Autour de Cendrillon

Justine Cantin a réuni 95 robes de tous... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Justine Cantin a réuni 95 robes de tous les styles et de toutes les couleurs afin de les revendre, pour une bonne cause, à des finissantes qui pourront ainsi vivre leur «moment de princesse», peu importe leurs moyens.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) À 16 ans, on ne croit plus à la fée marraine qui change, d'un coup de baguette magique, les haillons de Cendrillon en somptueuse robe de bal. Certaines filles de 16 ans aimeraient bien y croire.

Quand elles pensent à leur bal de finissantes, elles se demandent ce qu'elles auront sur le dos. Leurs parents n'ont pas quelques centaines de dollars à dépenser pour une robe, une vraie robe de bal. Ça coûte un bras, une vraie robe de bal, surtout si on rêve de satin et de brillants. Ça peut aller jusqu'à 500 $, parfois plus.

La mienne avait coûté autour de 125 $, ma mère s'en souvient encore. Elle était toute simple, en coton lilas, sans crinoline ni paillettes. J'allais dans une école privée, le Collège Notre-Dame-de-Bellevue, je me rappelle du temps fou qu'on passait à parler de notre robe de bal, de notre air quand nous annoncions, triomphantes: «Je l'ai trouvée!»

Justine Cantin est rendue là, finissante au Collège Jésus-Marie, à magasiner sa robe. «L'an passé, j'entendais les filles de secondaire 5 parler de leurs robes et du prix qu'elles les avaient payées, 400 $, 500 $, parfois plus quand elles les faisaient faire sur mesure. Je me demandais, les filles qui n'ont pas les moyens, elles font quoi?»

En posant la question, elle y a répondu. Au mois d'août, elle a eu l'idée d'organiser un «bazar du bal» pour vendre à prix modique des robes déjà portées, une seule fois. «J'avais lu un article sur une dame qui faisait ça en Beauce, j'ai trouvé que c'était une super bonne idée.» Elle s'est mise au boulot.

Justine a demandé aux gens autour d'elle de lui confier des robes pour les revendre quelques dizaines de dollars. La personne qui offre une robe peut donner 50 % ou 100 % du prix de vente à la Maison Zoé Blais, qui aide les femmes en difficulté. Elle a amassé 95 robes, de tous les styles, de toutes les couleurs. Elle s'attendait à en avoir une trentaine.

Justine met beaucoup de temps dans son projet, plus qu'elle ne pensait au départ. Je l'ai rencontrée dimanche au Collège Jésus-Marie, où elle vendait ses robes, au lieu de s'entraîner en ski acrobatique avec l'équipe du Québec.

Elle a aussi tenu deux autres ventes dans Limoilou, une seule personne est venue. «Peut-être que les gens n'étaient pas au courant, ou peut-être que je suis trop tôt avant le bal. Ce n'est pas grave, je vais faire une autre vente en avril», ne lui manque que le local. Elle a créé une page Facebook, Le bazar du bal, où elle présente son projet et où elle affichera, éventuellement, les photos des robes. Elle compte aussi les annoncer sur Kijiji.

Elle a vendu une robe, elle fera tout pour débusquer 94 autres Cendrillon.

Justine a fait un sondage maison auprès de quelque 80 jeunes de son âge, rien de scientifique, mais révélateur quand même. Ça dit que 90 % des finissants trouvent que le bal est plus important qu'avant. Et que les trois quarts des filles se cassent encore la tête pour leur robe.

La moitié trouve «raisonnable» de la payer plus de 200 $.

«Je sais que mon projet ne vient pas combler un besoin essentiel, que c'est de la vanité. Mais, je me dis que ce n'est pas parce qu'on n'a pas les moyens, qu'on ne peut pas aussi avoir son moment de princesse.» Elle vise aussi les princesses économes, leurs parents surtout, qui ont assez d'argent, mais qui n'aiment pas le jeter par la fenêtre.

Justine a la chance de vivre dans une grande maison et de ne manquer de rien. Elle est consciente de sa chance. «J'ai commencé à être sensibilisée en secondaire 1, je faisais de l'aide aux devoirs pour des élèves du quartier Saint-Malo. Je voyais où ils vivaient. Ça ne me coûtait rien de faire ça, et ça les rendait heureux. Ça me rendait aussi heureuse de les rendre heureux.»

Jusque-là, «je ne savais pas que ça existait, des "un et demi"...»

L'année dernière, elle s'est fait raser les cheveux pour les enfants atteints du cancer, elle donne aussi chaque année des vêtements à des organismes communautaires. Elle a pris goût à aider les autres. «C'est bien de réaliser qu'on est chanceux, mais il faut agir, pas seulement le dire.»

Elle ne sait pas encore ce qu'elle fera comme métier, mais elle est convaincue d'une chose. «Je veux un emploi qui va aider directement les gens. J'aimerais peut-être avoir un commerce avec un but social, un restaurant où, si on achète un repas, ça en donne un à quelqu'un. Je ne sais pas encore...»

À bien y penser, les fées marraines existent peut-être.

***

Sur ce, je prends une petite pause, de retour le 4 février.

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