800 $ d'amende pour du Bovril

Sophie* a acheté en France et ramené au... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Sophie* a acheté en France et ramené au Québec une boîte de conserve de fond de veau en poudre dont elle préfère se servir pour faire de la soupe. Mais les douaniers lui ont plutôt remis une contravention de 800 $.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le 29 décembre, Sophie* est revenue de Paris avec quatre boîtes de chocolats et du fond de veau en poudre de marque Maggi. Maggi, c'est l'équivalent français du Bovril, qui fait dans le concentré de bouillon de viande.

Elle a ramené cinq petites boîtes de conserve, question d'en avoir assez jusqu'à son prochain voyage en France. Elle y va chaque année; c'est là qu'elle est née, c'est là qu'elle a pris l'habitude de cuisiner ses sauces avec du Maggi. Elle habite à Québec depuis 1992, ses trois enfants sont nés ici.

Cette année, Sophie devra se convertir au Bovril. Dans un élan de zèle dont ils ont le secret, les douaniers de Québec ont pris Sophie la main dans le sac, déjouant son plan machiavélique d'importer du veau en poudre.

À la question, «rapportez-vous de la viande au pays?», elle a coché non. «Pour moi, une poudre lyophilisée, ce n'était pas de la viande.» Le règlement est sans équivoque : un produit qui contient plus de 2 % de viande, c'est de la viande.

La poudre Maggi en contient 2,1 %.

Le douanier n'allait pas laisser passer ça, déjà qu'il avait fermé les yeux sur le restant de croissant que Sophie avait fourré dans son sac à main et sur des pastilles pour la gorge sans code DIN. «Il m'a dit : "ça va être beau pour ça..." Mais, quand il a trouvé le fond de veau, il a sauté là-dessus!»

À bout de nerfs

Sophie était à bout de nerfs. Elle a eu beau faire tous les temps, implorer la clémence, l'agent était intraitable. Il a confisqué les boîtes de conserve, avant de revenir avec une contravention de 800 $. «Il m'a demandé de signer la feuille. Il m'a dit que si je payais ça tout de suite, ça ne me coûterait que 400 $...»

Il ne lui a pas dit qu'elle avait 15 jours pour profiter du rabais de 50 %. «Je me suis demandé : dans quel pays on est?» Sophie a plutôt profité des 30 jours qu'elle avait pour contester sa contravention pour «violation grave» de la loi. Il y a trois types de violation : mineure, grave et très grave.

Dans son infinie sagesse, le douanier a déterminé qu'omettre de déclarer cinq boîtes de conserve contenant 2,1 % de veau était une violation grave. Il s'est dit qu'avec 800 $ d'amende, Sophie ne récidiverait pas. Il a pris soin de valider la sanction avec un supérieur qui, visiblement, a trouvé que c'était plein de bon sens.

La seule erreur de Sophie, au fond, c'est d'avoir répondu non, sur sa carte de déclaration, à savoir si elle rapportait au Canada «viande ou produits à base de viande; produits laitiers; fruits; légumes; semences; noix; plantes et animaux; parties d'animaux; fleurs coupées; terre; bois ou produits du bois; oiseaux; insectes».

Je réponds toujours oui. Il y a inévitablement quelque chose dans mes bagages qui entre dans une de ces catégories. Je l'ai fait samedi dernier; en revenant de voyage, je ramenais des bracelets en bois et en os de vache. On avait aussi un chapeau de paille : techniquement, c'est une partie de plante.

Au pire, on m'accusera d'être trop honnête.

«Je suis d'accord sur le principe, la loi, c'est la loi. Je comprends que je l'ai enfreinte, mais je l'ai fait de bonne foi. Qu'on me saisisse les produits, je n'ai aucun problème avec ça. Mais 800 $ d'amende, c'est excessif, c'est le prix d'un billet d'avion! Je ressens un tel sentiment d'injustice...»

Elle se sent comme dans la fable de La Fontaine, Les animaux malades de la peste : «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.» Suffirait de changer «peste» pour «vache folle», qui compte pour beaucoup dans cette psychose sur la viande européenne.

La maladie, en passant, est pratiquement disparue. La France n'a recensé que trois cas en 2011; l'Angleterre, sept.

Sophie a une planche de salut, nul autre que Steven Blaney, le ministre canadien de la Sécurité publique, à qui elle a écrit le 7 janvier pour solliciter sa «compréhension» et son «discernement éclairé». C'est ce que prévoit la procédure : vous n'êtes pas content des douanes? Envoyez une lettre au ministre. Elle n'a pas eu de nouvelles, pas même un accusé de réception.

En attendant, elle touille ses sauces avec ses dernières réserves de Maggi.

* Le prénom a été modifié pour ne pas nuire aux procédures.

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