Martin Coiteux, le gardien de l'austérité

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Martin Coiteux en mène large au Conseil des ministres. Ses collègues racontent qu'il n'a jamais besoin de hausser le ton, mais qu'il «pousse fort» sur les opinions qu'il soumet. Ses adversaires l'accusent d'être un idéologue qui ignore ce qui se passe dans la vie concrète.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Martin Coiteux a été gardien de but dans son jeune âge, jusqu'au niveau midget. Aujourd'hui, il garde autre chose. Président du Conseil du trésor, c'est lui qui a la main haute sur les cordons de la bourse de l'État québécois. C'est lui qui doit bloquer les demandes budgétaires des ministres dépensiers du gouvernement, ceux dont le mandat est de donner des services. Coiteux a été au coeur de l'actualité toute la semaine, avec une série de mesures controversées visant à réduire la croissance des dépenses gouvernementales. Des mesures qui feront mal dans certains cas, qui enverront des gens au chômage.

«Seul un gouvernement sans coeur sera capable de sortir le Québec de ses déficits», m'a déjà déclaré un ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances, excédé de devoir aiguiser son crayon chaque année, pour maquiller les déséquilibres budgétaires entre les revenus et les dépenses.

Jeudi, j'ai demandé à Martin Coiteux, qui occupe l'ancien bureau de Robert Bourassa dans le «bunker» de la Grande Allée, s'il était sans coeur... S'il se sentait dans la situation des pilotes de chasse qui larguent leurs bombes du haut des airs, sans voir les victimes qu'ils font au sol. La question ne l'a pas choqué. «Permettez-moi une autre analogie», a-t-il répondu. «Une entreprise qui vit des difficultés doit prendre des décisions. Parfois, elle décide d'abandonner certaines activités ou de se concentrer sur des choses qu'elle est capable de mieux faire. Des décisions qui affectent parfois son personnel. Si l'entreprise ne fait pas ça, elle disparaît. Alors, c'est tout le monde qui est dans le pétrin. Plus personne ne peut travailler et l'entreprise ne donne plus de services à ses clients.»

Le prof Coiteux

Avec Pierre Moreau et Gaétan Barrette, Martin Coiteux est l'un des meilleurs communicateurs de Philippe Couillard. Professeur pendant une vingtaine d'années à l'École des Hautes Études commerciales de Montréal, il a une maîtrise impeccable de la langue, et il ne se gêne pas pour faire de la pédagogie. Cette semaine, il a commencé ses deux conférences de presse en développant longuement sur le cul-de-sac budgétaire du gouvernement. «Il faut toujours répéter les raisons pour lesquelles on fait les choses, explique-t-il. Parce que dans le flot des événements et de l'actualité, les gens oublient facilement les raisons pour lesquelles on fait ça.»

Tout comme Philippe Couillard, Coiteux refuse de montrer le moindre doute sur sa politique d'austérité et sur ses chances de réussite. «On est totalement convaincu qu'on va y arriver, parce qu'on pose tous les gestes pour y arriver, et qu'on ne va pas reculer. Ça ne sert à rien d'évoquer cette hypothèse-là, ça n'arrivera pas. Il y a déjà eu un report [de l'équilibre budgétaire]. Il n'y en aura pas deux.»

Nationalité canadienne et italienne!

Contrairement aux Gaétan Barrette, Pierre Moreau ou Lise Thériault, Martin Coiteux est relativement peu connu sur la scène politique. Il est difficile de trouver des gens, dans son entourage politique, qui estiment bien le connaître. Sa courte biographie sur le site de l'Assemblée nationale dit qu'il est né le 5 février 1962, qu'il est marié à Monica Navarro, et qu'il a cinq enfants d'une famille recomposée. Son parcours universitaire est impressionnant : doctorat en économie internationale de l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, maîtrise en sciences économiques de Queen's University, et baccalauréat en sciences économiques de l'Université de Sherbrooke. De 2012 à 2014, il a été le représentant principal pour la région du Québec, à la Banque du Canada.

Mais ce que sa biographie ne dit pas, c'est qu'il a une double nationalité, canadienne et italienne, qu'il parle couramment l'italien, l'espagnol, le portugais et l'anglais, en plus de sa langue maternelle, et qu'il a vadrouillé un peu partout sur la planète avant de s'établir à Montréal.

Martin Coiteux est le troisième d'une famille de quatre enfants. Il est né à Sorel d'une mère infirmière et d'un père qui occupait la gérance d'une succursale de la firme UAP, un distributeur de pièces automobiles. Un emploi qui a amené la famille à déménager souvent. Avec comme résultat que le jeune Coiteux a fait ses trois premières années du primaire à Sorel-Tracy, les trois suivantes à Sept-Îles, quatre années de secondaire à Saint-Hyacinthe, la dernière à Beloeil et son cégep à Saint-Hyacinthe.

Il ne serait probablement pas en politique aujourd'hui s'il avait pu suivre son premier rêve, qui en aurait fait un diplomate. Après son baccalauréat, il a passé avec succès l'examen du ministère des Affaires étrangères, mais seuls les titulaires d'une maîtrise ont été embauchés cette année-là.

Il a appris l'italien par intérêt personnel à Genève, mais c'est son premier mariage avec une Italienne d'Argentine qui lui a valu la double nationalité canadienne-italienne. C'est après avoir inscrit les deux enfants de cette première union au consulat italien qu'il a appris qu'en vertu des lois de l'Italie, il avait droit à la nationalité de ce pays grâce à sa femme.

Ses nombreux voyages subséquents en Argentine l'ont mené à l'apprentissage de l'espagnol, tout comme sa rencontre avec sa conjointe actuelle, qui est d'origine colombienne.

Intéressé à la situation financière de l'Amérique latine, il a décidé ensuite de se mettre au portugais. «Je ne pouvais pas prétendre connaître le monde latino-américain sans parler le portugais, parce que le Brésil compte 50 % de la population de l'Amérique du Sud.»

Assez curieusement, c'est en Afrique qu'il a véritablement amélioré sa connaissance du portugais, à l'occasion de missions au Cap-Vert, en Angola et en Guinée-Bissau, des anciennes colonies du Portugal.

«Les langues m'intéressent, les cultures m'intéressent, la diversité ailleurs comme chez nous», raconte-t-il aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle il dit avoir été interpellé par le débat sur la charte de la laïcité, au point de se lancer en politique. «Notre identité, je la considère plus forte parce qu'on est ouvert au monde.»

Fort de l'appui de Philippe Couillard, Coiteux en mène large au sein du Conseil des ministres. Ses collègues racontent qu'il n'a jamais besoin de hausser le ton, qu'il est toujours calme dans les discussions, mais qu'il «pousse fort» sur les opinions qu'il soumet. Ses adversaires l'accusent d'être un idéologue qui ignore ce qui se passe dans la vie concrète. Difficile à dire pour le moment, mais ce qui est évident, c'est qu'il est convaincu. L'avenir dira s'il a été tout aussi convaincant.

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