pour les élèves, c'est un privilège d'être à l'école...»

Pour le village au complet. «Quand on leur annonce qu'ils vont avoir une école, c'est un événement, ils font la fête. C'est la naissance de quelque chose. Ça mobilise le village, tout le monde participe. En 2005, on a construit une école, trois classes pour 180 enfants. Ils font maintenant le secondaire. Ils ont aussi créé, depuis trois ans, un centre d'élevage, où ils font du fromage...»

Ça prend du temps, de la patience. «Ça prend 10, 12 ans pour comprendre que, en ne se jalousant pas, en travaillant ensemble, on est capable de faire quelque chose pour rester et développer le milieu.»

Ça prend aussi du monde comme Antonia.

Si vous voulez en savoir plus : www.stile-s.org

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