Tomber deux fois, se relever trois

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(Québec) Le 19 mars 2014 au matin, Ève Gauthier avait une réunion importante. Elle est partie de chez elle, est arrivée au bureau, s'est pointée dans la salle.

Elle a fait demi-tour.

«Je suis sortie en pleurant. Je me demandais : qu'est-ce que je fais ici?» Ici, ce n'était pas tant la réunion que la vie en général. Ça faisait un mois qu'elle broyait du noir, elle avait même échafaudé un plan pour en finir une bonne fois pour toutes. Ses idées noires étaient de plus en plus claires.

«C'était comme la nuit, tout le temps.» Malgré son amoureux, un collègue à moi, malgré ses deux merveilleux enfants. Ils ne la faisaient plus rire. «Ils me tombaient sur les nerfs. Je passais mon temps au travail. J'essayais d'être efficace, de montrer à mon patron que j'étais capable de faire quelque chose.»

Elle n'arrivait à rien, a abouti à l'urgence psychiatrique le lendemain de la réunion, en miettes. «C'est spécial comme endroit. Il y a du monde tout autour, il y en a un qui est dans un sevrage de drogue, un autre qui crie. La petite madame qui pleure sur sa chaise, ça ne les impressionne pas.»

Les médecins l'ont prise en main.

C'était la deuxième fois qu'elle tombait. La première, c'était après l'accouchement de son deuxième enfant. «Ils avaient mis ça sur le compte du post-partum. Je pensais m'en être sortie, j'avais arrêté la médication depuis un an et demi.»

En décembre l'année passée, elle s'est sentie vaciller, s'est dit que ça passerait. «Quand j'ai commencé à sentir que ça recommençait, je me disais que j'allais être capable de m'en sortir seule, j'avais des trucs, je pensais que j'étais capable.»

Elle est tombée encore plus bas. Et elle s'est relevée, lentement. Ça lui a pris cinq mois, grâce à son amoureux, à un psychiatre, à une psychothérapeute, à des antidépresseurs. Et à beaucoup de sommeil. Une amie lui a donné un livre d'un romancier français, Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, dans lequel il raconte sa descente aux enfers.

Et sa remontée.

Ève a recommencé à travailler en septembre, elle est conseillère en communications dans un ministère. «Mes enfants, ils m'ont dit que j'étais plus drôle.» Ils ne l'avaient pas vue sourire depuis des mois. Là, elle va beaucoup mieux. Tellement qu'elle a eu le goût de faire changer les choses.

Quoi? Ce que les gens pensent de la dépression.

Ce qu'ils disent tout bas, les préjugés. Elle a acheté 10 exemplaires du livre de Philippe Labro, les a remis à 10 personnes qu'elle a choisies. Ces personnes-là doivent lire le bouquin et le refiler à quelqu'un d'autre. J'en ai eu un. Je me promets de le lire d'ici un mois, de le redonner après.

Il y en a un pour Fred Pellerin. «J'avais complètement arrêté d'écouter de la musique. Il n'y avait tellement plus de silence dans ma tête qu'il n'y avait plus de place pour autre chose. Fred Pellerin, c'est la première musique que j'ai commencé à écouter...» Elle avait arrêté de lire aussi.

«Ce livre-là, j'aurais aimé l'écrire, il raconte exactement comment ça se passe.» Elle l'a lu plusieurs fois, a noté certains passages. «Si tout le monde lisait ce livre, ils comprendraient ce qui se passe quand on fait une dépression. Ce n'est pas quelque chose qu'on invente. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi.»

Elle veut surtout qu'on sache qu'il est possible de s'en sortir et qu'on ne devient pas un moins que rien après. «Quand on revient, on est passé à travers un épisode, c'est tout. Il ne faut pas avoir honte de ça. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une maladie. Ça ne t'empêche pas d'être bon comme avant quand tu reviens.»

Ève a pu comparer, elle a été opérée pour la vésicule biliaire, s'est absentée trois semaines au travail. «Quand je suis revenue, les gens m'ont souhaité la bienvenue, ils ont fait une petite fête avec mon nom écrit sur des banderoles.» Ça serait impensable, encore aujourd'hui, pour quelqu'un qui revient d'une dépression.

Elle a dit à ses proches qu'elle allait me raconter son histoire, que ça se retrouverait dans le journal. Quelqu'un lui a demandé : «Y penses-tu, pense à tes enfants, si quelqu'un leur demande si leur mère est folle?» Elle y a pensé. «On va leur expliquer, tout simplement. C'est justement pour ça que je fais ça.»

C'est exactement pour ça qu'elle a imaginé cette chaîne de livre. Et vous, quel livre donneriez-vous au suivant?

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