Garderies: les gagnants et les perdants

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(Québec) Il y a deux enjeux politiques dans l'annonce du gouvernement Couillard sur les garderies: celui des promesses électorales brisées et celui de l'équité.

Le premier est bien réel: la modulation des tarifs de garderies rompt avec l'engagement électoral des libéraux de s'en tenir à l'indexation des tarifs. M. Couillard a beau prétexter que le gouvernement précédent a laissé une situation budgétaire déplorable, c'est une situation que les libéraux dénonçaient avant de prendre le pouvoir. Ils ont donc pris leur engagement sur les garderies en toute connaissance de cause.

Le deuxième enjeu est plus important. Les promesses brisées des politiciens, on a l'habitude! Ce qu'il faut donc déterminer, c'est si la modulation des tarifs est préférable à la majoration de 2 $ par jour proposée sous le gouvernement Marois.

On peut rêver en couleurs et dénoncer la hausse pour se faire plaisir, mais peu importe le parti au pouvoir, péquistes et libéraux avaient déjà statué que le tarif actuel à 7,30 $ ne pouvait pas être maintenu.

Selon la proposition péquiste, pauvres et riches auraient payé 9 $ par jour. Les libéraux ont décidé de protéger les pauvres et de faire payer l'addition par la classe moyenne et les plus riches.

Pour bien évaluer la hausse, il faut prendre en compte la contribution nette réclamée aux parents et non la contribution brute, parce que le calcul du supplément exigé au moment de faire la déclaration d'impôt tiendra compte des crédits d'impôt consentis par les gouvernements.

Il y a des gagnants et des perdants dans cette politique. Au net, le tarif des familles gagnant 50 000 $ et moins sera plus bas que le tarif actuel.

Pour les familles dont le revenu se situe entre 50 000 $ et 100 000 $, la modulation proposée demeure plus avantageuse que le tarif unique de 9 $ proposé par le Pari québécois, mais elle représente quand même une hausse par rapport au tarif actuel. C'est à partir de 75 000 $ que les familles devront commencer à payer un peu plus cher. La hausse est graduelle, mais à partir de 100 000 $, elle devient significative et coûtera 3,21 $ de plus par jour par enfant. À 120 000 $, la majoration atteint 4,32 $.

***

Où se trouve l'équité dans ce débat? Comme les critiques accusent les libéraux de faire payer la classe moyenne, il faudrait d'abord définir ce qu'on entend par classe moyenne. Jeudi, Philippe Couillard a déclaré que le revenu familial moyen au Québec est de 70 000 $. Comme on l'a dit plus haut, c'est à partir d'un revenu familial de 85 000 $ que la hausse au net devient plus significative. Il faudra voir les statistiques sur les revenus des ménages, mais il saute aux yeux que c'est dans les poches des familles de la classe moyenne que la ponction globale sera la plus importante. La hausse des tarifs quotidiens sera plus élevée pour les familles dont les revenus sont de 140 000 $ et plus, mais ces familles sont beaucoup moins nombreuses.

À partir du moment où l'on tient à protéger les plus pauvres, serait-il préférable d'en faire porter les coûts à l'ensemble de la société par le biais d'une hausse d'impôts? Probablement, mais là encore, il aurait fallu violer une promesse électorale. Plus on étudie ce dossier, plus on voit qu'il n'y a pas de solution facile.

On n'aurait pas ce débat aujourd'hui si les gouvernements précédents avaient indexé les frais de garderie lors de la création du programme. Mais comme dans le dossier des droits de scolarité, qui s'est fort mal terminé, il est impossible de revenir en arrière.

****

Maudits journalistes!

Pierre Karl Péladeau dénonce le harcèlement des journalistes qui l'interpellent dans les corridors, les escaliers du parlement, ou sur son cellulaire. C'est l'arroseur arrosé. M. Péladeau est l'un des barons de presse qui ont contribué à créer ce «harcèlement», avec la création des réseaux d'information continue comme LCN. Avec des bulletins de nouvelles toutes les heures, les journalistes doivent arpenter les corridors des parlements sans arrêt pour intercepter les politiciens. Les députés et les ministres sont constamment interpellés sur les sujets du jour. Il faut nourrir la bête!

M. Péladeau arrive du privé. Sa réaction outragée me rappelle le retour en politique de John Turner en 1984, après neuf ans d'absence. M. Turner se scandalisait de voir les journalistes rapporter ses propos tenus lors de rencontres plus ou moins formelles. Il rappelait, avec nostalgie, le bon vieux temps où les politiciens, disait-il, pouvaient discuter en toute confiance avec les journalistes en fin de journée, autour d'un verre de scotch et d'un bon cigare, sans risquer de se retrouver le lendemain dans le journal. C'était le bon vieux temps, mais c'était fini...

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