Petit guide pour vendre une succursale de l'enfer à des bonnes soeurs

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(Québec) À première vue, l'idée d'ouvrir une succursale de l'enfer dans un couvent de soeurs peut sembler bizarre. Ou contradictoire.

Mais le projet n'est pas beaucoup plus absurde que celui de construire un port pétrolier à Cacouna, dans une pouponnière de bélugas.

Le secret pour en arriver à ses fins, paraît-il, c'est «d'éduquer» une communauté. On peut lire cela dans un plan «stratégique» commandé par TransCanada, pour vendre son projet d'oléoduc dans l'est du Canada. Un modèle du genre, dont on peut récupérer les grandes lignes...

L'argument massue, cela reste les retombées économiques.

Tout le monde prône la vertu. Tout le monde veut aller au ciel. Tout le monde craint que Satan fasse pipi dans le grand bénitier. Mais qui va financer les bonnes oeuvres? Qui va payer pour les soins des soeurs aînées, dans un monde où les vocations sont plus rares qu'un moment de bonheur chez le dentiste?

Et puis, franchement, que risquent les religieuses?

Si ça tourne mal, Dieu leur pardonnera. N'est-ce pas son métier?

***

D'accord, on ouvre une succursale de l'enfer. Mais par où commencer?

La première étape consiste à obtenir l'appui des «personnes d'influence» de la communauté. À les étourdir avec des mots longs comme ça. À multiplier les allusions à «l'acceptabilité sociale» et à «la solidarité intergénérationnelle».

Bref, il faut emprunter la stratégie des compagnies de chips. Moins il y a de croustilles, plus le sac doit être rempli d'air, pour que le client ait l'impression d'en avoir pour son argent.

Un peu de créativité, que diable! Invitez la soeur supérieure à un concert ou dans un grand restaurant. Sortez-la de son bureau beige pâle!

La soeur économe rêve-t-elle d'un pèlerinage à Lourdes?

La soeur cuisinière veut-elle des hosties sans gluten? De l'eau bénite sans fluor?

Souvenez-vous. Vous ne distribuez pas des cadeaux. Et vous n'achetez personne. Ça, non! Vous donnez seulement des preuves de votre appréciation. Nuances.

Au besoin, il suffit de détendre l'atmosphère en maniant l'autodérision.

«Pourquoi les requins ne mangent-ils pas les spécialistes des relations publiques? Réponse: courtoisie professionnelle.»

***

Chemin faisant, il est normal que le projet suscite des inquiétudes. Les diablotins vont-ils semer la pagaille? Les flammes de l'enfer ne risquent-elles pas de provoquer des incendies?

Pour calmer le jeu, proposez de récupérer une partie de la chaleur légendaire de l'endroit, pour chauffer le couvent. Votre enfer à vous, il ne sera pas comme tous les autres. Il s'agira d'un enfer dernier cri, 100 % écologique!

Et si cela ne suffit pas, inspirez-vous du plan «stratégique» de TransCanada évoqué plus haut. Allez chercher des appuis chez des valeurs sûres de la sécurité, comme les pompiers. Évoquez la création d'une chaire de recherche en théologie, entièrement financée par l'enfer, pour amadouer les universitaires.

Qui sait? Un jour, un théologien finira peut-être par s'écrier, devant un parterre de journalistes stupéfaits : «Plus je fréquente Satan, plus je le considère comme un bon diable.»

***

À la fin, malgré tous vos efforts, il se peut que le projet se heurte encore à l'incompréhension.

Il faudra alors jouer du coude. Attaquer la crédibilité des opposantes. Comparer leur utilité à celle du soldat chargé de peindre les morceaux de charbon en blanc, pour les rendre moins salissants.

Pour finir, il faudra peut-être payer des soeurs blogueuses pour qu'elles chantent les louanges du projet. Aux États-Unis, l'industrie du tabac utilise le procédé depuis longtemps. Celle du pétrole aussi. Même la politique s'y met. Le mois dernier, un sénateur s'est fait pincer à payer des gens «pour faire semblant d'être enthousiastes» lors de ses activités officielles.

L'important, même si on vous prend la main dans le sac, c'est de nier tout. De regarder ailleurs, en sachant que l'affaire sera vite oubliée.

L'exemple a été fourni avec humour par la CIA, lorsqu'elle a émis son premier message sur Twitter, cet été : «Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer qu'il s'agit de notre premier tweet

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