Comment tu t'appelles?

Il avait un prénom pas possible. Je ne me souviens plus lequel c'était, il... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) Il avait un prénom pas possible. Je ne me souviens plus lequel c'était, il s'effaçait automatiquement de mon cerveau. J'ai dû lui demander cinq fois au cours de la soirée, ton p'tit nom, c'était quoi déjà?

Il était serveur dans un bar en basse ville, nous avions jasé un peu, assez pour qu'on passe aux présentations. Il y a eu un petit silence avant qu'il prononce son nom, il savait ce qui s'en venait, les faces que nous allions faire, les questions que nous allions lui poser. Les gens les posent à peu près dans le même ordre.

- Hein, comment?

- Comment tu l'épelles?

- C'est spécial, non?

Je lui ai demandé s'il en voulait à ses parents.

Pantoute. Il leur était reconnaissant, si vous voulez tout savoir. Il n'aurait pas voulu porter un autre nom, comme Michel ou Robert, qu'il n'aurait pas eu besoin d'épeler à tout bout de champ. Ça ne le dérangeait pas d'épeler son nom, il aimait l'idée que personne ne puisse le prendre pour un autre.

Lorsqu'il rencontrait quelqu'un, il savait que la conversation ne se limiterait pas à deux phrases, du genre : «Moi, c'est Michel, et toi? Moi, Robert. Ah bon, ben c'est ça qui est ça.» Le gars était fier de son nom à coucher dehors. L'expression vient du Moyen Âge, quand il fallait avoir un prénom chrétien pour espérer trouver refuge dans une auberge. Les autres couchaient dehors, littéralement.

Le souvenir de ce serveur m'est revenu cette semaine en regardant la liste dressée par les [Z]imparfaites, ces deux mères blogueuses qui font chaque année, depuis 2008, la recension des prénoms les plus éclatés que les bébés québécois ont reçus.

Il y en a pour tous les goûts, de la petite Aimeraude, au petit Halle-Berry, de Voullnette à Clémentoine, de Thor à Django. Sans oublier Estie. J'ai vérifié, la plupart des prénoms figurent dans le registre de la Régie des rentes du Québec.

Celui qui a fait le plus jaser, Clitorine, ne s'y trouve pas, tout comme Dieu-Merci et Soda Caprice, d'ailleurs. Pour la petite histoire, ce sont des Belges, en 2009, qui voulaient nommer leurs jumelles Clitorine et Vagina. L'état civil a refusé.

J'ai pris le temps de lire les quelque 200 commentaires des internautes. Ils se partagent en deux camps. D'un côté, ceux qui plaignent ces «pauvres petits», condamnés à se faire écoeurer dans la cour d'école à cause de parents irresponsables en manque d'originalité.

De ceux-ci, «ça me rend triste de penser à ces enfants affligés de prénoms horribles ou ridicules ou les deux à la fois. À ce compte-là, il faudrait prévoir leur avenir en leur donnant le nom Day Pay Gee... Que de parents stupides! Affligeant. Triste. Quel avenir?»

Dans l'autre camp, ceux qui hument les effluves de l'ethnocentrisme, qui notent que plusieurs prénoms sont simplement d'origine étrangère, qui trouvent plutôt réductrice cette manie de montrer du doigt les gens qui sortent du rang.

Dans le lot, il y a une fille qui s'est fait niaiser, plus jeune, à cause de son nom. «Bah, je m'appelle Sara et je me suis fait écoeurer tout mon primaire parce que j'étais la seule à porter ce nom dans les années 70-80 dans mon école. Les gens vont toujours trouver une raison... autant être original :)»

Autre temps, autre moeurs. La femme de mon ancêtre Moisan s'appelait Barbe. Le prénom était courant jusqu'au début du XXe siècle, et puis, pof, en 1969, plus de Barbe.

Un internaute suggère aux parents désoeuvrés de trouver «des noms plus bilingues, moins "excentriques", qui paraissent mieux. Notre enfant deviendra grand et en tant qu'adulte devra vivre avec ce prénom, sera-t-il un fardeau ou une bénédiction?»

Que faire des Geneviève et des Yves qui décideraient d'aller faire leur vie à l'ouest de la rivière Outaouais? J'ai connu un Yves, justement, il y a 20 ans quand je travaillais à Toronto. S'il prononçait son nom en français, ça sonnait comme Eve en anglais. S'il le disait à l'anglaise, ça ne leur disait absolument rien.

Est-ce qu'Yves serait sur la liste des pires noms à donner à son enfant?

Il y a dans la classe de mon grand garçon, une Soleil, une Firdaous et un Samuel. Pour mon gars, leurs noms n'ont rien de spécial, Samuel n'est pas pire que Soleil, Firdaous est un prénom comme le sien. J'ose espérer que mon gars est d'une génération qui ne se formalisera pas du prénom des autres.

Au pire, on revient à Marie et à Joseph.

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