Quand les fous de Bassan magasinent

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Les gens ne cherchent plus seulement une bonne localisation, mais veulent surtout une «expérience de magasinage», ce qui explique en partie la période de turbulence que traverse actuellement le commerce de détail.

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(Québec) Hécatombe parmi les fous de Bassan. L'article d'Actualités UQAM, mis en ligne en décembre, décrit comment le réchauffement de l'eau à l'île Bonaventure menace la colonie de fous de Bassan.

L'eau exceptionnellement chaude de l'été 2012 a repoussé les poissons au nord et dans les profondeurs.

Les fous de Bassan ne pouvant plonger à plus de 20 mètres, ils ont été contraints à aller chercher plus loin leur nourriture.

Jusque sur la Côte-Nord et à Anticosti, ont observé des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski qui les ont suivis avec des GPS.

Les vols aller-retour duraient parfois plusieurs jours.

Le parent resté au nid finissait par tomber en carence et partait à son tour chercher de la nourriture.

Les poussins laissés seuls sont morts de faim ou ont quitté le nid et se sont rendus vulnérables.

Cet enchaînement naturel est l'hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer que le taux de reproduction habituel (70 %) ait chuté à 8 % en 2012.

Si le réchauffement des eaux de surface se maintient, la colonie ne pourra survivre à l'île Bonaventure et migrera ailleurs, sans doute vers le Nord.

La morale de l'histoire: quand on ne trouve pas ce qu'il nous faut, on va chercher ailleurs.

C'est ce qu'on fait les clients de Target. Et ceux de toutes ces bannières et boutiques tombées en rafale ces dernières semaines: Jacob, Mexx, San Francisco, Les Ailes de la Mode, Holt Renfrew, Le Jardin Mobile, Sony Canada, etc.

Cela laisse l'impression d'une hécatombe dans le commerce de détail. Perception amplifiée par le climat d'austérité publique, une économie au ralenti et l'avancée des ventes en ligne.

Les chiffres officiels montrent pourtant le contraire : une hausse de 3 % des ventes au Québec en 2014.

«Au total, il y a plus d'ouvertures que de fermetures», rapporte Léopold Turgeon, pdg du Conseil québécois du commerce de détail.

On traverse cependant une «période de turbulence», constate le professeur Frank Pons, du Département de marketing de l'Université Laval.

«Le paysage change drastiquement.» Le commerce électronique favorise la comparaison des prix.

Il ne suffit plus à un magasin d'avoir une bonne localisation, il lui faut offrir une bonne «expérience de magasinage». Montréal a ainsi inventé le quartier DIX30, un mégacentre qui offre plus que des commerces.

Si j'étais cynique, ce que je réussis parfois pas trop mal, je dirais qu'à Québec, une bonne expérience de magasinage est de payer pas cher et de pouvoir stationner à la porte du commerce, pas trop loin de la bretelle de l'autoroute.

Jean-François Grenier du Groupe Altus, spécialisé dans l'immobilier, est moins cynique et mieux documenté.

La tendance dans la vente des «biens mode», à Québec comme ailleurs, est à la «polarisation vers les extrêmes», décrit-il.

Les consommateurs cherchent le très bon marché ou inversement, le moyen-haut de gamme. Entre H & M et Michael Kors, il reste moins de place pour les Mexx.

Cela crée un vide au centre dans les commerces dont le positionnement n'est pas clair ou qui essaient d'offrir du «tout pour tout le monde». Des commerces qui n'ont pas de cible précise, comme Target.

***

Je n'ai jamais partagé l'enthousiasme des nouveaux commerces qui se targuent de «créer» 100, 200 ou 1000 emplois. Target en comptait plus de 17 000 au Canada.

On peut être attristé pour les personnes qui perdent leur emploi. Mais la réalité est que ces emplois avaient souvent été «pris» ailleurs, dans d'autres commerces qui ont dû faire des mises à pied ou fermer boutique.

On déplace des emplois dans le commerce de détail, mais il ne s'en crée pas tant de nouveaux. «La tarte ne grossit pas», note M. Turgeon. En fait, elle grossit moins vite qu'avant la crise.

Le progrès spectaculaire du commerce en ligne (de 20 % à 25 % par année) n'a pas encore grugé de façon significative dans cette tarte.

Guère plus de 5 % des ventes de 107 milliards $ l'an dernier, dont 1 % de ventes transfrontalières.

On peut cependant penser qu'au rythme où il progresse, le commerce en ligne finira par brouiller les cartes.

***

Le mouvement des bannières, des chaînes et des mégacentres commerciaux (un nouveau à Lévis par exemple) ne semble pas altérer l'équilibre des lieux de commerce à Québec.

Artères commerciales, centres commerciaux de quartier ou régionaux et mégacentres (power center) maintiennent leurs «parts de marché».

Mais tous doivent inlassablement se réinventer pour maintenir créer des «expériences» de magasinage distinctives.

C'est ce que vient de réussir, par exemple, l'avenue Cartier avec son parcours Lumière sur l'art.

Trente-quatre abat-jour géants tendus au-dessus de la rue, où sont reproduites des oeuvres de Fernand Leduc et d'Alfred Pellan.

L'idée initiale était d'illuminer la rue pendant les mois d'hiver, mais l'expérience pourrait être prolongée.

Le succès d'une artère commerciale de centre-ville tient pour beaucoup à la qualité de son mix. La recette est connue : un tiers de produits, un tiers de services, un tiers de divertissement.

L'avenue Cartier est une de celles qui offrent le meilleur mix à Québec avec la rue Saint-Jean et la 3e Avenue. Les abat-jour viennent consolider ce mix et ajouter à l'expérience de Cartier. Bravo.

Nourrir les fous de Bassan est la meilleure façon d'éviter qu'ils partent magasiner ailleurs.

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