Les mirages de la tour-phare 

Un des projets de Cominar sur le boulevard... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Un des projets de Cominar sur le boulevard Laurier, sur le terrain où logeait l'Auberge des Gouverneurs.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Ce projet me donne le vertige. Je n'ai pas d'objection de principe contre les édifices en hauteur, y compris une tour qui dépasserait les 50 étages.

Pas d'objection non plus sur l'emplacement évoqué le long du boulevard Laurier, à la tête des ponts. Ni d'objection à un peu d'audace en architecture. 

Mais je ne partage pas l'enthousiasme de la mairie et du ministre de la Capitale-Nationale pour le projet pharaonique de Cominar à l'emplacement de l'ancienne Auberge des Gouverneurs.

Depuis 2009, Québec semble désespérément à la recherche d'un «immeuble-phare» qui la projettera dans la modernité.

Le mot phare est servi à tout propos, par tous les acteurs et dans tous les contextes. On rêve de l'immeuble iconique qui va changer le visage de Québec. Cela tient à la fois de la mode et de l'obsession.

Cet «immeuble-phare», on l'a imaginé tantôt sur la batture de Beauport (30 étages), sur D'Estimauville, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, au coin de l'avenue Cartier et du boulevard René-Lévesque. 

Ce serait Le Diamant de Robert Lepage à la place D'Youville, le siège social de La Capitale sur la colline parlementaire (très réussi), la tour de bois de 12 étages entre Saint-Roch et Limoilou, un 25 étages à l'église Saint-Coeur-de-Marie, le Manège militaire, l'hôtel du Patro Saint-Vincent de Paul. Sans parler de l'amphithéâtre.

Il y aura tantôt tant de phares pour montrer la direction qu'on en sera aveuglés ou déboussolés.

Mais revenons au projet de Cominar. 

On peut avoir de sérieux doutes sur la capacité du marché de Québec à absorber d'un coup autant de pieds carrés de bureaux et de condos. 

Mais je vois surtout plusieurs raisons de croire que ce projet n'est pas une bonne idée. Du moins pas maintenant. 

La charrue avant les boeufs

Construire une tour «d'au moins 50 étages» ne devrait pas être une fin en soi, à moins de la vouloir en proportion de son ego.

On construit 50 étages quand un quartier est à maturité et atteint une certaine densité. La hauteur devient alors le moyen de poursuivre le développement.

Ce n'est pas le cas du pôle d'affaires de Sainte-Foy, qui reste un champ de stationnements et d'espaces vacants. Y planter quelques tours ne va pas donner au quartier des qualités urbaines.

S'il y a vraiment un marché pour autant de nouveaux pieds carrés, il y aurait intérêt à les distribuer, notamment en façade de Laurier, pour créer une certaine densité. 

La Ville le sait pourtant. Les qualités urbaines souhaitées, on les retrouve dans le programme particulier d'urbanisme (PPU) qu'elle vient de se donner: des artères avec des trottoirs, de la verdure et de l'animation; des immeubles qui encadrent des espaces publics; une mixité d'usages, etc.

Plutôt que de s'empresser à faire du spot zoning pour gratter le ciel plus haut, la Ville devrait commencer par remplir sa portion du «contrat social» du PPU: aménager des espaces publics de qualités autour desquels pourront se greffer des tours. Et si besoin est, un jour peut-être, une tour de 50 étages. Mais on met ici la charrue avant les boeufs.   

 La peur de la laideur

On n'a pas vu encore les maquettes du projet de Cominar pour le terrain des Gouverneurs. Je ne veux présumer de rien, mais on a vu ce que Cominar a fait au Jules-Dallaire, coin route de l'Église et boulevard Laurier. 

Une masse lourde, sans imagination ni élégance, mal intégrée aux trottoirs et au voisinage. Une architecture d'une autre époque qui n'est certainement pas l'image que Québec veut projeter.

Québec en a-t-elle été complice ou victime? Je ne sais pas, mais il faut maintenant vivre avec.

Je sais que tous ne partagent pas ce point de vue. Pour plusieurs, le complexe Jules-Dallaire incarne le succès et la modernité. On peut aussi saluer le mécénat de Michel Dallaire, impliqué dans nombre d'oeuvres charitables et communautaires.   

Mais, pour l'architecture, il est possible de faire mieux. La Ville le croit aussi. Ce n'est pas pour rien qu'elle a renvoyé Cominar à ses devoirs pour dessiner le projet-phare du site des Gouverneurs. 

Je m'inquiète quand même. J'aurais préféré que Cominar fasse la démonstration qu'elle est capable d'élégance et de créativité sur un immeuble moins stratégique avant de lui ouvrir le ciel à la tête des ponts.

 Le mauvais message

Québec vient de mettre un grand soin à préparer un PPU pour le centre de Sainte-Foy. La population et les acteurs locaux ont été consultés. Le résultat n'a peut-être pas fait l'unanimité, mais je le trouvais très honorable.

Ce PPU fixait pour le quartier une hauteur maximale de 27 étages. Quelle sorte de message enverrait-on en balançant ce zonage «consensuel»au premier projet venu? 

Que les consultations et la planification ne servent à rien? Que ce sont les ego et les promoteurs qui mènent?

Écraser le marché

Malgré le ralentissement, l'économie de Québec se porte plutôt bien, et il ne faut pas attendre que tous les espaces et les condos soient occupés avant de commencer à construire les prochains.

Mais on voit mal comment il sera possible d'absorber simultanément autant de nouveaux pieds carrés au centre de Sainte-Foy sans hypothéquer les chances de consolider d'autres quartiers comme Saint-Roch; ou d'en développer de nouveaux comme D'Estimauville ou le boulevard Charest.

Les lois naturelles du marché favorisent le développement à la tête des ponts et sur Laurier. La Ville a-t-elle besoin d'accélérer la tendance en faisant sauter le plafond des gratte-ciel?  

Ajouter à la congestion

Je doute qu'un projet de tour de 50 étages puisse lever de terre très rapidement. Le Groupe Dallaire-Cominar n'a d'ailleurs toujours pas construit les deux tours de 17 étages qu'il prévoit sur le terrain de l'Ozone, boulevard Laurier. 

Mais dans l'hypothèse d'une construction et d'une occupation rapide, le projet ajouterait à la congestion à la tête des ponts.

Le projet de tramway semblant remis aux calendes grecques, c'est courir après les problèmes. 

On pourrait se dire que cette pression supplémentaire fera bouger le gouvernement pour revoir la tête des ponts et investir dans le transport en commun. Mais on peut aussi craindre le contraire.

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