Les Jeux sont-ils (si) payants?

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Les Jeux peuvent être un pari risqué. L'héritage et l'image de Sotchi (photo) ont été assombris par des coûts astronomiques.

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(Québec) Marcel Aubut presse la Ville de conserver le vieux Colisée pour une candidature olympique. Il dit respecter le choix de la mairie de ne pas replonger maintenant dans l'aventure, mais les signaux se multiplient : une candidature de Québec serait bienvenue.

Le Comité international olympique (CIO) vient d'ouvrir la porte à des candidatures communes. L'hypothèse d'un Québec-Lake Placid pour la descente de ski a été lancée par quelques membres du CIO.

Cette ouverture est venue conclure une annus horribilis pour le CIO. En quelques mois, quatre villes d'Europe (Stockholm, Cracovie, Lviv et Olso) se sont retirées de la course aux Jeux de 2022.

Sans parler de Davos et de Munich (et de Québec) qui y avaient déjà renoncé. Pour quatre de ces villes, le manque d'appui public a été déterminant.

Il ne reste plus que deux candidates, Almaty (Kazakhstan) et Pékin pour 2022.

Il s'agira donc des troisièmes Jeux consécutifs en Asie et des cinquièmes de suite hors de l'Europe, berceau de l'olympisme.

Avide de «nouveaux marchés», le CIO a basculé dans une spirale mégalomane dont il a touché les limites avec Sotchi.

La perception s'est répandue que le CIO donne les Jeux aux villes qui dépensent le plus pour les infrastructures. L'effet dissuasif est manifeste.

Pour le contrer, le CIO vient de renoncer à ce qui fut longtemps un de ses objectifs : des Jeux compacts avec un village unique pour les athlètes.

Québec avait beaucoup joué cette carte lors de ses deux candidatures malheureuses.

Le virage du CIO aura-t-il l'effet voulu? Ça reste à voir.

Le maire Régis Labeaume a vite écarté l'idée de Jeux communs avec Lake Placid. Il espère plutôt convaincre le CIO d'assouplir les critères de montagne pour tenir une descente au Massif.

Pyeongchang a rapidement rejeté la suggestion du CIO d'utiliser des pistes de glisse au Japon pour éviter d'en construire de nouvelles à gros prix.

Le Kazakhstan est par contre intéressé. Si Almaty obtient les Jeux de 2022, elle partagera des sites avec Astana, distante de 1200 kilomètres et 16 heures de route.

***

Ce qui ajoute aux inquiétudes sur les coûts, ce sont les doutes sur les répercussions économiques véritables des Jeux.

Dans une analyse parue l'été dernier, le New York Times rappelle que les études de retombées mesurent l'argent dépensé pendant un événement.

Elles ne demandent jamais combien d'argent aurait été dépensé si l'événement n'avait pas eu lieu.

Les Jeux attirent des touristes, c'est indéniable, mais ils éloignent aussi des visiteurs.

Des théâtres de Londres ont cessé leurs activités pendant les Jeux et en août 2012, le British Museum a reçu 22 % de visiteurs de moins que l'année précédente.

Ce même mois, il y a eu au pays une baisse de 5 % des visiteurs étrangers par rapport aux années précédentes. Ceux qui sont venus ont dépensé plus, mais il a fallu des milliards pour les attirer.

Le New York Times cite l'économiste Victor Matheson qui prédit que si Boston obtient les Jeux d'été de 2024, elle sera submergée de touristes de sport. C'est bien. Sauf que Boston est déjà submergée de touristes l'été, note-t-il.

Une étude d'économistes américains parue en 2009 montre une hausse significative du commerce dans les pays qui accueillent les Jeux.

La même étude montre cependant que ce fut le cas aussi dans des pays dont la candidature a échoué et qui ont donc dépensé beaucoup moins.

Leur hypothèse est que le bénéfice vient de la candidature, vue comme un signal qu'un pays est open for business et non de la dépense elle-même.

***

Les Jeux peuvent être un pari risqué. L'héritage et l'image de Sotchi ont été assombris par des coûts astronomiques. La Russie a ensuite saboté les espoirs de boom touristique en envahissant la Crimée.

Le New York Times reprend en ses mots beaucoup de constats d'études sur l'impact des grands événements, équipes ou infrastructures de sport : faute de bénéfices économiques clairs, la principale motivation à les attirer est de faire plaisir aux citoyens.

C'est comme un mariage, s'amuse l'économiste Matheson. «Ça ne vous rendra pas riche, mais cela peut vous rendre heureux. L'astuce, c'est de savoir combien ça vaut.»

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1. BINYAMIN APPELBAUM. «Does Hosting the Olympics Actually Pay Off?», New York Times Magazine, 5 août 2014

 

 

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