Parce que c'est plus simple

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(Québec) L'homme, que je ne nommerai pas, a dû faire des pieds et des mains pour faire économiser 2000 $ à l'État.

Gestionnaire, l'homme devait acheter des billets d'avion par une agence sélectionnée par le gouvernement. «Le billet qu'ils m'offraient coûtait 3000 $, celui que j'avais trouvé, 1000 $. Il a fallu que je me batte pour qu'on me dise, finalement, "on va l'accepter". Mais il ne fallait pas que ça sorte.»

L'homme a travaillé pendant plus de 25 ans dans des organismes publics. Des formulaires, il en a vu un, et un autre. «Les contraintes sont nombreuses. Au tout début, je pensais que toutes ces exigences offraient une belle protection pour le public, mais j'ai vite vu qu'il y avait plein de gens qui contournaient les règles.»

Et qui lui expliquaient comment faire.

«Dans des structures comme ça, il n'y a pas beaucoup de place pour le jugement. Si on a une dépense qui doit être remboursée, mais qui n'entre pas dans les dépenses admises, il faut faire des démarches, rencontrer le contentieux. Qu'est-ce que les gens font? Ils arrangent leur compte de dépenses.»

Et pourquoi personne ne changeait les règles? «Par sécurité. Parce que c'est plus simple de ne pas les changer.»

C'est toujours plus simple de ne rien faire.

Même principe pour les appels d'offres, notre homme a bien vu qu'ils étaient souvent faits sur mesure pour un fournisseur, pour un produit. Au diable la compétition, la saine concurrence, le principe du plus bas soumissionnaire. Il se souvient de cet exemple, un bidule fait par la compagnie X, ses patrons voulaient le bidule de la compagnie X, parce que c'était plus simple, on avait toujours fait affaire avec la compagnie X.

L'homme a modifié l'appel d'offres, une compagnie Y a appliqué. La compagnie Y a offert un bidule équivalent à la moitié du prix.

Un achat de deux millions de dollars, quand même.

Il y a aussi, c'est un classique, la course aux achats avant la fin de l'année financière. «C'est ça ou on perd l'argent. Quand la compagnie n'avait pas ce qu'on voulait en stock, on leur demandait de mettre autre chose, n'importe quoi dans la boîte, pour qu'on la reçoive à temps. On l'échangeait pour le bon produit après.»

Quelque chose me dit que, par les temps qui courent, il ne doit plus rester grand-chose à la fin de l'année financière.

L'homme a aussi travaillé pour des compagnies privées. «Ce n'était pas parfait au privé, mais je me suis aperçu que la mesure de la compétence ne reposait pas sur le fait que ton patron t'aime la face ou pas, mais sur l'efficacité. La structure de prises de décision était plus simple et, surtout, il y avait de la place pour le jugement.»

Encore faut-il que les gestionnaires aient un bon jugement, au privé comme au public.

D'où, on y revient, cette tendance lourde des administrations publiques à ne laisser rien au hasard, à prévoir un formulaire, une procédure, pour la moindre des broutilles. Dans le doute, on forme un comité.

Un autre exemple, rapporté par un lecteur. Début des années 2000, un haut fonctionnaire veut une prise électrique dans son bureau pour brancher son nouvel ordinateur. Ça ne peut pas être aussi facile, il doit formuler une requête pour revoir l'ensemble du système électrique de l'immeuble.

Un fonctionnaire analyse la requête, la révise, circonscrit la révision du système à l'étage du haut fonctionnaire. Un autre fonctionnaire hérite de cette deuxième requête, fait faire l'analyse, arrive à la conclusion qu'il faut installer des prises dans un seul bureau, celui du haut fonctionnaire.

Quelques mois après la première requête, un électricien se pointe dans le bureau du haut fonctionnaire, installe cinq prises.

D'aucuns me répondront que ce n'est plus comme ça que ça se passe dans la fonction publique, que je ne connais rien à rien. Que je laisse entendre que tous les fonctionnaires sont des fainéants. Ce que je dis, c'est que le système fait des fainéants. Vous arrivez pétri de bonnes intentions et, pof.

Vous vous rendez compte que c'est plus simple d'être fainéant.

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