Malaise au PQ

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Contrairement à ses adversaires, Pierre-Karl Péladeau a profité d'une heure en direct sur les ondes de LCN lorsqu'il a annoncé sa participation à la course à la direction du PQ.

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(Québec) Le malaise est palpable au sein des équipes qui se font la lutte à la direction du Parti québécois : l'attention accordée par les journalistes à Pierre-Karl Péladeau est telle que ses adversaires ont l'impression de ne pas avoir voix au chapitre. Ils réclament une plus grande équité de la part des médias, et davantage de débats publics pendant la course à la direction du PQ.

«C'est comme s'il était tout seul sur la patinoire et que les autres sont dans les gradins», confie un candidat. Cette perception a été accentuée par l'attention exceptionnelle accordée au lancement de la campagne de Péladeau, le 30 novembre à Saint-Jérôme : une heure en direct sur les ondes de LCN. «Ça vaut combien d'argent, une heure en direct?» s'interroge un autre candidat, en rappelant que les dépenses des candidats sont en principe plafonnées à 400 000 $. Propriété de Québecor, LCN a été le seul réseau à diffuser l'événement en direct.

Alexandre Cloutier, qui a fait son lancement dans sa circonscription de Lac-Saint-Jean, le 27 octobre, n'a pas réussi à attirer la presse nationale et a dû se contenter des médias régionaux. Député de Marie-Victorin, sur la Rive-Sud de Montréal, Bernard Drainville a eu droit à un topo sur son lancement, mais sans plus. Plus habile, Jean-François Lisée a eu une bonne couverture en profitant du lancement de livre pour mousser sa candidature. Martine Ouellet ne fera son lancement officiel qu'en janvier. Aura-t-elle droit à un direct sur les réseaux d'information continue?

Lui-même ancien journaliste, le président du PQ, Raymond Archambault, reconnaît que la notoriété de M. Péladeau soulève des questions importantes. Il incite les médias «à faire preuve d'équité et de retenue». Il dit compter sur la consultation menée actuellement auprès des militants pour établir un meilleur équilibre entre les candidats. «Les membres sont invités à interpeller les candidats», dit-il.

Débat sur les débats

Le problème, c'est que les militants n'auront pas nécessairement beaucoup d'occasions pour interroger les candidats. Il y a actuellement un débat sur les débats au sein des instances du PQ. Prétextant un budget serré, le parti songe à limiter à deux seulement le nombre de débats, soit un à Montréal, l'autre à Québec. Les adversaires de M. Péladeau en veulent davantage. Le PQ en avait tenu sept lors de la course à la direction de 2005 qui avait élu André Boisclair. Les libéraux en ont tenu cinq avant d'élire Philippe Couillard. C'est le président de la campagne au leadership, Jacques Léonard, qui doit prendre la décision finale sur le sujet.

Les députés péquistes des régions et d'autres organismes ou institutions telles les chambres de commerce et les universités pourraient également tenir des débats, mais la participation des candidats n'est pas acquise. Le député de Labelle, Sylvain Pagé, a invité les candidats à débattre devant ses militants à Nominingue, le 21 novembre, mais seuls Drainville, Cloutier, Ouellet, et Céré se sont déplacés. Lisée était occupé au Salon du livre de Montréal, et Péladeau s'est retiré à la dernière minute en faisant valoir qu'il n'avait pas officiellement confirmé sa candidature.

Ses adversaires craignent qu'il ne soit tenté de surfer sur sa notoriété au lieu de s'astreindre à des débats sur les questions de fond. En fin de semaine dernière, M. Péladeau a été accueilli en héros à la conférence régionale des présidents de la région des Laurentides. «Il n'a pas dit un seul mot sur ses adversaires, et il a parlé comme s'il était déjà le chef du PQ», a confié un militant.

Les autres candidats, qui constatent l'avantage médiatique de leur adversaire, sont médusés. «Que les médias aient couvert son discours de lancement, c'est une chose, mais qu'ils aient été présents au dépôt de son bulletin de candidature, c'est incroyable», a déclaré l'un d'entre eux.

Un autre s'inquiète de voir la notoriété l'emporter sur les questions de fond. «Pierre Karl a des réponses à donner, mais si les médias le couronnent à l'avance... C'est comme le chien qui court après sa queue. Parce que les médias estiment que c'est réglé, ils lui accordent plus de couverture. Et en lui accordant plus de couverture, ils accréditent l'idée que c'est réglé.»

Tous les candidats estiment que les entreprises de presse doivent s'interroger sur cette situation. Ils estiment également que l'exécutif et la permanence du PQ doivent être les gardiens d'une certaine équité entre les candidats. Et que dans les circonstances, des représentations auprès des médias d'information seraient peut-être appropriées.

Mais quoi qu'on en dise au sein du PQ, Pierre Karl Péladeau n'est pas sur le point de cesser de faire de l'ombre à ses rivaux. Si on se fie à la visibilité qu'il accorde à sa fiancée Julie Snyder et à ses enfants sur Facebook, on peut tenir pour acquis que leur mariage prévu au printemps aura tout le lustre d'une cérémonie royale.

«Pierre Karl doit absolument passer au premier tour de scrutin», m'a confié récemment un vieux routier au PQ. C'est que contrairement au leadership de 2005 qui a élu André Boisclair, un éventuel deuxième tour de scrutin se tiendrait une semaine après le premier. «Or une semaine, ce serait l'équivalent d'une deuxième course à la direction.» Un risque que M. Péladeau ne veut surtout pas courir.

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