La Sécurité publique sous les radars

Vue simulée de la rivière Lorette 10 ans... (Illustration Ville de Québec)

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Vue simulée de la rivière Lorette 10 ans après des travaux «d'éco-ingénierie» permanents pour retenir les crues et empêcher les inondations.

Illustration Ville de Québec

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(Québec) Le projet de sécuriser la rivière Lorette contre les inondations est en train de tourner à l'eau de vaisselle et à une querelle de personnalités entre le maire Labeaume et le ministre de l'Environnement.

Les discussions étaient pourtant bien engagées entre la Ville de Québec et le Ministère.

Le gouvernement a d'ailleurs autorisé l'an dernier des travaux d'urgence (et temporaires) de 16 millions $ sur la rivière. J'ai compris que le Ministère voyait aussi d'un bon oeil le concept «d'éco-ingénierie» de 64 millions $ soumis par la Ville pour corriger le problème à long terme.

On parle ici de remodeler le lit de la rivière et d'ériger des digues, talus et murets pour contenir les crues importantes.

La Ville projette de recouvrir ces ouvrages de végétaux, un peu dans l'esprit des berges «naturalisées» de la rivière Saint-Charles au centre-ville.

Comment expliquer que le projet d'intérêt public ait déraillé au point que la Ville songe maintenant à laisser tomber certains des travaux prévus?

Une des explications se trouve peut-être dans l'entrée en scène d'un joueur jusqu'à maintenant passé sous les radars : le ministère de la Sécurité publique.

Les doutes sur la solidité et la capacité des ouvrages projetés par la Ville ont commencé à surgir lorsque les fonctionnaires de la Sécurité publique sont arrivés aux tables de discussion en février dernier. Il est difficile de croire ici à une simple coïncidence.

Les questions se sont durcies. On s'est mis à craindre que les ouvrages «naturels» ne résistent pas aux fortes crues, parce qu'affaiblis par les tunnels de rongeurs ou les végétaux. Pour les «pérenniser», il faudrait du plus solide, comme des murs de béton.

On s'est mis à craindre aussi que ces ouvrages ne soient pas assez hauts, d'où un risque «résiduel» de «surverse».

La Ville de Québec prévoit doubler la capacité «naturelle» de la rivière Lorette. Avant les travaux d'urgence, la rivière pouvait soutenir un débit de 45 à 50 m3/s sans déborder.

Les travaux permanents permettraient de porter ce débit à plus de 93 m3/s et de pouvoir contenir ainsi des crues dont l'occurrence est d'une fois aux 100 ans.

Ces ouvrages auraient empêché les inondations et les dommages résultat des crues de 2005 après le passage à Québec de la queue de l'ouragan Rita (débit 93 m3/s) ou des pluies diluviennes du 31 mai 2013 (70 m3/s).

La Ville croit avoir fait la preuve des vertus de son projet, mais il faut faire ici acte de foi. Ni la Ville, ni le ministère de l'Environnement ne veulent rendre publiques l'étude d'impact et les modélisations d'experts.

Tout ce qu'on sait, c'est que le gouvernement veut maintenir sur la carte des zones inondables les secteurs que la Ville de Québec dit pouvoir mettre à l'abri des inondations.

Quelle épaisseur de béton ou quelle hauteur supplémentaire faudrait-il pour rassurer le gouvernement et la Sécurité publique?

On entre ici au coeur du litige.

La Ville dit ne pas réussir à obtenir de réponse à ces questions. Elle a le sentiment que quoi qu'elle fasse, ce sera toujours insuffisant. Qu'il lui faudrait pour contenter le Ministère atteindre un niveau de risque zéro, ce qui est virtuellement impossible.

Dans tout ouvrage de rétention des eaux, il subsiste toujours un risque théorique de rupture ou de débordement. Le cycle de réchauffement climatique va augmenter ce risque.

En suivant la logique du «risque zéro», il faudrait placer sur la carte des zones inondables tous les quartiers en aval des digues et des barrages. En ville comme à la campagne. C'est impensable.

Imaginez l'impact.

Toute construction ou rénovation deviendrait interdite dans ces zones. C'est ce qui risque d'arriver dans les «plaines inondables» de la rivière Lorette, si le gouvernement maintient sa position.

Mais ça m'intrigue. Pourquoi le gouvernement imposerait-il des standards de sécurité différents pour Québec?

À première vue, ça ne tient pas. Il y a peut-être eu des erreurs de perception. Il serait important que ce soit clarifié. Autrement que par des attaques et des éclats qui font perdre de vue les vrais enjeux de sécurité publique.

Déjà que le maire Labeaume s'est peut-être trompé de cible en visant le ministre de l'Environnement David Heurtel plutôt que sa collègue Lise Thériault à la Sécurité publique.

La rivière Lorette

  • Débit minimal (1 à 5 m3/s)
  • Capacité maximale avant travaux (45 à 50 m3/s)
  • Capacité depuis travaux d'urgence et ajout de deux barrages sur affluents (70 m3/s)
  • Crues de 2005 : ouragan Rita (93 m3/s)
  • Crue de 2013 : pluie du 31 mai (70 m3/s)
  • Capacité après travaux permanents (plus de 93 m3/s)

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