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Kevin Lauzière et Patrick Germain répètent ensemble une fois par semaine depuis un an et demi, dans le sous-sol chez Kevin.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) L'histoire de Kevin Lauzière et de Patrick Germain a commencé par une vague meurtrière, en Virginie, qui a cassé des vertèbres d'une amie de Patrick. C'était la première fois qu'elle sortait du Québec. Il faisait froid, elle s'est dit que, tant qu'à être au bord de l'océan, elle était aussi bien de se baigner.

C'est bête de même, la vie, parfois.

Patrick allait voir la fille à l'IRDPQ, que j'appelle encore le Centre François-Charon, il s'y est fait un ami, qui l'a invité à jouer au volleyball en fauteuil roulant. Patrick était le seul «bipède» de l'équipe, c'est comme ça qu'ils appellent les gens qui marchent. Au volleyball, il s'est fait un autre ami, qui l'a invité à jouer au rugby.

Kevin jouait au rugby, c'est ici qu'il arrive dans la vie de Patrick.

Patrick et Kevin sont devenus amis, ils sortaient avec l'équipe au resto. C'est toujours pratique d'avoir un bipède à portée de la main, ne serait que pour franchir les foutus seuils de portes des restos.

Kevin a 25 ans et, jusqu'au 19 octobre 2008, il était un vulgaire bipède. Ce soir-là, il est sorti avec deux amis dans un bar. Sur le chemin du retour, il s'est endormi sur la banquette arrière de la voiture. Pas attaché. «Il y avait un conducteur désigné, il n'avait pas bu. On avait une heure de route à faire. Moi et l'autre passager, on s'est endormis, il s'est endormi lui aussi...»

Kevin s'est réveillé quadriplégique. Ses amis étaient attachés, «ils ont juste eu la ceinture étampée pendant un bout de temps...»

Il est aujourd'hui cloué à un fauteuil roulant, vit dans sa maison, adaptée pour lui. Kevin jouait de la batterie avant l'accident, bien du monde se disait qu'il n'en jouerait plus jamais. «J'ai toujours joué de la musique, ça a toujours été ma grande passion, en plus du sport. Ça a pris quatre ou cinq ans avant d'arriver à arranger la batterie pour que ça fonctionne bien. Je savais que ce n'était pas impossible.»

Il a réussi. Le plus difficile, ça a été de trouver comment frapper sur le gros tambour, le bass drum, étant donné que Kevin ne pouvait plus taper du pied. Kevin a retourné ça dans tous les sens, littéralement, il a suspendu la caisse avec un support en bois gossé par son père, fixé au plafond. Il en joue avec son menton. Pour le reste, il fait balancer ses bras, les baguettes attachées à ses mains.

Kevin se souvient encore de la face d'un vendeur, dans un magasin de musique, quand il est entré en fauteuil roulant, surtout quand il a demandé au gars de le conseiller pour arranger sa batterie. «C'est clair qu'il n'allait pas m'aider...»

Patrick, lui, joue de la basse. Quand les deux se sont rendu compte qu'ils faisaient de la musique, ils se sont donné rendez-vous pour jouer ensemble. «Kevin a joué Back in Black de AC/DC, j'étais vraiment impressionné.»

Assez pour former un duo, les deux gars répètent ensemble une fois par semaine depuis un an et demi, dans le sous-sol chez Kevin. Avant l'accident, Kevin avait fait une couple de spectacles, il a le goût de remettre ça. Lui et Patrick aimeraient faire une première partie au bar Archibald, encore leur faudrait-il un guitariste.

Et un chanteur.

Et un nom.

Patrick a commencé à jouer de la basse il y a une vingtaine d'années, par hasard, un soir de jour de l'An, «91 ou 92» où il était seul. «Une amie de ma soeur m'a invité dans sa famille, c'était tous des musiciens. Son père m'a demandé si je voulais essayer la basse...» Elle était à vendre, il est reparti avec.

Et voilà, c'est comme ça que tout a commencé. Si Patrick était resté tout seul chez lui, il n'aurait peut-être jamais joué de la basse. Ça vaut toujours la peine de sortir de chez soi, juste pour voir.

Pareil pour Kevin, il aurait tout aussi bien pu se dire que tout était fini après l'accident, il aurait pu baisser les bras, il a préféré se retrousser les manches. «Kevin, il regarde en avant, il a toujours hâte de travailler. Il a un côté vraiment optimiste, vraiment positif. Si je veux mettre ma guitare de côté, je pense à Kevin et je retrouve ma motivation. C'est lui qui me pousse...»

Pas besoin d'être un bipède pour vivre debout.

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