Nous ne sommes pas tous Charlie

Des gens sous la pluie tenaient jeudi des... (AFP, Matthieu Alexandre)

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Des gens sous la pluie tenaient jeudi des affiches avec la mention «Je suis Charlie» et des exemplaires du journal Charlie Hebdo devant la cathédrale Notre-Dame de Paris.

AFP, Matthieu Alexandre

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(Québec) Non, tout le monde n'est pas Charlie Hebdo.

En France ou ailleurs, faut pas croire tous ceux qui braillent, au lendemain du carnage survenu à Paris: «Nous sommes Charlie», «Nous aimions Charlie», «Il faut sauver Charlie». Sans oublier ce classique, qui doit remonter au règne de Cléopâtre: «Faites l'humour, pas la guerre.»

C'est beau. Mais c'est faux. Un peu hypocrite, aussi.

En réalité, le tirage de Charlie Hebdo avait chuté de presque 80 %, depuis 2006. La publication était probablement condamnée à la faillite, à plus ou moins long terme.

Était-ce à cause du ton parfois pipi-caca? Avec les années, il était facile de croire que l'humour provocateur de Charlie était devenu un luxe inutile.

Tout récemment, le dessinateur Cabu apparaissait bien seul lorsqu'il constatait que ce sont les beaufs - autrement dit, les racistes, les étroits d'esprit - qui profitent le plus de la liberté. «Ces gens osent dire des choses aujourd'hui que personne n'aurait osé dire il y a 10 ans», confiait-il au journal Le Parisien. «Ils vendent la peur, la peur de l'avenir, la peur de l'autre. Voilà ce qui caractérise les beaufs: les réponses toutes faites, les idées balancées sans réfléchir.»

Son collègue, le grand Georges Wolinski, se décrivait comme un has been. L'un de ses derniers albums s'intitulait: Le pire a de l'avenir. Ne reculant devant rien, il avait donné une directive très claire à sa femme, sur la manière de disposer de ses cendres, après son incinération.

«Mes cendres, tu les balanceras aux chiottes, comme ça chaque fois que tu t'assoiras sur ma tombe, je verrai ton cul.»

***

Paradoxe suprême, les fanatiques qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo vont peut-être sauver le journal. Depuis l'attentat, l'argent arrive de partout. Même le gouvernement français vient à la rescousse! Il y a quelques jours à peine, le scénario aurait paru aussi improbable que celui d'une borne-fontaine se portant au secours des chiens de son quartier.

«Merci, les terroristes», pourrait presque titrer le prochain numéro de Charlie Hebdo, avec son humour noir habituel.

On verra bien. Pour l'instant, il faut prendre avec un grain de sel les médias du monde lorsqu'ils braillent: «Nous sommes Charlie». Ou encore: «La liberté d'expression est en jeu»!

C'est beau. Mais un tantinet hypocrite. En particulier de la part de ceux qui refusent de publier les caricatures des dessinateurs assassinés, «pour ne pas jeter de l'huile sur le feu». Plusieurs disaient la même chose en 2005, pour ne pas montrer des caricatures controversées de Mahomet.

La suite des choses donne raison à Albert Einstein, qui disait: «La folie, c'est de faire toujours la même chose en espérant un résultat différent.» À moins que vous ne préfériez la devise du Canard enchaîné: «La liberté de presse ne s'use que lorsqu'on ne l'utilise pas»?

Mais pour les nostalgiques de la solidarité d'antan, je me permets de citer cette perle d'un journaliste britannique, durant la Seconde Guerre mondiale: «Je ne suis pas juif. Je ne crois même pas en Dieu. Mais je garde ma cuisine kasher juste pour montrer mon mépris absolu envers Adolf Hitler.»

***

Non, vraiment, nous ne sommes pas tous Charlie.

Il n'est pas trop tard, mais la pente s'annonce raide. Les cons, des plus grands jusqu'aux plus petits, mènent 10 à 0, en troisième période.

Si vous en doutez encore, c'est que vous n'avez pas pris connaissance de la fine analyse balbutiée par le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

«On oublie le véritable auteur de cet attentat: le diable», a écrit notre penseur.

Ben oui, il suffisait d'y penser.

Mais qu'attend donc M. Perspicace pour fournir un portrait-robot? Ou pour réclamer le lancement d'un mandat d'arrêt international?

À propos, vous connaissez la dernière?

«Un jour, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, se promène seul dans la forêt.

Soudain, la Vierge Marie lui apparaît. Le maire Tremblay tombe aussitôt à genoux, les larmes aux yeux.

- Sainte Vierge, merci de toujours répondre à mes prières, s'écrie-t-il. Merci de maintenir vivante notre belle culture francophone catholique du royaume du Saguenay. Merci de m'écouter et de me protéger contre les méchants athées.

La Vierge semble très mal à l'aise. Elle répond:

- Sorry, I don't speak French.»

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