Le nouveau départ de Marie-Noëlle

Pour la première fois, Marie-Noëlle vivra dans un... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Pour la première fois, Marie-Noëlle vivra dans un appartement sans ses parents. Elle vient de signer un bail avec Amal, une infirmière marocaine établie au Québec.

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(Québec) Il y a un an et demi, Marie-Noëlle Simard m'a fait une confidence : elle se préparait à aller faire du base jump en Utah, elle ne m'avait pas dit avec qui.

Le base jump, d'abord, c'est un saut en parachute, mais pas d'un avion. C'est une affaire de trompe-la-mort qui se jettent dans le vide à partir d'un pont, d'un édifice. À Moab, en Utah, les gens sautent, d'une falaise, dans un canyon.

L'Office québécois de la langue française traduit base jump par saut extrême, vous l'aurez appris ici.

Vous vous rappelez Marie-Noëlle? C'est cette jeune femme handicapée qu'on avait placée en CHSLD à 38 ans, contre son gré, parce qu'on avait calculé qu'elle avait besoin de 13 minutes de soins de trop par jour pour habiter un logement adapté. Elle s'est battue pendant presque un an pour faire comprendre à ceux qui voulaient son bien qu'ils faisaient exactement le contraire.

Quand je l'ai rencontrée la dernière fois, il y a un an et demi, c'était dans son nouveau logement, elle venait d'emménager avec son père. Elle était soulagée, libérée. Elle reprenait la vie à peu près où elle l'avait laissée, en juillet 2012.

Elle préparait, fébrile, son voyage à Moab. Elle m'en avait parlé à mots couverts, m'avait dit qu'elle allait y rejoindre un bon ami pour sauter avec lui. Marie-Noëlle ne parle pas, elle pointe des mots et des lettres sur un grand tableau avec un petit faisceau laser rouge fixé à ses lunettes. On s'habitue vite.

Le 19 août 2013, une dépêche : Mario Richard, un gars de Québec, un des parachutistes les plus aguerris de la planète, s'est tué en Italie, en sautant d'une montagne dans les Dolomites. C'était lui, l'ami de Marie-Noëlle.

«Ça a été la plus dure épreuve de ma vie, même pire que l'année que j'ai passée en CHSLD. Pour la première fois, je n'avais pas de pouvoir sur ce qui m'arrivait, je ne pouvais pas combattre ni changer les choses...» Elle a pleuré, pleuré, pleuré. Elle a cru qu'elle ne passerait jamais au travers.

Ça lui a pris des mois à s'en remettre. Elle a recommencé à sauter en parachute cet été, avec son ami Simon-Pierre, qui connaissait bien Mario. C'était son 22e saut. «Ça a été un saut magique. J'y ai tout laissé ma colère. Quand on a ouvert le parachute, je me suis dit : «merci, Mario». Simon-Pierre chantait, on était vraiment heureux de se retrouver dans le ciel. Après tout ce que j'ai vécu, ça m'a redonné confiance.»

Marie-Noëlle est retombée sur ses pieds.

Et puis, il y a eu Amal. Amal, c'est une fille de 33 ans, une infirmière marocaine débarquée à Québec en mai avec ses deux enfants, un garçon de sept ans, un autre de neuf mois. Le Québec étant ce qu'il est, Amal n'y est pas reconnue comme infirmière; elle s'est cherché un autre boulot. Marie-Noëlle se cherchait une préposée à temps plein.

Bingo.

«On a développé une relation d'amitié qui va au-delà du travail. On est des soeurs, on se comprend, on rit tout le temps.» Elles viennent de signer un bail ensemble. Le 1er juillet, à 40 ans, Marie-Noëlle habitera dans un appartement, sans ses parents. Elle vivra avec les enfants d'Amal. «Ma mère a toujours eu une garderie, je reviens à mes racines...»

Sa mère s'occupait de neuf enfants. Elle a pris soin de Marie-Noëlle jusqu'à ses 37 ans. «Maman est une femme exceptionnelle.»

Amal a très hâte de déménager avec sa nouvelle coloc. «Je vois mon avenir avec Marie-Noëlle. Elle a facilité mon intégration ici, je ne m'ennuie jamais avec elle. On passe du bon temps ensemble, c'est une belle aventure à vivre!» Elles ont même commencé à plancher sur un projet de maison pour que les jeunes handicapés comme Marie-Noëlle n'échouent pas dans un CHSLD.

Marie-Noëlle veut avoir un «vrai travail».

Elle veut aussi dire merci aux gens du CLSC, à qui elle a fait la vie dure quand ils chipotaient sur les grilles d'analyse. «Le jour où j'ai compris qu'ils voulaient juste mon bien, mon attitude a changé. J'aime mieux travailler dans le rire, je pense que ça aide beaucoup. Franchement, j'ai eu du bon service!»

Ils seront contents de le lire.

Ils seront aussi contents d'apprendre que Marie-Noëlle est heureuse, qu'elle sort avec des amis, qu'elle boit des shooters de tequila. «Je suis redevenue la fille qui aime sa vie.» C'est tout ce qu'elle demandait, du fond du corridor du CHSLD où elle était confinée.

Quand je suis partie de chez elle, je lui ai dit à bientôt. On doit se revoir cet été, pour ce saut en parachute que nous nous sommes promis.

Ce sera mon deuxième. Et... oui, j'ai un peu la chienne.

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