Comment Jacques Tanguay a vendu les Remparts

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Jacques Tanguay

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(Québec) Le téléphone de Jacques Tanguay a sonné il y a quelques semaines, en octobre.

Le patron de TVA, Pierre Dion, voulait le voir. Il était écrit dans le ciel que tôt où tard, les Remparts et le gestionnaire du nouvel amphithéâtre finiraient par s'asseoir pour discuter d'un déménagement de l'équipe de hockey junior.

Jusque-là, l'idée de vendre n'avait jamais effleuré l'esprit de Jacques Tanguay. «Ça ne pouvait pas se vendre, les Remparts.» Pendant 18 ans, il avait élevé son «bébé» sur un modèle «d'implication sociale», plutôt que sur un modèle d'affaires traditionnel. «Vendre était impensable», dit-il.

Quelques semaines avant le téléphone de M. Dion, M. Tanguay était convaincu que le jour où il s'assoirait avec Québecor, il trouverait bien un terrain d'entente pour le loyer du nouvel amphithéâtre.

En entrevue au début de septembre, il m'avait expliqué n'entrevoir «aucune contrainte» ni «carcan» à l'idée que les Remparts deviennent locataires du nouvel amphithéâtre.

Il allait, croyait-il, négocier avec Québecor selon les mêmes «paramètres» qu'avec la Ville pour la location du vieux Colisée. On discuterait du nombre de jours d'occupation, des espaces réservés pour les vestiaires et les bureaux, du partage des revenus de commandites, de stationnement, de publicité, de concessions. Une affaire de routine, pensait-il.

La donne a rapidement changé à l'instant où Pierre Dion est débarqué dans son bureau.

- Jacques, qu'est-ce que tu fais au Colisée? Est-ce que tu continues à jouer là?

- Ce serait le fun qu'on puisse jouer dans ton amphithéâtre, de répondre M. Tanguay.

Il prévient alors le patron de Québecor. «Si on se parle et qu'on est sérieux, il faut sortir d'ici avec un deal. Il faut avoir la même pensée, sinon on se serre la main et on se reparle dans plusieurs années.» Jacques Tanguay est convaincu qu'il ne «peut pas faire durer une discussion comme ça».

Tous les scénarios sont mis sur la table : bail de location, acquisition par Québecor, pour chacun, il y a des variantes, décrit M. Dion.

Dans la colonne des plus et des moins, un seul scénario émerge. «On n'a pas eu besoin de se parler longtemps», commenteM. Tanguay.

«Ça a été mutuel. Jacques et moi, on a eu la même réaction, sans avoir pris la peine d'y réfléchir très longuement», confirme Pierre Dion.

Des «embûches importantes» leur sont vite apparues dans le contexte de la venue éventuelle d'une équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH).

«Tantôt, on va avoir un gros joueur et un petit joueur. Un gros cirque et un petit cirque. Un petit cirque tout petit à côté du gros», décrit M. Tanguay.

Le salaire d'un joueur de la LNH, c'est le budget complet d'une équipe junior.

M. Tanguay comprend qu'en ce qui a trait au marketing, des commandites et des contacts, l'embûche sera «incontournable». Comment concilier la visibilité des partenaires de deux équipes?

«Tu ne peux pas te permettre d'avoir un partenaire d'affaires qui s'affiche, qui s'investit et que tu tasses tous les deux jours. J'aurais pas voulu vivre ça.»

Pour assurer la survie et la pérennité du «petit cirque» des Remparts, Jacques Tanguay comprend qu'il devra vendre.

Il ne veut cependant pas abandonner son bébé ni en laisser l'impression. Question de respect pour les partisans et le personnel de l'équipe.

Deux conditions s'imposent alors. Jacques Tanguay restera le président des Remparts. «Je ne lui ai pas laissé le choix [à M. Dion]», relate-t-il. S'il ne restait pas président, il ne vendait pas.

M. Tanguay insiste aussi pour conserver des actions privilégiées dans les Remparts. Il n'aura pas de droit de vote, mais ça signifie «qu'[il est] partenaire avec eux autres».

«Ça a un symbole pour moi, pour eux autres et pour les gens autour de moi, mes employés.» Il vient donc de remettre de l'argent dans l'organisation des Remparts.

Un des joueurs indépendants les plus importants dans le marché et dans la vie de Québec jouera désormais en équipe pour une grosse machine.

Il insiste pour dire qu'il sera le président et que c'est lui qui va décider. «Je garde 100 % de mon indépendance et je la garderai toujours», perçoit-il.

«On s'est parlé, le jour où ça ne fait plus, le jour où je n'ai plus de plaisir, je ne suis plus là. Ils peuvent me racheter en tout temps.»

Lorsque Pierre Dion quitte son bureau ce jour d'octobre, il y a un deal. Les avocats et les gestionnaires feront le reste.

***

Les copropriétaires des Remparts ont été avisés de la transaction il y a quelques semaines.

Dans les faits, Michel Cadrin n'était déjà plus actif auprès de l'équipe depuis des années, Patrick Roy était parti pour le Colorado et le nouveau venu, André Desmarais, ne tenait pas au hockey, étant venu aux Remparts pour des «raisons sociales et par amitié» pour M. Tanguay.

M. Desmarais est passé voir le président à son bureau il y a quelques semaines. Il ne fut pas difficile à convaincre de vendre, même à Québecor, concurrent direct de Gesca à Québec.

«Ça a duré 30 secondes, le temps que je lui dise et que je lui dise pourquoi», rapporte M. Tanguay. La réaction de M. Desmarais : «Jacques, tu sais pourquoi je suis rentré avec toi. Je continue avec toi, tu vas continuer à être mon chumet on va continuer à jouer au golf ensemble.»

Sans autre cérémonie, les Remparts venaient de basculer dans l'empire rival.

***

Plusieurs ont cru voir dans cet achat des Remparts un plan B de Québecor à défaut des Nordiques. À entendre les motivations du président Tanguay, j'ai plutôt l'impression qu'on est toujours dans le plan A. Sinon, jamais il n'aurait vendu ses Remparts.

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