La loi ou la poule

Michel Bouchard a obtenu la permission d'un juge... (Le Quotidien)

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Michel Bouchard a obtenu la permission d'un juge d'aller à La Poule aux oeufs d'or, même s'il s'est fait arrêter pour trafic de drogue.

Le Quotidien

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(Québec) Michel Bouchard a failli ne pas pouvoir aller à l'enregistrement de La poule aux oeufs d'or. Il s'est fait arrêter pour trafic de drogue, ses conditions l'empêchaient de s'éloigner de Saguenay et de se trouver en présence de sa bonne amie, Line Bradette, qui est aussi sa présumée complice.

Ils ont simplement demandé au tribunal de modifier leurs conditions de remise en liberté, le juge a dit oui. Dans une ordonnance du 14 novembre, «la Cour ordonne [de] modifier les conditions no 3 et no 5, 1er tiret, pour y ajouter ce qui suit : "sauf pouvoir être en contact avec Michel Bouchard du 18 au 20 novembre pour fins de tournage d'une émission"».

La Couronne ne s'est pas opposée à la demande.

Il y a 10 jours, donc, les présumés complices sont partis ensemble à Montréal avec leur billet gagnant, ils sont revenus avec 14 000 $. Le monsieur était super content, quand on lui a demandé ce qu'il ferait avec l'argent, il a dit qu'il voulait s'acheter une guitare. Il va pouvoir s'en acheter une belle.

On peut voir sa photo sur le site de Loto-Québec, dans la section des gagnants de La Poule, il s'est mis beau pour l'occasion, sa belle chemise rouge, un veston noir. Il dépasse Guy Mongrain d'une tête. J'aurais bien voulu vous montrer cette photo-là, le gagnant n'a pas donné son autorisation.

Le contraire m'aurait étonnée.

Le fait qu'il soit accusé de trafic de drogue n'a l'air de déranger personne. La seule condition pour participer aux loteries est d'être majeur, Michel Bouchard se qualifie.

S'il avait violé ou tué, est-ce qu'on lui aurait permis d'aller à la tivi? Pas la moindre chance. Mais c'est correct pour un pauvre petit revendeur, qu'on a arrêté le 4 novembre, avec une liasse de 1200 $ et un peu plus de 2000 $ de cannabis et de méthamphétamines. Il n'était pas seul, l'opération policière visait à démanteler un réseau de trafiquants.

Présumés, désolée.

Qu'est-ce que ça envoie comme message? Qu'être accusé de vendre de la drogue, ce n'est pas vraiment grave. Et puis, c'est quand même bien juste du pot et de la «pinotte», s'il fallait s'empêcher de vivre pour ça. S'il fallait qu'on ne puisse pas aller à La poule aux oeufs d'or, dites-moi, où est-ce que le monde serait rendu?

Exactement là. Il est rendu à ce que bien du monde, y compris des juges et des avocats, trouvent normal qu'on permette à ces accusés de trafic d'aller faire une petite escapade à Montréal, de se mettre sur son trente-et-un, pour aller choisir entre la poule ou l'enveloppe.

Je constate.

Je constate un décalage entre la justice et les justiciers. Octobre 2007, Stephen Harper annonçait sa stratégie pour lutter contre la drogue. Il promettait, ça n'a surpris personne, de serrer la vie aux trafiquants.

«La consommation augmente chez les jeunes et les adolescents. Les conséquences de la consommation accrue se font sentir dans toute la société. Par exemple, notre système de santé dépense plus de 1,2 milliard $ par année pour traiter les toxicomanes. Et les drogues illégales sont directement associées à la mort de milliers de Canadiens. De plus, l'augmentation de la consommation alimente le crime.»

«La production et la vente illégales est un marché extrêmement lucratif. Un marché qu'exploitent sans scrupule de puissantes organisations criminelles. Ces organisations assouvissent leur cupidité en exploitant la dépendance d'autrui. Elles s'infiltrent dans nos quartiers et transforment nos banlieues en centres de production de marijuana et de méthamphétamine en cristaux.»

Il aime les images fortes, M. Harper.

«De nouvelles lois antidrogue sévères doivent faire partie de la solution. C'est là l'objectif de la nouvelle stratégie antidrogue dont je viens faire l'annonce aujourd'hui. Elle contient un message clair : les drogues sont dangereuses et destructrices. Si vous vous droguez, vous pouvez vous faire aider. Et si vous vendez ou produisez de la drogue, vous irez en prison.»

Pas à la tivi.

Ce n'est pas tant un problème de loi que d'interprétation du crime.

On pourrait tout aussi bien décider que vendre de la marijuana et des petites pilules, ce n'est pas la fin du monde. Qu'on peut demander gentiment de changer nos conditions de remise en liberté pour aller au parc Safari ou faire le tour de la Gaspésie.

Et se faire dire oui.

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