Faire son chemin

Joliette a perdu son père, Trân Triêu Quân,... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Joliette a perdu son père, Trân Triêu Quân, lors du tremblement de terre en Haïti. Près de cinq ans plus tard, elle tente de transmettre les valeurs paternelles à ses filles.

Photo Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Décembre 2009, Joliette inaugurait son centre de taekwondo, à l'endroit même où son père, Trân Triêu Quân, a travaillé toute sa vie.

Son père était là.

Deux mois plus tard, le 12 janvier sur la fin de l'après-midi, il était en Haïti, au mauvais endroit, au mauvais moment. Il était allé déposer ses valises dans sa chambre, au troisième étage de l'hôtel Montana.

La terre a tremblé pendant 35 secondes. 

Son père n'était plus là.

Joliette avait 34 ans. Pendant une semaine, le corps de l'ingénieur restait introuvable. Il a fallu que le frère et un oncle de Joliette se rendent sur les lieux pour l'identifier et, finalement, rapatrier sa dépouille à Québec. «Pendant cette semaine-là, j'ai pensé à tout ce qu'il avait fait pour moi. J'ai pris la mesure de tout ce qu'il m'avait donné...»

Pour me raconter ça, Joliette se plante devant la fenêtre, là où elle repensait à son père, il y a presque cinq ans déjà.

Elle regarde vers la maison où il habitait avec sa femme My, qui y réside encore. Pendant quelques semaines, il est venu pratiquer un peu de taekwondo avec sa fille avant d'aller au bureau. 

Jamais elle ne l'avait vu autant.

De son vivant, Trân Triêu Quân était un père plutôt absent. Impliqué dans mille et un projets - la construction du Stade olympique entre autres -, il a roulé sa bosse aux quatre coins du monde. Il s'est retrouvé en taule au Viêtnam, en 1994, pour une affaire qui a mal tourné, un chargement de coton jamais arrivé à destination.

Il a été - injustement - condamné à vie.

Il a fallu trois ans pour le faire libérer, grâce à sa femme, de bons amis et une pétition lancée par ses enfants à leur école, signée 125 000 fois. «J'allais au cégep. À la maison, on faisait affaire avec Interpol, avec les Affaires étrangères. Il ne fallait pas qu'on dise un mot de ce qui se passait avec mon père.»

Pendant ce temps-là, My tenait le fort. «Ma mère, c'est la douceur et la discrétion, elle a aussi une force qu'elle ne mesure pas. C'est la personne la plus extraordinaire au monde. Quand mon père était au Viêtnam, on n'avait plus de revenus, on n'avait plus rien. Elle nous disait: "On a nous. On va faire du mieux qu'on peut."»

Trân Triêu Quân a repris là où il avait laissé, il a recommencé à rouler sa bosse, à la fois comme ingénieur et comme grand maître de taekwondo. Joliette, elle, faisait son chemin de son côté, en ergothérapie.

«C'est après son décès que j'ai réalisé à quel point il m'a appuyée. Mon père a cru en moi comme il a cru en tellement de monde. Il donnait toujours la chance à quelqu'un, une poussée, une étincelle...»

Elle ne voyait pas derrière, son père lui poussait dans le dos.

Elle ne voyait pas non plus qu'un jour, elle vivrait du taekwondo. Elle avait un «vrai» travail comme ergothérapeute à l'Hôtel-Dieu de Lévis, boulot qu'elle adorait d'ailleurs, avec des clientèles de gens psychotiques. Elle leur faisait parfois faire du taekwondo, pour les mettre en mouvement.

Puis, sa belle-mère est venue la voir, elle voulait bouger. Joliette lui a dit de se trouver des amies, qu'elle irait leur enseigner quelques rudiments dans son salon.

«Pour la génération de plus de 65 ans, les loisirs et l'activité physique, souvent, n'ont jamais fait partie de leur vie. On a tous un besoin d'évacuer une certaine forme d'agressivité, les femmes aussi. On peut la faire sortir en faisant le ménage, mais...» Le centre TrânFusion est né de là.

Joliette se cherchait un local de son côté, son père cherchait à louer les bureaux du sien. Quand ils s'en sont rendu compte, le marché était conclu. «On a fait démolir des murs, on a ouvert les pièces, pour faire entrer la lumière.»

Quand Trân Triêu Quân est mort en Haïti, il n'avait plus besoin de pousser dans le dos de sa fille, elle avait pris son élan.

Depuis longtemps.

C'est la mère qu'elle veut être pour ses deux filles, Cendrine et Jasmine, six et huit ans. «Je veux qu'elles soient en mesure de croire en elles, de croire en leur capacité d'agir.» Joliette veut les amener à trouver leur chemin, comme elle a trouvé le sien. 

Leur pousser gentiment dans le dos.

«Ce que j'ai appris de l'histoire du Viêtnam, et de Haïti, c'est qu'on survit à tout. On apprend de ça. Quand on est une famille unie, on n'a pas besoin de grand-chose. Je sais qu'on peut passer à travers n'importe quoi, si on trouve comment regarder.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer