Ça, c'est David

Lucille Rousseau a fait des pieds et des... (Photo fournie par Lucille Rousseau)

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Lucille Rousseau a fait des pieds et des mains, littéralement, pour stimuler son fils David, atteint de trisomie 21.

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(Québec) «Vous devriez placer ça.» Ça, c'est le bébé dont Lucille Rousseau venait d'accoucher, il était atteint de trisomie 21.

C'était il y a 35 ans, bien avant les tests de dépistage pendant la grossesse. «La question ne se posait pas, on ne nous parlait jamais de ça.» Lucille venait d'accoucher de son deuxième enfant, cette fois sous anesthésie générale, elle a compris en se réveillant que quelque chose clochait.

Personne ne l'a félicitée. «Quand j'ai accouché de ma fille, Marie-Claude, les gens me disaient : "bravo pour votre beau bébé" mais là, rien. C'était fuyant. Je ne comprenais pas ce qui se passait, on ne me disait rien. Je me suis rendue à la pouponnière, j'ai vu mon bébé... Il était magnifique, tout blond. L'infirmière m'a dit : "votre bébé, il est paresseux!"»

Lucille n'a pas pu tenir son enfant dans ses bras. «On ne voulait pas que je m'attache à lui. On me disait : "placez ça" - on disait ça-, et "faites-en un autre". On me disait que si je le gardais, ce serait trop difficile, que mon couple serait brisé...»

Son mari et elle ont décidé de le garder. «Quand on est arrivés à la maison avec David, on ne savait pas trop quoi faire, il n'y avait aucune ressource, aucun service. J'ai dû faire des démarches moi-même auprès du CLSC et d'autres organismes pour avoir du soutien.» Elle en a obtenu.

À deux ans et demi, il est passé à un cheveu de mourir d'une pneumonie. Alors que le pronostic était très sombre, une amie - c'est ce que Lucille croyait - lui a dit : «Tu sais, c'est peut-être mieux comme ça...»

Lucille a fait des pieds et des mains, littéralement, pour stimuler son mignon trisomique. «Je le regardais, il me regardait, je lui souriais, il me souriait. Il fait encore ça aujourd'hui! Il se développait plus lentement, mais il se développait.» Tellement qu'il a pu intégrer la maternelle et la première année «normales». Il a continué sur sa lancée, a terminé, avec de l'aide, son primaire au régulier.

Ça n'a pas toujours été facile, les enfants sont parfois impitoyables dans la cour d'école. David s'en souvient. «J'ai été intimidé. Je me défendais par la parole.»

Lucille était toujours là, derrière David. Elle était là pour qu'il tire le maximum des classes spéciales au secondaire, elle l'a inscrit à des cours aux adultes, entre autres en cuisine, quand il a eu 21 ans.

C'est comme ça qu'elle s'est sortie du «trou noir», c'est le moment où il n'y a plus rien pour le monde comme David. Le système les prend par la main jusque-là et puis hop, on les abandonne dans la nature avec un petit coup de pied au cul. À ce moment précis, les parents ont le choix entre arrêter de travailler et placer leur enfant.

Lucille n'a pas eu à trancher ce dilemme. David, dont personne ne donnait cher à la naissance, faisait son petit bonhomme de chemin. À 22 ans, il a été embauché par une entreprise spécialisée, Travail adapté Québec, où il fait mille et un boulots. À 27 ans, il a emménagé dans un appartement, à lui tout seul. «Je pensais qu'il allait s'ennuyer, mais c'est moi qui ai souffert!»

David trouve ça drôle.

Lucille avait atteint son but. «Le rôle d'un parent, c'est de rendre son enfant autonome. Avoir son appartement, c'était la dernière marche, je savais qu'il fallait qu'il la gravisse, qu'il en était capable. Quand je lui en ai parlé au début, il était triste, il me disait qu'il était bien. Mais aujourd'hui, il ne reviendrait pas en arrière.»

Depuis huit mois, c'est la cerise sur le sundae, David est en amour. Elle s'appelle Anne, elle travaille avec David. Je les ai vus cet été, Lucille m'avait invitée à souper, elle est la belle-mère d'un bon ami à moi. Ils étaient assis un à côté de l'autre au bout de la table, ils se tenaient par la main, ne se lâchaient pas d'une semelle.

Ils sont beaux à voir. Cet été, ils ont fait une escapade en amoureux au Saguenay, se sont loué une chambre, ont pris l'autobus aller-retour de Québec. David aime aussi inviter son amoureuse au restaurant, il insiste pour payer la facture. C'est un homme galant. «J'aime aussi lui faire des massages.»

Quand David ne travaille pas, quand il ne joue pas aux quilles avec Anne, il peint. Il a commencé à peindre il y a 15 ans, y consacre de plus en plus de temps. Il aime les paysages, les voitures, les fleurs.

C'est beau, vivant, plein de couleurs. Comme David.

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