La chasse aux pauvres

Thierry Vandal, le pdg d'Hydro-Québec, a décidé de... (La Presse Canadienne, Graham Hughes)

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Thierry Vandal, le pdg d'Hydro-Québec, a décidé de quitter volontairement son poste en empochant une indemnité de 500 000 $.

La Presse Canadienne, Graham Hughes

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(Québec) La chasse aux pauvres, ça mérite de figurer parmi les disciplines olympiques.

Le sport se pratique depuis la nuit des temps. Et sa popularité ne se dément pas. Oui, quand il s'agit de presser le citron des pauvres, notre imagination ne connaît pas de limites. On peut compter sur nous pour écraser le moustique avec la chaise berçante, s'il le faut.

Mais voyez plutôt...

• l'État du Michigan entend supprimer l'aide sociale pour les consommateurs de drogues;

• en Grande-Bretagne, une taxe pénalise le bénéficiaire d'un logement social ayant plus d'une chambre;

• Dans la grande banlieue de Paris, un maire d'extrême droite veut réserver la cafétéria de l'école aux enfants «dont les parents travaillent».

Le comble est atteint dans une trentaine de villes des États-Unis, qui interdisent à leurs citoyens de donner de la nourriture aux sans-abri.

À la chasse, quand le pauvre se retrouve à terre, il faut le piétiner.

Rien à voir avec un match de boxe anglaise où les adversaires s'observent, jusqu'à ce que l'un d'eux remarque :

«Je ne voudrais pas vous manquer de respect, mais la fermeture éclair de votre pantalon ne devrait-elle pas se situer à l'avant?»

***

En matière de chasse aux pauvres, le Québec ne donne pas sa place, lui non plus.

L'été dernier, selon La Presse, le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) a retranché 310 $ du chèque mensuel d'une mère, qui hébergeait gratuitement ses deux enfants majeurs. Difficile à croire, mais la maman aurait dû réclamer un loyer à ses enfants, même si ces derniers étaient aussi fauchés qu'elle.

Impressionnant, non? Mais le MESS a fait mieux. Il a réclamé 25 738 $ à une assistée sociale handicapée qui mendiait depuis 10 ans dans le métro de Montréal.

Rendu là, il importe peu que les revenus d'une mendiante soient aussi faciles à calculer que la proportion exacte de sodium dans le pipi du Tyranosaure, à la fin du Crétacé.

L'essentiel est ailleurs. Au Québec, les coupes à l'aide sociale constituent un passage obligé pour chaque gouvernement. Une sorte de rite de passage.

Nul besoin de remonter aux exploits des Boubou Macoutes, dans les années 80. Ces derniers comptaient même les brosses à dents, dans les salles de bain, pour débusquer l'assisté social qui partageait son logement en cachette...

La tradition se poursuit. Il y a deux ans, le Parti québécois a eu l'idée géniale de diminuer les prestations de certains parents avec de jeunes enfants.

Aujourd'hui, le gouvernement Couillard propose d'amputer de 130 $ le chèque d'un assisté social qui suit une cure de désintoxication.

Au Québec, nous suivons religieusement le conseil d'Alphonse Allais : «Il faut aller chercher l'argent là où il se trouve! Chez les pauvres!»

Un jour, quelqu'un finira par nous révéler qu'il s'agissait d'une blague. Mais qui?

***

C'est entendu. Le gouvernement Couillard apparaît comme un redoutable chasseur de pauvres.

En revanche, il se montre moins empressé lorsqu'il faut toucher aux privilèges des mieux nantis.

On l'a vu encore une fois lorsque Thierry Vandal, le pdg d'Hydro-Québec, a décidé de quitter volontairement son poste en empochant une indemnité de 500 000 $.

Soudain, les ministres libéraux n'avaient plus la bouche en cul de poule et la main sur le coeur pour brailler : «Chacun doit payer sa juste part.»

Soudain, les ministres libéraux trouvaient parfaitement moral qu'une société d'État verse 500 000 $ à un dirigeant qui la laisse tomber comme une vieille paire de chaussettes, deux ans avant la fin de son mandat...

Mais qu'est-ce que 500 000 $, en pleine austérité budgétaire? À peine le revenu annuel de 70 assistés sociaux «aptes au travail»?

Après tout, le mois dernier, une enquête internationale a révélé que des compagnies québécoises ont soustrait 500 millions $ aux impôts, grâce à des filiales au Luxembourg. En toute légalité.

Des fois, le Québec ressemble au gardien du zoo qui surveille continuellement la cage des pois sauteurs mexicains. Faut-il ajouter une caméra de surveillance? Une barrière électrifiée?

Pendant ce temps, les kangourous, les éléphants et les fauves sortent en grand nombre par le portail de l'entrée que le nigaud a oublié ouvert...

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