Target ou l'art de décevoir

Chez Target jeudi avant-midi, à Fleur de Lys,... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Chez Target jeudi avant-midi, à Fleur de Lys, c'était le premier jour du début de la fin, une liquidation qui ne laissera qu'un immense local vide éclairé aux néons.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Québec) Une confidence, j'aimais bien Target. J'y allais comme chez Zellers avant, comme chez Woolco et Kresge il y a encore plus longtemps, quand j'avais besoin d'un oreiller, d'une nappe pour Noël ou de nouvelles coupes à vin. Pas de musique forte, pas de commis qui vous saute dessus en s'informant de votre humeur.

Une autre confidence, je déteste magasiner. Je suis allée chez Target hier avant-midi, à Fleur de Lys, c'était le premier jour du début de la fin, une liquidation qui ne laissera qu'un immense local vide éclairé aux néons. Et encore, les néons pourraient trouver preneur. J'y allais pour voir les aubaines, mais surtout pour voir les gens qui allaient voir les aubaines.

Ils étaient nombreux. Et déçus. Ils erraient le long des allées avec leur gros panier rouge, souvent vide. Ils s'attendaient à de gros rabais, la compagnie avait crié au loup. La majorité des prix n'étaient réduits que de 10 %, parfois de 20 %, rarement de 30 %.

Les autres magasins du centre commercial, ceux qui ne ferment pas, affichaient des aubaines plus alléchantes. C'est comme ça partout après Noël, surtout en février, c'est le mois des liquidations partout. Sauf chez Target, qui fait miroiter des prix à tout casser, qui ne cassent rien du tout.

En vrac, des phrases entendues à travers les allées, vous pouvez ajouter quelques sacres au travers.

- C'est ridicule.

- Ils rient de nous autres.

- On s'en va, y'a rien à faire ici.

Ainsi s'achèvera la saga de Target, de la déception de l'ouverture au désenchantement de la fermeture. La compagnie avait comparé cette vente au Black Friday, ce fut plutôt un jeudi gris. Ce n'est pas rien, quand même, la compagnie aura réussi à décevoir les consommateurs jusqu'à la fin.

Les seuls qui souriaient, ce sont les employés. Il y avait ce gars au comptoir de l'électronique, qui criait «vous pouvez passer ici!» aux clients qui poireautaient en file aux caisses libre-service. Personne ne répondait à son invitation, comme s'ils étaient gênés de regarder en face le gars qui perdra son boulot.

Ils aimaient mieux transiger avec une machine.

Target est débarqué au Canada avec un slogan pompeux, «trouvez mieux, payez moins», il n'a pas été capable de livrer la marchandise, dans tous les sens du terme. On n'y trouvait pas mieux qu'ailleurs, on n'y payait surtout pas moins. Dans la jungle des grandes surfaces à bas prix, ça ne pardonne pas.

Ça avait mal commencé, en Ontario, les premiers clients avaient trouvé des tablettes dégarnies, des prix qui avaient tout à envier à la concurrence. Ils sont partis, ne sont jamais revenus. Target l'aura appris à la dure, on n'a jamais une deuxième chance de faire une première bonne impression.

Je me suis amusée à retourner dans les archives, à lire les commentaires du président de Target Canada, Tony Fisher, il y a un an et demi quand les magasins ouvraient leurs portes. Le gars se disait super content de la réponse des Québécois. Il disait aussi «le meilleur est à venir».

Il n'est jamais venu.

C'est ce que me disait aussi un des commis, hier. «Les gros spéciaux sont à venir, on commence par des petits rabais et ça va augmenter au fur et à mesure. Mais c'est sûr que les belles affaires vont être parties...»

Les consommateurs aussi. Les gens ne se rueront pas au portillon pour acheter des aspirateurs, des tapis et du papier de toilette qu'ils peuvent trouver au même prix, et peut-être moins cher, dans un commerce qui n'est pas en faillite, où ils auront un service après-vente.

Target mourra comme il a vécu, dans l'indifférence. J'y suis retournée hier soir, les tablettes étaient un tantinet plus dégarnies, mais l'ambiance était la même. Des commis résignés et souriants qui servaient des clients, nombreux et déçus. J'ai remarqué, sur l'uniforme, la cible rouge brodée en haut, à gauche.

Juste au-dessus du coeur.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer