Des élections au printemps?

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(Québec) Personnellement, j'ai peine à y croire, mais je vous en parle parce que les partis d'opposition à Ottawa s'y préparent, au cas où... Le sujet? L'hypothèse d'un déclenchement des élections fédérales au printemps, au lieu du 19 octobre, tel que prévu par la loi sur les élections à date fixe.

Il y a des mois que l'hypothèse circule. Libéraux et néo-démocrates sont convaincus que s'il y voit son profit, Stephen Harper n'aura aucun remord à passer outre à cette loi, dont il est pourtant l'auteur.

Selon le texte de la loi, le Directeur général des élections peut changer la date si elle coïncide avec une fête religieuse importante, mais pas pour devancer les élections de six mois! Seul le gouverneur général dispose d'un tel pouvoir, et il peut l'exercer «lorsqu'il le juge opportun». Il pourrait donc acquiescer à une demande du premier ministre de dissoudre le Parlement. Il pourrait également la rejeter, mais ce n'est arrivé qu'une fois au Canada. En 1926, le gouverneur général Lord Byng a refusé une requête en ce sens de Mackenzie King. Pourtant, King était minoritaire. Ce n'est pas le cas du gouvernement actuel.

À part une situation de crise très grave, on voit mal comment M. Harper pourrait prétendre avoir besoin d'un nouveau mandat tout de suite. Mais pour les partis d'opposition, ce premier ministre a démontré trop souvent son manque de respect pour les institutions pour mériter une confiance aveugle.

M. Harper ne cache pas ses préparatifs électoraux. Au début de la semaine dernière, il a rencontré la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, qu'il refusait de voir depuis plusieurs mois. Un seul constat l'aurait convaincu de participer à cette rencontre : c'est en Ontario qu'il gagnera ou perdra ses prochaines élections. Au cours des derniers mois, le premier ministre a multiplié ses visites dans la région de Québec, le seul endroit de la province où les sondages lui sont vraiment favorables. Il y a rencontré le député Gérard Deltell, de la Coalition avenir Québec, qui a montré un intérêt certain à se présenter pour les conservateurs. Même si Stephen Harper a déclaré avant Noël qu'il n'est pas question de devancer les élections, l'hypothèse d'un scrutin au printemps est encore évoquée.

Que ferait le gouverneur général, David Johnston, si le premier ministre lui demandait de dissoudre le Parlement en mars, après le dépôt du budget? M. Johnston a enseigné le droit dans les plus grandes universités canadiennes. Il a été vice-chancelier de McGill et président de l'université de Waterloo. Il comprend le rôle, les responsabilités et les limites du pouvoir du gouverneur général. Mais il a été nommé par Stephen Harper. Prendrait-il le risque de provoquer une crise en rejetant une demande de dissolution du Parlement? C'est douteux.

Stephen Harper a connu une remontée dans les sondages avant les Fêtes. Il voit venir le procès du sénateur Mike Duffy en avril, un procès qui risque d'éclabousser son bureau. Même si la baisse du prix du pétrole diminue les revenus du gouvernement, il compte toujours déposer un budget équilibré qui permettra de faire des cadeaux aux contribuables. Aura-t-il l'audace de renier sa loi sur les élections à date fixe au printemps si l'occasion se présente? J'en doute, mais ce n'est pas impossible, surtout si les attentats terroristes lui donnent l'occasion de se présenter comme le garant de la sécurité des Canadiens. Un mandat fort pour faire la guerre aux terroristes? Ses rédacteurs sont peut-être déjà en train d'écrire son discours, au cas où...

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