L'argent a fait fléchir ce cher Viktor

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<p>Kevin Johnston</p>

(Québec) Le décès de Viktor Tikhonov ravive les souvenirs d'il y a un quart de siècle. Un face-à-face avec le légendaire entraîneur-chef russe qui m'a fait passer des sueurs froides au sourire de satisfaction pendant que lui, de son côté, n'a eu d'autre choix que de tourner le dos en grommelant.

Nous l'avons souvent croisé, Tikhonov, de la fin des années 80 et au début des années 2000. Toujours dans le contexte de rencontres de presse ou de tournées promotionnelles où l'interaction personnelle était quasi-inexistante. Mais le 4 janvier 1991, j'allais enfin avoir la chance de lui jaser un à un.

À l'époque, les joueurs russes commençaient lentement mais sûrement à se pointer dans la Ligue nationale de hockey. Un peu précurseurs en la matière, les «pauvres» Nordiques avaient vu le gardien Sergei Mylnikov débarquer dans la Vieille Capitale en 1989. Désastreux comme résultat, dans la vie de tous les jours comme sur la patinoire.

Suivi d'Alexeï Gusarov la saison suivante. Les gros noms convoités par les dirigeants des Fleurdelisés étaient les attaquant Bykov et Khomutov, mais ils ne sont jamais parvenus à les convaincre de s'amener de ce côté-ci de l'Atlantique. C'est en Suisse qu'ils se sont retrouvés, ces deux-là.

Fallait donc mettre le paquet sur Valeri Kamensky. Ce qui m'amène à une visite impromptue à Calgary, où les Flames recevaient le CSKA de Moscou à l'occasion de la Super Série 1990-1991. À Saskatoon pour couvrir le Mondial junior cette année-là, la décision fut prise de laisser tomber la finale pour aller tâter le pouls de Kamensky et d'Andreï Kovalenko qui défendaient alors les couleurs de l'Armée rouge.

Le temps de dénicher à gros prix un interprète et nous voilà dans les catacombes du Saddledome le matin du match pour les entraînements des deux clubs. Les collègues de Calgary, une couple de gars de journaux et quelques journalistes de télévision s'amènent pour cuisiner Tikhonov. Ça se passe pas trop mal, puis vint mon tour.

«Bonjour M. Tikhonov, je suis de Québec et j'aimerais vous jaser de vos deux joueurs, Kamensky et Kovalenko.»

Se méfier des Nordiques

J'y repense aujourd'hui et son regard me glace toujours. «Je n'ai aucun commentaire à vous faire, aucun commentaire à faire à quelqu'un associé aux Nordiques.» Tiens, moi le journaliste, associé aux Nordiques?!? Et moi qui avais pris bien soin de ne pas mentionner les Fleurdelisés. J'imagine qu'il me voyait venir gros comme ça!

Mettons que j'étais mal pris. Beaucoup de sous avaient été investis par Le Soleil dans l'aventure. Et me voilà devant rien. Jusqu'à ce que j'aperçoive un gars de la LNH avec qui j'entretenais d'excellentes relations. Mike Humes, maintenant vice-président chez les Coyotes de l'Arizona, était à l'époque responsable des projets spéciaux de la LNH. Je le vois encore me regarder, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

«Tu es mal pris, mon Kev?» m'avait-il lancé en s'amenant dans le corridor où je me tenais devant Tikhonov. «Tu goûtes à la médecine de Viktor. Attends un peu, je vais t'arranger ça rapidement.» Humes se tourne vers Tikhonov et commence à lui parler. En anglais SVP. «Viktor, je sais que tu me comprends très bien, lui a-t-il dit. Et je vais être très clair. Selon le contrat que vous avez signé avec nous, vous devez collaborer avec les médias et nos commanditaires, peu importe leurs demandes. Sans exception.»

Tikhonov l'avait très bien compris. Il lui a cependant répondu via l'interprète que c'était mal vu de parler de l'avenir des joueurs russes en Amérique, alors qu'ils devaient se concentrer sur leur série. «Je m'en balance», a dit Humes, le visage devenant de plus en plus rouge. «Si vous ne rendez pas vos joueurs disponibles, vous n'aurez tout simplement pas droit à l'argent que nous devons vous remettre après le match.»

Baraques militaires

Furieux, Tikhonov a tourné le dos, les masses en l'air. Quelques secondes plus tard, Kamensky et Kovalenko s'amenaient devant nous. Et Kamensky nous avait donné toute une entrevue, déclarant même qu'il ne voulait pas jouer à Québec en raison du climat parce que son jeune fils était asthmatique chronique. Imaginez le branle-bas de combat chez les Nordiques le lendemain.

Je me souviens d'avoir demandé à Kamensky ce qu'il pensait de Tikhonov comme entraîneur-chef. Sa réputation de dur n'était plus à faire. Plusieurs le traitaient de bourreau, lui qui exigeait que ses joueurs logent 10 à 11 mois par année dans des baraques militaires.

«Si vous me posez la question, c'est que vous connaissez la réponse», avait-il dit, sourire en coin, avant de mettre un terme à l'entrevue. Ce qui ne l'avait toutefois pas empêché de nommer son fils... Viktor.

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