Le pari santé du docteur Barrette

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(Québec) On dit souvent qu'un gouvernement, c'est comme un grand navire de croisière : il faut beaucoup de temps pour effectuer des virages. De tous les ministres du gouvernement Couillard, c'est à Gaétan Barrette qu'on a demandé les virages les plus importants. Mais contrairement au capitaine d'un navire océanique, le docteur Barrette pilote ses changements comme s'il était aux commandes d'un contre-torpilleur. Les virages sont raides et risqués.

«Je suis le ministre des dépenses», a déclaré lundi le ministre en entrevue éditoriale, pour justifier ses efforts visant à réduire le coût des services de santé. Il ne pouvait mieux dire : la santé, c'est 32,3 milliards $ sur un budget de dépenses de programmes de 65,7 milliards $.

Le problème, c'est que la santé est un monde complexe de plus en plus coûteux, où les changements doivent impliquer autant les professionnels que les patients et la population en général. Des changements qui affectent autant les habitudes et les comportements que les structures organisationnelles et les méthodes de rémunération. Tout ça dans un monde où les besoins et les attentes de la population sont énormes, et le lobby des professionnels concernés, très puissant.

C'est pour ça qu'il est intéressant de voir un ministre fonceur comme Gaétan Barrette se lancer tête baissée dans une série de changements risqués où ses prédécesseurs ont échoué. Parce que dans le budget en cours du gouvernement du Québec, la santé a vu son budget croître de près de 1 milliard $, soit une majoration de 3 %. Ce qui fait dire au ministre que «budgétairement, le système de santé ne va pas survivre s'il n'y a pas de changement».

Gaétan Barrette a raison sur ce point, mais le jury va délibérer longtemps sur ses chances de succès. Son assurance personnelle en fait l'un des ministres les plus convaincants du gouvernement lorsqu'arrive le moment de justifier ou d'expliquer les changements qu'il nous propose. Ses adversaires et ses critiques lui reprochent son langage coloré plus ou moins poli, et parfois son arrogance. Mais il a le mérite de dire ce qu'il pense et de s'expliquer avec cohérence. Pour le reste, sa détermination excuse certains écarts de conduite dans un monde où le statu quo est politiquement plus confortable, et où les gouvernements sont trop souvent impuissants.

La grande question demeure quand même de savoir s'il a raison dans les virages qu'il nous propose. On a déjà vu des politiciens forts en gueule nous embarquer dans des projets emballants mais voués à l'échec. J'ai encore en mémoire l'optimisme contagieux de Régis Labeaume aux côtés de Jean Charest et de Pierre Karl Péladeau, lorsqu'il promettait le retour des Nordiques dans la capitale. Ça va faire quatre ans le 10 février, et on attend toujours l'équipe promise. La morale de cette histoire : il faut se méfier des beaux parleurs.

Le ministre Barrette a au moins le mérite de nous proposer des changements visant à réduire les dépenses au lieu de les augmenter. Ses propositions visant à réduire le coût des médicaments et à améliorer la disponibilité des médecins vont dans le sens d'une gestion plus efficace des budgets de la santé. Certaines de ces propositions bousculeront les habitudes de travail des médecins et même celles des patients. Quand il affirme, par exemple, que beaucoup de Québécois en santé vont voir le médecin plusieurs fois par année pour se faire rassurer, il laisse entrevoir des contraintes nécessaires peut-être, mais désagréables pour les intéressés. C'est tout un pari.

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