Le Louis à Denise

Louis a accepté que je raconte son histoire... (Shutterstock, Gajus)

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Louis a accepté que je raconte son histoire autour d'une lettre qu'il a écrite il y a un an et demi à Denise. Denise n'a jamais lu la lettre, Louis l'a écrite après sa mort.

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(Québec) On parle beaucoup de beauté ces temps-ci, on aurait dû demander à Louis ce qu'il en pense. Il vous aurait parlé de Denise.

Louis a accepté que je raconte son histoire autour d'une lettre qu'il a écrite il y a un an et demi à Denise, à condition que je m'en tienne à leurs prénoms. Denise n'a jamais lu la lettre, Louis l'a écrite après sa mort, l'a adressée à la soeur et à la cousine de Denise.

Il ne lui a jamais avoué son amour.

Denise avait 50 ans, était atteinte d'une sorte de dystrophie musculaire, laquelle déformait tout son corps. Elle vivait en résidence depuis la mort de ses parents. Louis, fin quarantaine, habitait au même endroit en raison de troubles mentaux. Dans sa lettre, il raconte son arrivée à la résidence. «Je désirais connaître une personne avec un handicap physique, à qui je pourrais être utile pour ses déplacements, n'importe quoi... que ça donnerait un petit sens à une vie morne.»

Il a vu Denise, a eu un véritable coup de foudre. «Pour être franc, vraiment, j'ai été amoureux de Denise dès la première semaine. Si j'ai pu être utile, tant mieux! Mais elle était là, resplendissante, belle, douce, sincère et elle dégageait des myriades de rayons de soleil. Elle était mon soleil.»

Il a vu sa beauté, que personne n'avait remarquée.

Les proches de Denise ne l'avaient jamais vue aussi heureuse. Ils la soupçonnaient d'être secrètement en amour avec lui, étaient convaincus que ça ne pouvait pas être réciproque. Ils trouvaient Louis gentil.

Lorsque Denise est décédée en avril 2013, Louis a demandé une photo d'elle à sa soeur, qui lui en a donné deux. Il a écrit la lettre pour dire merci. «D'abord, je veux vous remercier de m'avoir envoyé deux belles photos de Denise. Merci! Une est déjà dans mon portefeuille.» 

Louis était amoureux fou de Denise. «Je l'aimais et je l'aime toujours et je l'aimerai toujours. Je n'ai jamais regardé Denise comme une handicapée, mais comme une déesse dans ma vie. De fait, des fois je me disais que je ne méritais pas une telle personne...»

Tout le monde voyait Denise comme une handicapée. Tout le monde voyait Louis comme un chic type qui avait le coeur sur la main, qui se dévouait pour une femme mal en point, qui l'aidait à mettre ses bottes, qui écoutait des films avec elle. Jamais, au grand jamais, ils n'ont soupçonné qu'il l'aimait.

Même pas Denise.

Elle n'a jamais su à quel point elle était aimée, ne s'est jamais fait dire qu'elle était belle, qu'elle était un ange, une déesse. «Je l'ai toujours vouvoyée, car je ne savais si j'étais digne de cette femme si sereine et calme devant cette maladie que j'ai appris à connaître par Internet et des livres et qui n'était vraiment pas drôle.»

Denise n'a jamais su à quel point elle a changé la vie de Louis, elle trouvait qu'il embellissait la sienne et c'était déjà beaucoup. «Denise, par son exemple courageux, par ses paroles empreintes de sagesse et sa volonté de vivre et la joie qu'elle étalait autour d'elle, m'a tellement apporté.»

Il aurait voulu l'épouser.

Parce que Denise, entre autres choses, lui a appris à s'aimer.

«Je suis né dans la violence excessive, d'un père dépressif et alcoolique [et d'une mère silencieuse] qui m'a jeté à la rue comme un sac à vidange plein de vomissures et qui a refermé la porte.

Denise a permis, je ne sais trop comment, que je me "paterne" et que je commence à m'aimer, moi, le petit moi, comme j'étais, malgré la ou les maladies, malgré une situation financière ridicule, malgré tout... Je ne pense plus à tous les jours aux moyens que je pourrais prendre, à un temps donné, pour en finir avec ce calvaire... que j'apprends à amadouer avec toutes les fleurs que Denise a parsemées dans mon jardin, autrefois jonché de ronces.»

Il a signé «Le Louis à Denise».

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