Chronique d'une urgence annoncée

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(Québec) Maintenir un petit hôpital avec une salle d'urgence dans le Vieux-Québec était un pari intenable avec le départ des spécialités pour l'Enfant-Jésus.

Le gouvernement Marois s'y était engagé et beaucoup y ont cru, dont les Augustines, d'où leur stupéfaction à l'annonce du ministre Gaétan Barrette.

La communauté médicale a cependant vu dès le départ que cette urgence n'était pas viable.

Aucun urgentiste ne voudra pratiquer dans une urgence sans hôpital ni spécialiste, avait prévenu le Dr Claude Deschênes, alors chef de l'urgence de L'Hôtel-Dieu.

Les patients suivis par des spécialistes n'iront plus à cette urgence, prédisait-il.

Il ne resterait qu'une mince clientèle locale et une clientèle «ambulatoire» de touristes, de toxicos et de sorties de bars. Pas assez pour justifier le maintien d'une urgence.

Même les plus tenaces partisans du maintien de L'Hôtel-Dieu dans le Vieux-Québec n'ont pas cru à la viabilité d'une urgence orpheline.

Sous cet angle, l'abandon des fonctions hospitalières de L'Hôtel-Dieu annoncé par le ministre Barrette n'est pas une surprise ni une hérésie.

C'était une conséquence inévitable de la décision de déménager L'Hôtel-Dieu à l'Enfant-Jésus.

Peut-on en conclure, comme le ministre, qu'il n'y a «pas besoin» de services médicaux de première et deuxième ligne dans le Vieux-Québec?

Ça me paraît un peu court. Il faudrait finir la phrase. Il n'y a pas de besoin pour une urgence dans le Vieux à partir du moment où on enlève l'hôpital et ses spécialités.

Pour le reste, la localisation n'a que peu d'influence sur l'achalandage. C'est la disponibilité et la nature des services qui déterminent l'achalandage. On pourrait mettre les hôpitaux et les médecins n'importe où, les patients suivront.

***

Le ministre Gaétan Barrette vient de fixer une limite aux coûts du mégahôpital de l'Enfant-Jésus : 2,6 milliards $, indexations comprises et «zéro surprise».

C'est le montant des plus récentes évaluations, mais l'analyse n'est pas terminée.

Si les évaluations finales devaient dépasser, il faudra «déshabiller» le projet ou y renoncer, a prévenu le ministre.

«Ça se peut qu'on reste à L'Hôtel-Dieu» si le déménagement s'avère trop coûteux, a-t-il précisé mercredi. M. Barrette dit ne «pas avoir de raison de le croire», mais on ne sait jamais.

Depuis l'annonce initiale, les estimations ont déjà bondi de 1,7 milliard $ à 2,6 milliards $. Cela exclut les 500 millions $ pour la requalification du bâtiment de L'Hôtel-Dieu.

Des notes d'un attaché politique de M. Barrette dont Radio-Canada et Le Soleil ont fait état en décembre identifiaient plusieurs coûts sous-estimés ou n'ayant pas encore été évalués.

Le ministre affirme que ces notes ne véhiculent que des chiffres et des analyses d'opposants au projet.

Des courriels (dont j'ai copie) montrent cependant que le collaborateur avait validé les chiffres auprès du chargé de projet, avant de les soumettre au ministre.

***

L'engagement du ministre à ne pas dépasser 2,6 milliards $ a le mérite d'être clair. La facture ne pourra grimper impunément comme trop souvent lors de grands projets.

Ça me fait penser à l'amphithéâtre du maire Régis Labeaume.

Un engagement solennel à ne pas dépasser le budget. Si on voit que ça dépasse, on remanie le projet, on le réduit ou, mieux, on impute ce qui dépasse à d'autres postes budgétaires ou à d'autres joueurs.

La différence est que pour le maire, renoncer au projet n'était pas une option.

***

Le gouvernement Marois avait prévu conserver 150 lits à L'Hôtel-Dieu. Qu'advient-il de ces lits s'il n'y a plus d'activité hospitalière dans le Vieux-Québec?

On ne sait pas encore. Cela dépendra de la vocation future du bâtiment.

Ces 150 lits allaient venir «d'autres établissements», rapporte le cabinet du ministre Barrette.

Il ne s'agissait pas de véritables lits d'hôpital. Plutôt des lits de convalescence, de soins palliatifs, de réadaptation ou consacrés à la longue durée pour des adultes avec déficience physique.

La «provenance» et l'usage de ces lits n'avaient jamais été précisés.

C'est l'avantage avec les annonces floues. Quand on ne sait pas trop ce qui était promis, on ne sait pas trop ce qui est perdu lorsque le projet change de trajectoire.

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