Une vraie famille

Parmi les six enfants de Caroline et Jean,... (Photothèque Le Soleil)

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Parmi les six enfants de Caroline et Jean, il y a une petite Chinoise, un Québécois qui est passé par huit familles d'accueil et un enfant du séisme en Haïti.

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(Québec) À quatre ans, Alexis* était déjà passé par huit familles. Plus personne ne voulait de lui, sauf Caroline* et Jean*. «Quand on est allés le chercher dans la famille d'accueil où il était, raconte Caroline, il attendait sur la galerie avec son baluchon, deux, trois boîtes à côté de lui.» Il s'est levé, il les a suivis en disant «maman, papa».

Sans émotion.

Il avait l'habitude, c'était la neuvième fois. Il avait aussi l'habitude que ça ne dure pas longtemps, que ça tourne vite au vinaigre et que ses nouveaux parents rappellent au centre jeunesse. Vous pouvez le reprendre?

Il y avait déjà quatre enfants chez Caroline et Jean. Deux grands garçons «biologiques», de 12 et 16 ans. Une petite Chinoise de huit ans adoptée «à l'époque où c'était facile» et Léo*, «un enfant du séisme» en Haïti, il y a cinq ans.

Léo était dans un orphelinat. «Ça faisait un an qu'on l'attendait. Le jour du tremblement de terre, on venait d'apprendre que son passeport était prêt...» Après le séisme, «on a eu un téléphone, on nous a dit: «Votre enfant arrive demain matin»... À Ottawa. Il y avait des ministres, des caméras de télé, RDI, LCN, on nous a remis notre enfant, devant le hangar de l'avion...»

Caroline et Jean ont dû réparer les pots cassés par le séisme et par les mois passés à l'orphelinat.

Pour leur cinquième enfant, ils se sont tournés vers le Québec, où les besoins sont très criants, surtout pour les enfants qui présentent des handicaps. «On ne voulait pas être une famille d'accueil de passage pour ces enfants différents. On voulait s'engager à long terme. Ça nous a pris deux ans pour cheminer, pour dire: OK, on embarque.»

Le téléphone a sonné pour Alexis. Le petit bonhomme est débarqué dans leur maison il y a presque deux ans, en se disant qu'il en repartirait bientôt. Il a fait tous les temps, c'était sa façon à lui de ne pas s'attacher, pour ne pas avoir mal après. Puis, tranquillement, il a compris qu'il n'y aurait pas d'après. Qu'il pouvait faire confiance à des adultes, pour la première fois de sa vie.

Revenir à la base

Caroline a mis entre parenthèses son boulot de gestionnaire en enseignement, pour se consacrer à Alexis. «C'est un gros défi d'éducation. Il nous a appris qu'il y a autre chose dans la vie que le travail. Il nous a appris à s'arrêter, à prendre le temps, à rester à la maison. À revenir aux affaires de base.»

Jean opine. «Avant, on travaillait 60 heures par semaine. On est passé de carriéristes à... autre chose. Depuis qu'Alexis est avec nous, on est moins centrés sur nous-mêmes, on est moins égoïstes. On apprend à redéfinir c'est quoi, l'amour. Ça fait peut-être drôle à dire, mais c'est ça.»

Alexis était là le jour où je suis allée rencontrer Caroline et Jean dans leur grande maison. Il s'est assis au bout de la table, m'a raconté son histoire dans ses mots. «Avant, je n'avais pas de famille et là, j'ai une famille. Une vraie famille.»

Il a aussi son grand frère Léo, qui comprend par où il est passé. «Quand les deux se couchent le soir - ils dorment dans la même chambre -, ils se content des histoires, me raconte Caroline. Léo dit: "Moi, quand j'étais tout petit, je vivais dans une maison et ma maison a été détruite." Alexis a vécu ça aussi, à sa façon.»

Depuis quelques mois, il y a un nouveau bébé dans la maison. La petite fille souffre d'un handicap intellectuel et moteur, elle demande une attention de tous les instants. Sa santé est fragile. Ça tombe bien, Jean est infirmier. «On a passé la nuit du 31 décembre à l'urgence...» À l'instar d'Alexis, personne n'en voulait. Caroline et Jean lui ont tendu les bras.

Et le 24, ils ont reçu un appel. Des enfants qui se retrouvaient sans famille, à la veille de Noël. «Pouvez-vous les accueillir?» Caroline et Jean ont réfléchi. Pour répondre oui, ils doivent agrandir leur maison, ils n'ont pas les 20 000 $ qu'il faudrait pour ajouter des chambres. Ils ont cogné aux portes de quelques organismes, se sont gentiment fait répondre non.

Depuis qu'ils ont Alexis, ils ont reçu au moins sept appels pour des enfants différents, qu'aucune famille ne veut accueillir.

Faute d'un coup de main, Caroline et Jean avaient mis sur la glace leur projet d'agrandissement. Et puis, ils se sont ravisés. Ils le feront, coûte que coûte. «On trouvera l'argent qu'il faut. On ne veut pas faire pitié, surtout pas. Ce qu'on fait, on le fait parce qu'on aime ça, parce qu'on a du fun. C'est nous qui avons choisi de nous embarquer dans ce projet de fou!»

Le problème de Caroline et de Jean, c'est qu'ils ont le coeur plus gros que leur maison. C'est un beau problème.

* Pour préserver l'anonymat des enfants, tous les prénoms ont été modifiés.

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