Pas les pieds dans la même bottine

Pimprenelle Langlois, neuf ans, ramasse des souliers -... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Pimprenelle Langlois, neuf ans, ramasse des souliers - des godasses - pour des enfants qui vivent dans des dépotoirs aux Philippines.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La pimprenelle est une plante, dont on peut faire un onguent qui soulage les brûlés et soigne les blessures.

C'est aussi un prénom.

Et ce n'est peut-être pas un hasard si Pimprenelle Langlois porte ce prénom-là. À neuf ans, la jeune fille veut faire une différence, «même si c'est juste une petite différence», dans la vie des enfants qui vivent dans les dépotoirs, à l'autre bout du monde. Elle veut soigner, à sa façon, ceux qui n'ont pas sa chance.

Elle veut des souliers, pas n'importe lesquels, des godasses pour travailler sur des tas d'immondices. L'idéal, on n'y pense pas spontanément, ce sont les souliers du genre CROCS : indestructibles, légers, lavables.

L'idée lui est venue cet hiver, en feuilletant un livre de photos de Paul-Antoine Pichard, Mines d'ordures, où on voit des gens vivre dans les déchets. Ils habitent là, y font leurs enfants. Pimprenelle a lu ce livre des dizaines de fois, a accolé des petits papiers aux photos qui l'ont marquée davantage.

Surtout celles où on voit les enfants.

Pimprenelle a tout de suite remarqué leurs souliers, quand ils en ont. «Ils sont tout usés, souvent troués, trop grands. Ils doivent se contenter de ce qu'ils trouvent dans les poubelles, c'est quand même mieux que rien...»

Elle a eu l'idée de ramasser des souliers et des vêtements pour eux, en faisant une collecte à son école, elle est en quatrième année. Elle a ramassé quelques boîtes de vêtements et un peu d'argent, pour envoyer tout ça là-bas. «Je n'ai pas eu beaucoup de souliers, j'aurais aimé ça en avoir plus.»

Elle se serait passée du bikini et de la robe à paillettes.

On a feuilleté le livre ensemble, elle m'a expliqué chaque photo. Elle les connaît par coeur, en sait l'histoire, y trouve même parfois une certaine beauté. «Ici, on voit deux enfants, on voit que même si leur état n'est pas agréable, ça ne gâche pas leur amitié. C'est bien qu'ils ne désespèrent pas.»

Et cette photo de famille, un couple, la femme tient un enfant dans ses bras. «Ici on voit que même si le papa a le bras coupé, il peut fonder une famille, les enfants peuvent avoir l'amour de leurs parents. C'est beau de les voir sourire, malgré ce qu'ils vivent.»

Elle m'en montre une autre, on dirait la tête d'un vieillard sous une tuque trop grande. «Tu vois, celui-là, il a 22 ans. Mais on pourrait croire qu'il en a 70, tellement ses dents ne sont pas belles, tellement il est mal habillé.»

Elle me montre le trou dans son chandail.

Pimprenelle sait qu'elle ne peut pas changer leur vie, elle sait que ces gens-là n'auront probablement jamais une vraie maison, jamais un vrai lit. Qu'ils ne mangeront jamais à leur faim, que l'eau qu'ils boivent continuera à les tuer.

Si au moins ils pouvaient être bien chaussés. «La nuit, ils se font croquer les doigts de pied par les rats...»

Elle a écrit aux fabricants des CROCS, pour leur demander un coup de main. «Ils m'ont répondu qu'ils en avaient déjà trop donné avant. Ce n'est pas grave, il ne faut surtout pas que je me décourage. Sinon, tout le travail que j'ai fait depuis huit ou neuf mois n'aurait servi à rien.»

Elle a approché le photographe, Pichard a sauté à pieds joints dans son projet, a même offert d'aller faire quelques livraisons. Il lui a conseillé de se concentrer sur une mine d'ordures pour commencer, Manille aux Philippines, l'a mise en contact avec Virlanie, une ONG digne de confiance qui a une antenne à Québec.

La mère de Pimprenelle, Yasmine Berthou, s'occupe de la logistique et des relations publiques. «Je n'ai jamais fait ça, un projet comme ça; il faut s'assurer que ça soit bien fait, que les dons se rendent au bon endroit.»

C'est plus compliqué qu'elle pensait.

Lundi, elles ont confectionné une page Facebook, le nom est tout simple : «Projet mines d'ordures».

J'ai demandé à Pimprenelle ce qu'elle voulait faire plus tard, j'aime toujours poser cette question-là aux enfants, je suis souvent étonnée des réponses que j'obtiens. Je demande aussi pourquoi.

Pimprenelle a de la suite dans les idées.

«Je veux être avocate, parce que je trouve que ce n'est pas juste entre les riches et les pauvres. Il n'y a pas juste les riches qui peuvent être défendus. Moi, je veux défendre les pauvres. Quand un pauvre vole un riche pour nourrir ses enfants, je veux pouvoir expliquer les raisons qui l'ont fait faire ça...»

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