Budget de la Ville de Québec: le poids d'une économie au ralenti

Il y a «de moins en moins de... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Il y a «de moins en moins de gras à couper», mais la Ville n'a pas encore eu besoin de «faire de gros choix» qui font mal, constate le maire Labeaume.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Ce n'est pas un budget d'austérité comme on pourrait le dire des politiques du gouvernement Couillard.

On ne sent pas l'urgence et l'improvisation dans le budget 2015 de la Ville de Québec, mais la maîtrise d'une administration qui garde le cap sur son plan financier.

Pour une dernière fois en 2015, la dette va augmenter pour atteindre 1,7 milliard $, après quoi elle va commencer à redescendre, ce qui constitue un symbole fort.

Hormis l'espacement de la cueillette des ordures en hiver, tous les services et les programmes directs aux citoyens sont maintenus.

Il y a «de moins en moins de gras à couper», mais la Ville n'a pas encore eu besoin de «faire de gros choix» qui font mal, constate le maire Labeaume.

N'empêche que pour la première fois, on sent dans ce budget 2015 le poids du ralentissement économique qui a fini par rattraper Québec.

Ce ralentissement se mesure en outre aux revenus de taxes foncières perçues en 2014, moins élevées que celles prévues et à des prévisions de hausse de revenus de taxes plus modestes pour 2015.

Consciente de ce ralentissement, l'administration Labeaume a décidé de «donner un break» aux gens d'affaires. Leur hausse de taxe en 2015 sera limitée à 0,5 % de plus que l'inflation plutôt que 1 % comme par les années passées.

C'est probablement la seule véritable surprise de ce budget autrement assez prévisible.

La Ville explique sa décision sur la taxe d'affaires par une croissance du produit intérieur brut (PIB) régional inférieure aux attentes.

Jusqu'à cette année, la bonne croissance du PIB avait servi à justifier une surtaxe d'affaires élevée. Il y a donc une certaine cohérence à ce que cette surtaxe soit atténuée lorsque l'économie se met à tourner au ralenti.

Ce sera sans doute insuffisant pour les lobbies économiques comme la Fédération canadienne des entreprises indépendantes, pour qui toute taxation est en soi mauvaise. Mais les gens d'affaires pourront souffler un peu mieux.

Concrètement, le «congé» pour le non-résidentiel représente 2,3 millions $. Cela veut dire que le secteur résidentiel assumera en 2015 une part accrue du fardeau fiscal.

La grogne des milieux d'affaires contre les taxes municipales aura donc fini par attendrir l'administration Labeaume.

Le mécontentement avait été particulièrement bruyant à l'hiver 2013 avec l'entrée en vigueur d'un nouveau rôle d'évaluation qui avait fait exploser la facture de beaucoup de petits commerçants.

L'administration avait alors inventé en catastrophe une nouvelle formule de partage pour soulager les petits en demandant davantage aux plus gros.

Cette formule est d'ailleurs encore contestée devant les tribunaux par le propriétaire des Galeries de la Capitale.

Le maire Labeaume a prévenu que si celui-ci n'abandonne pas ses recours, la Ville refilera la facture de 1,2 million $ à l'ensemble des gens d'affaires sous forme d'une «taxe des Galeries de la Capitale».

Je ne sais pas si la menace aura l'effet voulu, mais on y reconnaît un procédé d'intimidation et de diabolisation des récalcitrants similaire à celui déployé depuis quelques semaines contre le CN pour le forcer à peinturer le pont de Québec.

***

Le budget des dépenses 2015 est en hausse de 2,4 % par rapport à 2014, soit au-delà de l'inflation prévue de 1,8 %.

Depuis cinq ans, Québec avait réussi à freiner le rythme de croissance de ses dépenses et à le ramener à 1,6 % en 2014. La courbe repart donc à la hausse au moment même où Montréal vient de réussir à réduire ses dépenses.

L'administration Labeaume plaide que ses vraies dépenses n'augmentent que de 0,7 % et que le reste de l'augmentation «sert à payer cash» une part accrue des immobilisations.

Il est vrai que la Ville porte à 66 millions $ ses paiements cash en 2015, un choix politique dont l'administration Labeaume a sans doute raison d'être fière.

Mais on ne peut pas isoler comme ça un élément et en faire la seule cause de l'augmentation des dépenses. C'est la somme de toutes les dépenses qui résulte en une hausse de 2,4 %. Des dépenses qui paraissent bien comme de celles qui paraissent moins bien. Le coffre-fort virtuel, par exemple.

***

L'administration Labeaume avait toujours refusé de quantifier les impacts financiers des nouvelles conventions collectives signées plus tôt cette année. Elle s'était limitée à dire qu'il s'agissait d'ententes gagnant-gagnant.

On en sait maintenant un peu plus. Ces nouvelles ententes, malgré les «gains» pour l'employeur, vont coûter 20 millions $ de plus en 2015. La masse salariale (+ 4,4 %) continue donc de tirer vers le haut les dépenses de la Ville.

Québec va notamment payer son «astuce» de négociation des deux dernières années. N'ayant pas fait de «provisions» pour des augmentations salariales en 2013 et 2014, la Ville devra débourser 7 millions $ d'un coup en 2015.

***

On a beaucoup répété lundi le chiffre que l'administration Labeaume voulait mettre en évidence : hausse moyenne de 1,8 % des taxes résidentielles, l'équivalent de l'inflation prévue pour 2015.

Ce chiffre n'est pas exact. Il faut y ajouter la facture des dettes des chacune des 11 anciennes villes et pour 7 d'entre elles, une facture d'harmonisation fiscale.

Dans les faits, seuls les citoyens de Val-Bélair et de Loretteville profiteront d'une hausse de taxes inférieure à 1,8 %. Partout ailleurs, la hausse variera entre 2 % et 4,7 %.

L'exercice d'harmonisation fiscale devrait être terminé en 2018.

***

Le message était sans équivoque. Par deux fois, si ce n'est pas trois, le maire a suggéré que le gouvernement Couillard était en train de découvrir qu'il n'est pas si facile de couper rapidement dans les dépenses.

Sous-entendu : il faut un plan et une démarche rigoureuse soutenue pendant des années pour arriver à des résultats sans trop de heurts. Sous-entendu : un plan comme celui de sa ville.

M. Labeaume n'a pas voulu blâmer le gouvernement de vouloir aller trop vite, mais on pouvait très bien lire entre les lignes.

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