Deux bouts de chou et un bourbier

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(Québec) Ce qui devait arriver arriva, comme Aurèle* l'avait dit. Son fils Jules* a perdu la garde de ses deux enfants.

Jules et sa blonde étaient accros aux amphétamines, à la pinotte, pour être plus précis. Une drogue qui court les rues, qui crée une forte dépendance. Ils n'arrivaient plus à s'occuper de leurs deux enfants.

Des enfants très jeunes, un an et deux ans.

Aurèle est le grand-papa, il s'inquiétait pour ses petits-enfants, tellement qu'il a appelé à la Direction de la protection de la jeunesse pour faire un signalement. Pour dénoncer son fils et sa bru, pour dire que les deux enfants n'étaient pas entre bonnes mains.

Son fils était à côté de lui.

La DPJ est allée voir, a jasé avec la mère, a conclu que ce n'était pas si pire que ça. Les travailleurs sociaux ont élaboré un plan pour que les enfants restent avec leurs parents. Jules et sa blonde ont promis de changer. La DPJ commence toujours par donner une chance aux parents.

Le plan a foiré.

Je vous ai raconté cette histoire en juin, Aurèle ruait dans les brancards pour que ses petits-enfants sortent de là au plus sacrant. Il se sentait impuissant, je lui disais que la DPJ savait ce qu'il fallait faire.

Fin septembre, la DPJ a décidé de retirer la garde des deux enfants à la mère. «Ils ont donné la garde à Jules, me raconte la femme d'Aurèle. Il devait déménager, mais il est resté avec la mère. Ils lui ont donc enlevé la garde aussi, pendant un mois, le temps qu'il s'organise. Il a un problème d'organisation.»

Aurèle et sa femme auraient voulu s'occuper des enfants en attendant, la DPJ a refusé.

C'est qu'ils ont déjà eu affaire à la DPJ, il y a plusieurs années, à propos de Jules, justement. «Le signalement n'a pas été retenu, mais pour eux, ça ne compte pas. C'est comme une tache indélébile au dossier. On est exclus, on n'a pas le droit de voir les enfants, de savoir comment ils se portent».

La DPJ a soumis le dossier à un juge, il a opté pour une famille d'accueil. «Tout ce qu'il a retenu, c'est qu'on avait eu un dossier avec la DPJ en 1998. Que ça n'avait pas été retenu, ça n'avait pas l'air de le déranger. Il n'y avait rien à faire.»

Les parents de la mère ont accepté, in extremis, de prendre sous leur aile leurs petits-enfants pendant un mois, même s'il élève aussi un autre petit-fils. Ça commence à faire pas mal de monde dans leur quatre et demi. Qu'est-ce qui arrivera aux enfants après ce mois-là? Nul ne le sait.

Aurèle et sa femme ne prétendent pas être parfaits, mais ils ne se reconnaissent pas dans le portrait que la DPJ fait d'eux. Ils ont élevé deux autres enfants, n'ont jamais eu maille à partir avec la justice.

Quand ils ont été montrés du doigt par la DPJ en 1998, ils ont dénoncé la façon dont ils ont été traités. «On a crié très, très haut et très, très fort. J'ai couché devant chacun des centres jeunesse, j'ai manifesté avec des pancartes. C'est certain qu'ils n'ont pas aimé ça. Moi, je pense qu'ils sont rancuniers.»

Fidèle à ses lignes directrices, la DPJ ne commente pas ce cas, comme les autres. Impossible de connaître sa version des faits.

Il faut faire confiance.

Aurèle et sa femme, eux, ne font plus confiance. Ça fait un an qu'ils talonnent la DPJ pour qu'elle intervienne auprès de leurs petits-enfants. Ils auraient voulu qu'on les leur confie. «On ne sait plus quoi faire. On a l'impression que l'intérêt des enfants n'est pas pris en considération, que ce sont plutôt les intérêts de la DPJ qui sont en cause. La DPJ, c'est comme s'ils ne se trompaient jamais.»

À la DPJ, on réplique que c'est en toute connaissance de cause qu'ils ont décidé d'exclure le couple. Dominique Jobin, directrice provinciale de la DPJ, assure que le processus est rigoureux. «Il y a plusieurs éléments dont on tient compte dans une décision comme celle-là. On ne prend pas ça à la légère. Si on va vers une famille d'accueil, c'est qu'il y a de bonnes raisons.»

Confidentielles.

Règle générale, la DPJ a un préjugé favorable pour les grands-parents. «Bien souvent, on se tourne vers les grands-parents, s'ils ont la volonté, et la capacité de prendre soin des enfants. On demande aussi la position du parent. Il faut que les parents soient d'accord, parce que sinon, ça peut exacerber le conflit et compromettre la réussite de nos interventions auprès d'eux.»

Il y a ici, bien plus que 50 nuances de gris.

«Là où ça devient frustrant pour les grands-parents, c'est qu'ils ne font pas partie des gens qui ont accès aux informations confidentielles. Ça peut devenir extrêmement émotif. Souvent, leur perception est faussée parce qu'il leur manque de l'information, ils n'ont pas le portrait complet de la situation.»

J'ai posé à Mme Jobin cette question : êtes-vous certaine que les décisions qui sont prises le sont toujours pour les bonnes raisons? «Nous avons des grilles d'analyse, chaque cas est discuté, entériné. On ne pourrait jamais dire que chaque décision est la meilleure à vie, mais ce sont des décisions éclairées, prises pour le meilleur intérêt de l'enfant.»

On le souhaite aux deux bouts de chou de Jules. À un an et deux ans, ils ne comprennent pas dans quel bourbier ils sont.

C'est peut-être mieux comme ça.

* Les prénoms ont été modifiés.

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