Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent!

Le gouvernement Couillard s'est fait élire avec la...

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Le gouvernement Couillard s'est fait élire avec la promesse de ne pas toucher aux tarifs de garderies. En agissant ainsi, le gouvernement contribue à alimenter le cynisme envers la politique.

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(Québec) La hausse des tarifs des garderies envoie un message fort. Même les fleurons du «modèle québécois» ne sont plus intouchables.

Ce n'est pas tant la mesure qui choque que le mensonge. La rupture grossière d'une promesse.

On se souvient d'un maire qui a utilisé cette expression virulente et déplacée en qualifiant ses employés de «fourreurs de système».

S'il est une circonstance où ces mots seraient davantage à leur place, c'est celle-ci. Les libéraux se sont comportés en «fourreurs de système électoral».

Ils se sont fait élire (entre autres) sur l'engagement particulier de ne pas hausser ces tarifs. Ou bien les libéraux ne connaissaient pas l'état réel des finances publiques, et il était irresponsable de prendre cet engagement. Ou ils s'en doutaient et ont trompé les citoyens.

On sent un fort consensus social sur la nécessité de mieux contrôler les dépenses de l'État et de réduire le déficit et la dette.

L'éventail des coupes possibles est presque infini. Le problème est qu'en ciblant un programme qu'il s'était engagé expressément à ne pas toucher, le gouvernement contribue au cynisme et au mépris envers la politique.

Ce qui ajoute ici au ressentiment, c'est le si court délai entre la promesse et sa trahison.

Ces promesses rompues font malheureusement partie de notre culture politique. Au palmarès des tromperies, celle des tarifs de garderie se hissera pas loin derrière la promesse de Jean Chrétien d'abolir la TPS.

Un lecteur assidu, ex-politicien et administrateur public bien connu, m'écrit de temps à autre pour me rappeler cette triste vérité: les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

***

Le résultat espéré des hausses de tarifs de garderie est modeste en proportion de la commotion causée.

Le gouvernement vise une économie de 160 à 179 millions $ par an. Ce sera à peine suffisant pour couvrir la première tranche des hausses annuelles de salaires aux médecins (1,2 milliard $ en huit ans).

Si on veut s'interroger sur l'acceptabilité sociale des choses, il y a là une réalité préoccupante.

La «doctorocratie» du Dr Couillard s'est empressée après son élection de confirmer des hausses de salaire significatives pour les médecins.

Sans doute aurait-il été plus gênant de le faire aujourd'hui, en même temps qu'il annonce des hausses de tarifs en garderie.

***

Au-delà de la promesse rompue, la question de fond demeure: est-il socialement acceptable de hausser des tarifs de garderie?

Pour beaucoup de familles, la marche sera haute. Comme en 2012 avec les droits de scolarité. Le gouvernement voudrait rattraper d'un coup le manque de courage de plusieurs années.

Les familles les plus démunies seront heureusement épargnées. Pour d'autres, la hausse sera compensée en partie par de nouvelles déductions d'impôt fédérales.

Les parents auraient préféré avoir l'argent du fédéral dans leurs poches. On peut les comprendre.

Le Québec vient ainsi occuper «l'espace fiscal» libéré par le fédéral, une façon d'atténuer le problème de déséquilibre souvent dénoncé par des provinces.

Plusieurs ont dénoncé le principe d'une indexation des tarifs de garderie comme si ceux-ci devaient être immuables.

Non seulement l'indexation est-elle acceptable, mais elle devrait être obligatoire pour tout programme ou service public tarifé.

Sinon, c'est une garantie de difficultés financières à venir.

Malgré les augmentations, les tarifs des garderies du Québec resteront une aubaine en comparaison de ceux de l'Ontario ou d'ailleurs au pays.

***

Les tarifs seront modulés en fonction des revenus des familles. Je n'y vois pas de scandale même si plusieurs croient que cela contrevient au principe de «l'universalité».

On peut bien faire des débats sémantiques sur le sens du mot universalité, mais à la fin de la journée, comme disent les anglos, quelqu'un devra payer. Aussi bien que ce soit les familles les plus à aise.

Le projet sous sa forme actuelle permet-il vraiment d'atteindre cet objectif? C'est moins certain.

Des fiscalistes anticipent déjà des effets pervers. Des parents pourraient migrer vers des garderies privées pour toucher de meilleurs crédits d'impôt. Cela voudrait dire moins de revenus pour l'État.

Une autre réalité est qu'il y a déjà des entorses au principe d'une universalité à prix unique, puisque tous n'ont pas de place dans les garderies subventionnées.

La formule proposée est un compromis entre le principe de l'utilisateur payeur et celui d'un programme financé par l'impôt général.

***

Le Parti québécois présume que les libéraux n'auraient pas été élus s'ils avaient annoncé leur intention de hausser les tarifs de garderies.

Pas sûr que cela aurait pesé lourd devant la crainte d'un nouveau débat référendaire qui a fait gagner les libéraux.

Les oppositions ont cependant raison de dénoncer le dommage causé à la vie démocratique par les promesses brisées.

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